Fleur de sel : Il n’y a pas d’alternative – du mieux local pour du pire global

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Il n’y a pas d’alternative – du mieux local pour du pire global
A l’image de l’âne qui marche inlassablement vers la carotte qui pend devant lui, notre société s’entête souvent dans des solutions en trompe-l’œil, qui semblent efficaces ponctuellement, mais qui amènent en réalité toujours plus loin dans l’impasse. L’environnement, et tant d’autres domaines, en font les frais. Tout cela est-il vraiment sans alternative ?

 

Bonjour, chers auditeurs ! Bienvenue dans Fleur de Sel, votre émission hebdomadaire d’écologie intégrale !

Alors désormais, vous êtes habitués au nouveau format de cette année ; vous avez déjà entendu les voix de Loïc et d’Arnaud ces dernières semaines, et pour ma part, cette année, je vous propose de parcourir une dizaines de lieux possibles de conversion de la société. Par exemple sur ma taille d’une société, les indicateurs économiques, rapport à la loi, etc. Tout ça pour contribuer à imaginer les contours d’un autre monde, puisque l’enjeu est bien celui-là !

La forme des émissions sera toujours la même : une histoire, un conte, permettant une approche imagée pour entrer dans le sujet, puis quelques minutes d’analyse.

 

Et voici donc, sans tarder, le conte du jour.

 

L’histoire : L’âne et la carotte, de C. Godefroy

Filipo aimait beaucoup aider son père au moulin. Il amenait l’âne jusqu’à la meule, l’attachait solidement, fixait devant lui le bâton au bout duquel pendait la carotte providentielle. Il lui suffisait alors de donner deux petits coups secs sur le dos de l’âne pour qu’il démarre. La bête poursuivait sa lente course à la carotte jusqu’au soir pendant que Filipo rêvassait, étendu sur les sacs gonflés de farine.

 

L’analyse

Nous connaissons bien cette vieille ruse paysanne. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est de voir que les moyens que se donne l’âne pour atteindre son objectif – qui est de manger la carotte – sont parfaitement vains. Pourtant, il continue…

 

On va parler de TINA, aujourd’hui ! En plus d’être un prénom féminin, TINA est également l’acronyme du fameux « there is no alternative », martelé par Margaret Thatcher dans les années 1980, pour justifier la rigueur de la politique mise en œuvre à l’époque – il n’y a pas d’alternatives.

« Le monde est ce qu’il est, et on ne peut se soustraire aux mesures qui s’imposent ». Ce raisonnement est souvent convoqué par nos gouvernants, avec une pédagogie parfois infantilisante. Il n’y a pas d’alternative à la construction d’un nouvel aéroport, il n’y a pas d’alternative à l’utilisation du préservatif, il n’y a pas d’alternative à l’allongement de la durée de cotisation retraite, il n’y a pas d’alternative à une politique migratoire ferme…

 

Les mesures politiques issues de ces fameuses TINA (il n’y a pas d’alternative) sont-elles bonnes ?

Leur nécessité est-elle si absolue que ça ?

Nous nous arrêtons sur ces deux question cette semaine. Et la semaine prochaine, nous verrons… qu’il y a des alternatives !

 

Alors, est-ce une bonne voie ?

Souvent, la mesure politique TINA, si elle soigne un problème, elle en aggrave un autre.

  • Par exemple, pour combattre le chômage massif de ces dernières décennies, nos responsables cherchent à dynamiser l’activité économique. L’exemple de Notre-Dame des Landes est un symbole idéal : pour l’économie, dans le monde tel qu’il est, il n’y a pas d’alternative… mais l’environnement y perd
  • ou encore, du fait des grossesses non désirées et de l’augmentation des maladies sexuellement transmissibles, la politique publique fait l’article du préservatif. Pour la branche médico-sociale, dans le monde tel qu’il est, il n’y a pas d’alternative, mais l’image de la sexualité y perd…

 

Plus curieux encore : certaines solutions procurent un mieux local, sur une période restreinte, mais aggravent, sur le même sujet, les problèmes au niveau global et à long terme.

  • Quel meilleur exemple que les climatiseurs, qui, en raison de l’élévation de la température, tournent toujours davantage l’été (il n’y a pas d’alternative : il fait trop chaud) ; et qui, ce faisant, participent à cette même élévation de température !
  • Ou bien encore, voulant assurer ma retraite (je n’ai pas d’alternative : sinon, je n’aurai pas de quoi vivre), je place mes économies dans un fond de pension au rendement attrayant. Sans le savoir, je souscris aux choix stratégiques de ce fond de pension qui, pour tenir ce rendement, fermera l’entreprise dans laquelle travaille mon fils…

 

Peut-être pourrait-on tolérer ces effets collatéraux s’ils étaient négligeables. Mais, dans le cadre environnemental notamment, c’est conséquences malheureuses de TINA sont telles qu’il s’agit désormais d’un enjeu vital (on peut penser ici à la fameuse phrase du Pape François, qu’on a cité de nombreuses fois, au paragraphe 194 de l’encyclique LS : « les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement »). Nous voilà obligés de creuser la question.

 

S’il apparaît que la logique TINA semble néfaste, est-elle vraiment inévitable ? Est-ce vraiment une fatalité ?

Pour remettre les choses à leur place, on peut observer qu’on est en présence de deux propositions non contradictoires

  • La proposition A : dans le système tel qu’il est, on constate que les mesures qui nous sont présentées comme inévitables amènent effectivement souvent un mieux.
    • Par exemple, l’usage massif de la publicité entraîne une réduction de la pauvreté, par la croissance économique qu’elle génère. C’est vrai.
  • Et puis la proposition B : le système tel qu’il est, dans son ensemble, n’est pas viable. Les mesures présentées comme inévitables nous amènent, à long terme et à grande échelle, toujours plus loin dans l’impasse, jusqu’à l’effondrement : être performant dans un système mauvais, c’est accélérer la marche de ce système vers sa perte.
    • Pour continuer l’exemple de la publicité ; la croissance économique infinie, nécessaire au système, est incompatible avec le cadre fini de la planète. C’est vrai également.

 

Ainsi, ce qui est absolument inévitable est en même temps absolument intenable. A l’évidence, quelque chose ne va pas. Comment sortir de là ? Est-on condamné à d’éternelles contradictions, dont la pseudo-résolution n’est obtenue qu’à coup de mesures toujours plus brusques ?

 

Si l’âne le pouvait, s’il en avait l’intelligence et la dextérité, s’il savait prendre du recul sur la situation, il s’arrêterait de marcher, il détacherait le bâton et grignoterait cette fameuse carotte !

Pour s’emparer de la carotte, il faut accepter de poser un acte qui semble intuitivement moins efficace que de simplement avancer (puisque la carotte est devant !)…. Nous verrons ça la semaine prochaine !

 

Amis auditeurs, portez-vous bien !

 

Références

  • Conte : L’âne et la carotte, de C. Godefroy
    • http://www.aujardindelamitie.com/MaRocailleFleurie/LaneEtLaCarotte/incitation_a_consommer.html

 

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