Fleur de sel : Laudato si 1 et 2

Fleur de sel Société
Loué sois-tu, mon Seigneur», chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence.

Laudato si 1 ET 2 150920 Fleur de sel

 

L’encyclique publiée il y a déjà 5 ans mais qui reste d’une brulante actualité, commence par une citation du cantique de Saint François d’Assise, en forme de dédicace et que le pape commente ensuite brièvement. Nous lisons ces deux paragraphes.

1 «Laudato si’, mi’ Signore», – «Loué sois-tu, mon Seigneur», chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les  fleurs colorées et l’herbe »

2 Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui «gémit en travail d’enfantement» (Rm 8, 22). Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure.

Que nous dit ce texte qui introduit toute l’encyclique ? Que comme le chantait Saint François la terre, cette planète sur laquelle nous vivons, est notre mère et notre sœur. Une filiation, une fraternité qui s’étend à tous les vivants. Cette affirmation s’inscrit en rupture de ce que notre civilisation nous a inculqué pendant des siècles depuis Aristote, à savoir qu’il existait une nature humaine d’une essence différente des autres êtres vivants, les animaux, les plantes.

Or nous savons aujourd’hui que nous sommes non seulement constitués des mêmes atomes comme nous le rappelle Hubert Reeves dans son beau livre Poussières d’Etoiles mais que, comme le montrent les découvertes de la biologie des dernières décennies, nous partageons avec tous les vivants le même matériel génétique, les mêmes gènes ancestraux. Cette fraternité dont parlait St François n’est donc pas seulement poétique, elle est une véritable fraternité de sang.

Cette fraternité nous l’éprouvons aussi dans notre relation avec certains animaux qui nous reconnaissent et dont pouvons dire que nous les aimons. Et nous savons que ce que nous nommons sentiments, émotion et même conscience de soi n’est pas notre seul apanage. Comme tout ce qui concerne l’évolution du vivant, c’est une question de degré. Mais aimer les êtres vivants c’est d’abord les respecter et pas seulement ceux qui nous sont familiers et que nous trouvons mignons mais aussi les vers de terre, les insectes, les bactéries, les plantes. Nous sommes de fait dans une filiation avec la nature, non de domination mais de dépendance et de responsabilité. Toute l’histoire de cette planète où est née la vie est faite de cette inter-relation entre tous les vivants, nous en dépendons pour respirer et pour nous nourrir et le spectacle lui-même de la nature est source d’émerveillement. C’est ce que traduit Saint François quand il parle de la beauté de la création et qu’il loue le Seigneur pour les fleurs et les fruits.

Mais, et c’est là le second point sur lequel insiste le pape en ce début d’encyclique : notre propre mère, notre planète, cette maison commune qui nous a été léguée, nous nous la sommes appropriée comme un dû et non comme un don  et nous l’avons dévastée. Le pape poursuit en effet sur le mode la personnalisation. « C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée. Si elle «gémit en travail d’enfantement» comme le dit Saint Paul c’est bien parce que nous en sommes les enfants difficiles, violents et dominateurs.

Les sols deviennent stériles à force de faire rouler sur eux de lourdes machines qui les cassent, les tassent et tuent la faune et la microflore souterraine essentielle à la vie, dont les vers de terre (dont le pape François parle aussi au paragraphe 33),

L’eau est gorgée de nitrates et de phosphates, il faut la traiter pour la boire alors que pendant longtemps les hommes ont pu boire l’eau des puits et des rivières sans qu’il soit besoin de station d’épuration.

L’air transporte, diffuse, des particules fines issues du brûlage du pétrole et du charbon, des poussières des pneus et des freins à disque de nos voitures, particules si fines qu’elles entrent dans nos poumons et nous fragilisent. L’air transporte aussi des virus qui traversent les barrières d’espèces en venant  d’animaux sauvages dont nous avons bouleversé le milieux de vie. La pandémie qui s’est répandue sur la planète avec le Covid 19 était prévisible. Elle met en cause la mondialisation et l’usage immodéré des transports personnels et collectifs et en particulier des transports intercontinentaux : 1,5 milliard de personnes se déplacent sur de longues distance chaque année, du jamais vu dans l’histoire de la planète. Elle met en cause aussi l’usage que nous faisons de la nature qui recule chaque année au profit d’espaces urbains bétonisés avec les bouleversements sanitaires qui en découlent.

Il est donc temps de penser autrement pour retrouver les vertus simples et nourricières que François, le saint d’Assise reconnaissait à cette terre mère, à condition qu’on la respecte et que l’on soit sobre de ce qu’on lui prélève. La crise du corona virus nous a permis de retrouver un autre mode de vie, de retrouver ce ciel redevenu si clair après un mois de confinement. Pourra-t-on retrouver un jour une terre vivante, c’est à dire contenant toute sa flore et sa faune y compris souterraine et océanique, une eau saine que l’on peut boire, un air pur ? C’est non seulement possible mais nécessaire, indispensable, vital. Vital au sens propre du terme, si nous voulons vivre, ne pas mourir de façon précoce. C’est à nous qui l’avons maltraitée de soigner, de redonner vie, de remettre en bonne santé notre mère la terre. C’est à ce sursaut de conscience qui doit se traduire en changements de mode de vie qu’appelle ce début d’encyclique.

 

 

 

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