Fleur de sel : Laudato si 4 ans après : la politique

Fleur de sel Société

Quatre ans après la publication de Laudato si, après l’environnement et les citoyens nous abordons l’action des politiques. Le pape dénonce « Le drame de l’‘‘immédiateté’’ politique, soutenue aussi par des populations consuméristes ». Les insecticides néfastes aux abeilles ont été interdits, mais le glyphosate est toujours autorisé. Où allons-nous ?

Laudato si 4 ans après 3

Que nous dit le Pape dans Laudato si ?

  1. Le drame de l’‘‘immédiateté’’ politique, soutenue aussi par des populations consuméristes, conduit à la nécessité de produire de la croissance à court terme.

 

193 l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties.

 

  1. Dans certains pays, il y a des exemples positifs …dans les améliorations de l’environnement tels que l’assainissement de certaines rivières polluées … ou la récupération de forêts autochtones, … Ces actions ne résolvent pas les problèmes globaux, mais elles montrent que l’être humain est encore capable d’intervenir positivement.

 

Le pape oppose clairement la nécessité d’une décroissance dans les pays riches et la nécessité politique (les élections qui se succèdent tous les 3 ou 4 ans) de poursuivre la croissance. Il ne nous dit pas comment résoudre la contradiction, soulignée par de nombreux auteurs, dont Dominique Bourg, mais il la pose. La décroissance, c’est la diminution de l’extraction de ressources naturelles, la réduction de notre vitesse de production, l’augmentation de notre degré de liberté. Mais cela nécessite la réduction des inégalités, cela doit commencer par riches, peut-être par nous ?

 

Puis il ajoute que les actions locales témoignent de la capacité des hommes à intervenir, sans que cela « résolve les problèmes globaux », comme on l’a vu lors du point précédent sur l’action citoyenne.

 

Il y a néanmoins des avancées faites par les politiques comme l’interdiction des néonicotinoïdes, des plastiques à usage unique, de la pêche électrique ou encore, et je cite des députés La République en Marche[1], les menus bio et circuits courts dans les cantines scolaires et l’arrêt du projet de Notre Dame des Landes. Au niveau mondial la convention pour la protection des espèces sauvages réunie en août a élargi la liste des espèces protégées par exemple aux girafes et éléphants d’Afrique.

 

Mais il y aussi des ombres à ce tableau. Le glyphosate est toujours autorisé, et les produits de substitution qui apparaissent pour le remplacer ne seront pas testés avant d’être mis en usage, puisque la Commission Européenne a reporté la décision de réforme du règlement les concernant pour 2021… Les arrêtés des maires limitant l’utilisation du glyphosate sont attaqués par les Préfets (le dernier, Langouet – 35 en août 2019).Le rejet de boues rouges à Gardanne continue, la raffinerie de la Mède (50 % d’huile de palme) a été autorisée…

Les aides aux énergies fossiles (dont le crédit impôt recherche) ont doublé depuis dix ans,

Le gouvernement soutient le CETA qui doit augmenter les échanges internationaux.

 

On pourrait considérer que tout cela est la poursuite des politiques antérieures, un effet d’inertie. Mais il y a aussi dans les décisions prises en 2018 la réduction du nombre de points de mesure de la pollution des eaux[2], du budget de la police de l’eau et de la publicité des enquêtes d’utilité publique…

 

Du point de vue social, si les inégalités de revenu ont augmenté jusqu’à la crise financière de 2008, puis ont baissé et sont actuellement stables, des inégalités sociales augmentent dans le domaine de l’accès au logement, de l’école, et le taux d’acceptation des demandes d’asile diminue, 28 % en 2018 (38 % en 2016 taux global).

 

Le paysage est contrasté, mais les décisions non visibles sont lourdes de conséquences, sur les règlementations, le budget, les inégalités. Le gouvernement agit, après pression, sur ce qui se voit, et continue sur ce qui ne se voit pas.

 

Alors, y-a-t-il une alternative politique ? Difficile de répondre en l’état actuel du paysage politique. Décalons-nous un peu, et revenons à ce qui distingue les forces politiques, puisque voter c’est choisir. Les partis sont classiquement répartis sur un axe droite gauche, mais ce classement, qui a toujours une pertinence au niveau social, n’en a pas au niveau environnemental. Bruno Latour propose une nouvelle boussole avec un axe dominant vivant/non vivant, et un axe secondaire droite/gauche (je résume). On trouvera des politiques sensibles au vivant des deux côtés, et des politiques insensibles au vivant des deux côtés aussi. Ce n’est évidemment pas une solution, c’est une grille de lecture.

 

Selon Bruno Latour l’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.
Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. D’où l’importance de lieux de rencontre entre les partisans du vivant, malgré leurs origines politique différentes. L’Eglise peut proposer ces lieux.

 

 

 

[1] Le Monde du 4 juillet 2019.

[2] Le Monde 6 juillet 2019.

 

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