Fleur de sel : Effondrement ou apocalypse ? De l’espoir à l’espérance.

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Effondrement ou apocalypse De l’espoir à l’espérance

Certains nous alertent sur le risque d’effondrement de la biosphère, d’autre font confiance à la bonne volonté de tous. Les uns et les autres ont sans doute raison mais le risque d’effondrement est réel. Mais s’il n’y a plus d’espoir, choisissons l’espérance, au possible substituons l’impossible. Plutôt que l’effondrement, l’apocalypse, une bonne nouvelle ?

Effondrement ou apocalypse ? De l’espoir à l’espérance

Cet été fut un moment de débat dans les journaux entre les tenants de l’effondrement, que l’on appelle les collapsologues, et ceux qui s’opposent à eux. Ce débat est intéressant mais il nous semble voué à rester stérile.

Les collapsologues ont raison de nous alerter sur le risque de plus en plus proche d’un ou de plusieurs effondrements de la biodiversité, la multiplication d’événements liés au réchauffement comme des famines, pénuries d’eau etc., mais il est vrai que ce type d’annonce n’est pas mobilisateur.

D’un autre côté Ceux qui, tout en étant conscients de la dégradation de l’état de La biosphère, prônent une mobilisation des citoyens et des dirigeants sans remettre en cause le système économique sont, avec tout le respect qu’on leur doit, dans une démarche proche de l’angélisme.

 

Il nous semble en effet que l’origine de l’accélération de la dégradation de la biosphère – le début de la dégradation date de la sortie de l’homme d’Afrique, il y a 40 000 ans environ – c’est la recherche sans limite d’accumulation du capital privé (et du capital d’Etat dans le cas des régimes communistes). Cette accumulation se fait en exploitant toujours plus nos ressources naturelles, en détruisant le sol et en dégradant la situation des océans.

Or on ne pourra pas arrêter ce processus d’accumulation sans remettre en cause, explicitement, ce modèle économique, ce que Naomi Klein a bien montré, ni la soumission du social à l’économique comme le dénonçait déjà Karl Polanyi. Cette remise en cause n’est mise en avant ni par les collapsologues, qui dénoncent les effets du système mais pas le système lui-même, ni par les anti-collapsologues qui font appel au sens des responsabilités de tous, mais de fait tous n’ont pas les mêmes intérêts.

 

Nous ne pouvons pas dire ici par quoi remplacer ce système économique, une autre société ne peut être reconstruite qu’ensemble. De multiples initiatives se font jour, à l’écart du modèle dominant, mais sans s’y opposer : Villes en transition, oasis, café repair, eco villages, agriculture paysanne, AMAP et circuits courts… ces initiatives sont intéressantes, elles tracent des voies mais ne touchent pas la cause du problème, au pouvoir des grandes sociétés ni au système financier. Comme nous y appelle le Pape François, il faut changer de modèle économique.

 

Comme les collapsologues nous pensons que la situation est proche d’être désespérée. D’ailleurs Denis Meadows, le principal auteur du rapport du Club de Rome le disait il y a quelques années, en désignant les dirigeants économiques et politiques des pays dits développés : ” ils ne lâcheront rien, il faut se préparer au pire”. C’est ce que pensent les dirigeants de grandes sociétés qui achètent des terrains et construisent des abris (luxueux) dans des zones qu’ils pensent protégées et se tiennent prêts à s’y réfugier. Comme les mouvements survivalistes.

Certes ce n’est pas la première fois que l’on annonce la fin du monde. Dès le IVe siècle, lors de l’effondrement de l’empire romain d’Occident, des Pères de l’Eglise l’annonçaient, devant le développement des famines et des destructions par les barbares. Mais c’était encore dans la période géologique de l’holocène, du “Quaternaire”. L’humanité était en danger, pas encore la biosphère. Nous sommes passés à l’anthropocène, défini par les géologues comme la période où l’environnement naturel est désormais modifié par l’homme (mesuré par les traces de radioactivité dans les roches, le taux de CO2 dans l’atmosphère, la vitesse de disparition des espèces…).

 

Comme les anti-collapsologues nous pensons que l’annonce d’une catastrophe n’est pas mobilisatrice. Ni pour les citoyens qui ne voient pas comment s’y opposer, ni pour nos dirigeants qui se disent qu’il faut profiter tant que c’est encore possible. Pour eux de toutes façons le long terme n’a pas de sens et l’abandon de l’objectif d’accumulation serait synonyme de faillite et de suicide volontaire.

 

Alors ? Si nous identifions bien les impasses, quelles sont les voies possibles ? La lucidité et l’espérance.

La lucidité c’est, redisons-le, d’identifier la cause principale du problème, qui est le processus d’accumulation sans limite du capital et l’extraction sans limites des ressources naturelles. Pour quitter ce modèle, pour le neutraliser, la violence est inopérante (soit elle est inefficace, soit elle se retourne contre ce qui a motivé ses auteurs), la non-violence est insuffisante. Il ne suffit plus, comme Gandhi, de tisser nous-mêmes nos vêtements. Mais il est important, essentiel, de nommer la cause et d’inverser le processus argent-marchandise-argent par un processus marchandise-argent-marchandise. En d’autres termes, faire en sorte que les échanges économiques n’aient pas pour source et pour fin un montant de capital qui peut augmenter indéfiniment, mais une production, qui dans un contexte de division du travail n’est pas suffisante pour vivre, dont on échange le surplus contre d’autres produits. On briserait ainsi ce cercle infernal.

 

L’espérance, car s’il n’y a plus d’espoir – rappelons que l’augmentation de la température moyenne par rapport à la période pré industrielle a dépassé les 1,5°C sur les terres émergées depuis 2017, que les disparitions d’espèces s’accélèrent, que le manque d’eau est de plus en plus fréquent – il nous faut choisir l’espérance (Kierkegaard). Comme le disait Jacques Ellul, l’espoir relève du domaine du possible, l’espérance de l’impossible. Il n’apparaît plus possible d’arrêter la dégradation de la situation de la biosphère du fait de l’inertie des phénomènes en cours (le CO2 restera une centaine d’années dans l’atmosphère, les glaciers une fois fondus ne se reformeront avant la prochaine période glaciaire) et de la résistance des possesseurs du capital et des politiques qui leurs sont liés. Alors choisissons l’espérance, qui relève du domaine spirituel, de ce qui n’est pas possible à l’homme. Ce qui n’empêche pas de lutter pour notre survie, au contraire. Comme l’exprimait très bien le jésuite Maxime de Hevenesi au XVe siècle, agissons comme si tout dépendait de nous, et comme si le résultat ne dépendait que de Dieu. D’un Dieu ou d’une autre instance transcendante, il ne s’agit pas de prosélytisme religieux, mais de considérer que la dimension spirituelle ne peut plus être absente du débat.

L’espérance c’est ce qui peut nous donner la force de continuer à lutter contre l’injustice, d’entendre les clameurs de la Terre comme les clameurs des hommes comme nous y appelle le Pape François.

 

Mais peut-être nous dirigeons-nous non pas vers un effondrement, mais vers une apocalypse ? L’effondrement se réfère à des dimensions biologiques, économiques, sociologiques… et il est synonyme de catastrophe. L’apocalypse n’est pas une catastrophe mais un aboutissement, puisque c’est la montée de l’humanité vers son créateur (la diaphanie). Toute la question est celle des conditions du passage, soit dans un processus d’unification de l’humanité, soit dans un processus de division et de guerres (Theilard de Chardin). Le processus d’unification avait bien été anticipé par Theilard avec la notion de noosphère, de sphère du savoir et de la communication, dont les moyens actuels de communication peuvent être une illustration. Mais cette unification va aujourd’hui de pair avec la permanence de conflits, de guerres, avec l’augmentation d’inégalités. Aurons-nous la force de faire advenir une unification pacifique avant l’effondrement et ses conséquences dramatiques, avant une apocalypse ?

 

L’apocalypse c’est un dévoilement, de quelque chose que nous ne connaissons pas, que nous ne pouvons pas connaître avant qu’elle n’apparaisse, qu’elle advienne. Redisons le cela peut ne pas être une catastrophe.

 

Pour finir rappelons-nous l’histoire de Jonas. Dieu à demande à Jonas d’annoncer aux habitants de Ninive que leur ville sera détruite, en hébreu “mise sans dessus dessous” s’ils ne changent pas. Ninive n’a pas été détruite, mais les habitants ont changé leur mode de vie, ils l’ont mis sans dessus dessous. C’est peut-être ce qui nous arrivera, de quelle façon il n’est pas possible de le dire. Mais nous devons préparer ce renversement, changer nos modes de vie, mais de cela nous avons déjà beaucoup parlé à ce micro.

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