Fleur de sel : Lourdes : les évêques débattent de l’écologie

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Loïc Laîne a eu la chance d’accompagner notre évêque, le P. James, à l’Assemblée plénière élargie des évêques de France, à Lourdes , les 5 et 6 novembre dernier. Cette rencontre était consacrée à la transformation écologique. Il propose quelques échos de cet événement un peu exceptionnel, riche de conférences, d’ateliers, et de rencontres, où la synodalité a pu être vécue bien concrètement. Un regard lucide de l’Église de France sur les limites des ressources de la planète, qui initie un processus pour accompagner la transformation nécessaire de nos modes de vie.

Lourdes les évêques débattent de l’écologie

J’ai eu la chance de vivre un événement un peu exceptionnel début novembre. Vous le savez, la nouvelle équipe élue à la tête de la Conférence des Evêques de France avait décidé de proposer une expérience de synodalité à l’occasion de l’Assemblée plénière d’automne, à Lourdes. Chaque évêque devait inviter 2 personnes, pour réfléchir avec lui sur la transformation écologique. Pour le diocèse de Nantes, le P. James avait invité Edouard, de la Maison Claire & François à Orvault, et moi-même. Nous nous sommes donc retrouvés les 5 et 6 novembre parmi les 300 personnes qui s’entassaient dans l’amphi où se réunissent habituellement les évêques, pêle-mêle évêques, laïcs hommes et femmes (et même 2 bébés), et quelques prêtres et diacres.  Ambiance assez étonnante, avec une grande liberté dans les prises de parole, favorisées par des techniques d’animation interactive destinées à faire émerger l’intelligence collective, dans un grand respect de chacun. Eric de moulins Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, a donné le ton de ces journées dès son mot d’accueil : « Notre époque restera dans l’histoire comme celle où l’humanité a pris conscience des limites des ressources de la planète et de la transformation nécessaire des modes de production et de consommation, c’est-à-dire des modes de vie. Comment en sortira-t-elle ? Nous le verrons. Et nous, que disons-nous en ce temps, qu’avons-nous à dire, nous disciples du Christ ? Quelle bonne nouvelle faire entendre ? ».

Difficile bien sûr de résumer la richesse des échanges, tant dans les conférences et carrefours, que dans les moments plus informels, comme les repas. Beaucoup de belles rencontres, avec des personnes très diverses, certaines déjà fortement engagées dans la conversion écologique, ou dans la vie de leur église locale. « Ce qui était beau, c’est que nous étions vraiment ‘’en Église’’, laïcs et évêques, à l’écoute de ce qui est en train de se passer dans le monde et dans la société », rapporte Marie Hélène Lafage, vice-présidente des Altercathos, invitée par le diocèse de Lyon.

La rencontre a débuté avec 6 intervenants, tous en gros de la même génération (autour de la quarantaine) et marqués par des choix personnels de conversion écologique plus ou moins récente. Pas forcément très cathos : plusieurs n’ont pas hésité à exprimer les distances prises vis-à-vis de l’Eglise… devant un parterre d’évêques. Mais aussi leur conviction que la dimension spirituelle était indispensable pour relever le défi écologique. Ils ont donc tenu des propos exigeants, lucides et radicaux.  Pas de langue de buis !

Maxime de Rostolan, l’initiateur de « Fermes d’avenir », est sans doute le plus radical dans ses choix et ses propos : il a aujourd’hui rejoint le mouvement Extinction Rébellion, qui lutte de façon non-violente pour une mobilisation citoyenne sur le climat. Il a rappelé quelques données chocs sur l’état de la planète : « entre 1998 et 2008, l’humanité a extrait plus de ressources naturelles que depuis l’apparition de l’homme jusqu’en 1998. Pour rester sous la barre des 2° d’augmentation de la température, il faut laisser sous le sol les 2/3 des réserves de matières fossiles ». Il nous a interpellés sur nos pratiques agricoles et de consommation.

Martin Choutet est co-fondateur de l’Association pour l’amitié (APA). On la connaît à Nantes par l’association Lazare, co-location solidaire avec des personne de la rue. Il nous a ouvert à la dimension sociale de l’écologie intégrale, par sa grande sensibilité aux situations de pauvreté. C’est un promoteur de la sobriété.

Fabrice Boissier, le directeur général de l’ADEME, a situé les enjeux de la conversion au niveau de la société dans son ensemble, en s’appuyant sur le scénario énergie-climat élaboré par l’ADEME à l’horizon 2050. Pour lui, ces changements sont possibles et réalistes, à condition que nous acceptions les ruptures indispensables dans nos modes de vie individuels et collectifs :  densifier l’urbanisme, revoir nos modes de consommation et de déplacement, nos loisirs et nos vacances. Lui aussi parle de sobriété désirable, insistant sur l’urgence de l’agir collectif.

Xavier Houot, cadre dirigeant d’un grand groupe industriel français, a partagé son expérience de conversion familiale, mais aussi toutes les difficultés et les contradictions auxquelles chacun de nous est soumis pour accomplir cette conversion.

Gauthier Chapelle, l’un des principaux représentants en France de la collapsologie, ce courant de pensée qui envisage l’effondrement de nos sociétés, a délivré un message lucide, où l’inquiétude se mêle à d’espérance . « Nous sommes une espèce sociale qui pratique l’entraide comme elle respire. Il faut recréer tous les liens pour affronter les bouleversements imprévisibles qui nous attendent. Ce sera difficile, et plein de joie ».

Raphaël Cornu-Thénard, enfin, le fondateur d’Anuncio, un mouvement d’évangélisation, a partagé sa découverte récente de l’appel à la sainteté écologique. « J’étais sous-éduqué en sainteté environnementale ». Un choc, une conversion : « Être respectueux de la nature, ça fait partie de notre identité chrétienne. On manque de chasteté à l’égard de la nature ». Il considère l’écologie comme la priorité spirituelle d’aujourd’hui : « Les chrétiens ont une place prophétique à prendre ». Avec les jeunes catholiques d’Anuncio, il a pris contact avec Extinction Rébellion et participe aujourd’hui activement aux manifestations pour le climat.

Après des ateliers permettant d’échanger avec les intervenants, Elena Lasida et le théologien Fabien Revol ont proposé le 2e jour une relecture de ces témoignages, pour ancrer l’engagement écologique à la fois dans une réflexion théologique et une perspective pastorale. L’écologie intégrale comme écologie du sens et de l’espérance, qui engage à expérimenter des solutions pour inventer de nouvelles manières de vivre ensemble, d’entrer en relations avec nos frères, avec les créatures, avec le Créateur. « Moins de biens, plus de liens », ce slogan que nous avons souvent mis en valeur dans cette émission, a été beaucoup utilisé pour résumer l’orientation à retenir de nos échanges. Ainsi qu’un encouragement à toutes les initiatives déjà en cours, comme Eglise verte.

Nous avons ensuite eu un dernier échange synodal, c’est-à-dire l’évêque avec ses invités, à partir de la question suivante : que peut faire un évêque dans son diocèse ? Echange que le président de la CEF a conclu en insiatant :  « De retour dans leurs diocèse, les évêques vont être repris par la charge du quotidien. Les ‘’invités’’ devront donc rendre le service de rappeler leurs évêques à l’expérience vécue ensemble, et aux engagements à mettre en œuvre pour accompagner la transformation écologique ».

Bien dans l’esprit de Laudato si’, cette rencontre exceptionnelle par sa nouveauté, marque l’initiation d’un processus pour l’Eglise de France… A nous aujourd’hui, dans nos paroisses, dans nos mouvements d’église, dans nos communautés religieuses, dans nos écoles catholiques,  bref dans notre diocèse, de vivre et de faire vivre ces changements.

 

Loïc LAÎNE

 

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