Fleur de sel : Noël la paix avec toutes les créatures

Fleur de sel Société

A Noël, nous fêtons l’incarnation du Verbe de Dieu, nous accueillons le Prince de la Paix. Une paix universelle, qui s’élargit à l’ensemble du vivant selon la perspective du prophète Isaïe (11, 1-10).  Pour affronter la crise écologique, le pape François dans Laudato si’ nous invite à la fraternité universelle, à la communion avec l’ensemble du vivant. À quelles conversions sommes-nous appelés pour vivre cette fraternité universelle, avec nos frères les hommes comme avec les autres créatures ?

Noël la paix avec toutes les créatures

En cette semaine de Noël, nous fêtons l’incarnation du Verbe de Dieu, qui a pris chair dans l’enfant de la crèche. Nous accueillons le Prince de la Paix, cette paix universelle que le prophète Isaïe exprime avec la belle image que nous avons relue le 2e dimanche de l’Avent : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira ». Voilà bien le rêve d’une fraternité universelle entre les créatures, chère à François d’Assise qui dans son Cantique des créatures s’adresse à frère soleil et à notre sœur et mère la terre. Le pape François, dans l’encyclique Laudato si’, nous rappelle cet idéal de relation fraternelle avec l’ensemble du vivant comme préalable à notre conversion à l’écologie intégrale. « Pour le croyant le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres » (Laudato si’ 220).

Dans nos crèches, comme l’a voulu François d’Assise dans la première crèche de Greccio, l’enfant Jésus est entouré de ses parents, des bergers, des villageois, mais aussi d’animaux : le bœuf, l’âne, les moutons, les chiens de berger. Ce n’est pas seulement un aimable folklore : c’est bien le signe de la fraternité qui nous unit à l’ensemble du vivant, de cette interdépendance et de cette solidarité avec la Création que viennent nous rappeler la biologie, l’éthologie et l’écologie contemporaines. Toutes les créatures vivantes sont comme entrelacées au sein de la biosphère. Pour un chrétien, ces liens entre les êtres vivants ne sont pas seulement une question d’ADN commun : ils prennent leur origine dans une commune dépendance envers le Dieu créateur, et nous appellent à la fraternité envers toutes les créatures. « Créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble » (LS 89).

Mais nous avons perdu le sens de cette origine commune, en même temps que celui de cette commune fraternité. C’est sans doute la racine principale de la crise écologique que nous affrontons. Nous l’avons souvent répété dans cette émission, notre mode de vie consumériste et hédoniste provoque une surexploitation de la terre par ses habitants les plus riches, rendue possible par le développement d’une technologie ultra-performante. Cette situation est le produit d’un rationalisme et d’un anthropocentrisme, historiquement liés à la naissance de la science moderne au 17e siècle. Ils ont conduit l’homme occidental à se penser comme extérieur au monde, et supérieur aux autres créatures, réduites à leur seul usage pour l’espèce humaine.  Nous héritons d’une pensée mécaniste et technicienne, dans laquelle le mythe du progrès et la course au profit ont éloigné l’homme de la nature, en même temps que de sa corporéité. Dans ce contexte, comment pouvons-nous retrouver les liens indispensables avec les autres créatures ?  À quelles conversions sommes-nous appelés pour vivre cette fraternité universelle, avec nos frères les hommes comme avec les autres vivants ?

Laudato si’ apporte quelques éléments de réponse à cette question si essentielle pour l’avenir de notre habitation de la maison commune, en nous invitant à approfondir quelques vertus écologiques.

D’abord la vertu d’hospitalité, avec nos frères comme avec la nature. Pour devenir fraternels et attentifs aux plus vulnérables des créatures, il nous faut retrouver ce mouvement d’accueil de la terre et du frère comme don, apprendre à se recevoir comme hôte et à se comporter comme ayant été reçu au sein d’un monde commun. Un mouvement qui passe par la contemplation, et l’acceptation humble de ce monde qui nous porte et qui nous habite, avant même que nous prenions conscience de la responsabilité que nous avons à son égard. « Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée » (LS 67).

Il nous faut ensuite faire l’expérience de la convivialité, du vivre-ensemble, avec les autres créatures. L’histoire de l’humanité nous montre que ce vivre-ensemble n’a jamais été facile, car les sociétés humaines se sont souvent bâties dans la confrontation avec leur environnement. Comment construire aujourd’hui une convivialité heureuse avec le vivant non-humain ? Pour nous, chrétiens, il nous faut méditer l’attitude du Christ, dans son rapport à la nature. Relisons la fin du 2e chapitre de Laudato si’, qui évoque le regard de Jésus sur la Création : « Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction » (LS 97).

Il nous faut aussi apprendre à vivre la chasteté et la sobriété à l’égard du vivant. Tout particulièrement dans ce rapport si intime qui passe par notre alimentation. Nous sommes bien concrètement dépendants des autres créatures pour notre nourriture. Comment exprimer ici notre fraternité universelle ? Voilà qui interroge bien sûr nos pratiques alimentaires : que manger et comment nourrir tous les hommes ? Mais aussi nos modèles de production agricole, nos circuits de transformation et de distribution des animaux et des végétaux que nous mangeons. Quelle place aussi pour les agriculteurs, ceux qui produisent notre nourriture en travaillant la terre ? Gardons ces lourdes questions au cœur, en cette période de fêtes où nos tables sont souvent bien garnies… « Lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre » (LS 50).

Sobriété, donc, à l’égard de ces créatures dont nous sommes dépendants pour notre survie, puisqu’elles constituent la base de notre alimentation. Humilité, également, dans la considération que nous portons à l’égard du vivant non humain. Ici encore, la pensée moderne, qui a coupé l’homme de sa corporéité, a largement contribué à réifier, à rendre chose, tout le reste du vivant. Comment entrer dans une relation de fraternité avec une chose ? Aujourd’hui, certains s’interrogent : faut-il accorder des droits aux animaux et à la terre ? Devons-nous alors leur reconnaître, comme aux êtres humains, la qualité de sujet de droit ? Certains pays déjà ont accordé la personnalité juridique à un fleuve, un lac, une forêt. Et d’autres ont introduit la protection animale dans leur constitution. Mais jusqu’où aller sur ce chemin ? On sait les dérives anti-humanistes de certains courants de pensée, au nom de la lutte pour l’égalité entre les espèces ? Et pour nous, chrétiens, comment concilier la fraternité avec l’ensemble du vivant avec l’affirmation de la vocation et de la responsabilité particulières de l’homme au sein de la création ? Pas facile de faire descendre l’homme du trône de maître et seigneur de la création où il s’est installé si longtemps, sans aussitôt le réduire au rang d’un animal parmi les autres. « Cela ne signifie pas que tous les êtres vivants sont égaux ni ne retire à l’être humain sa valeur particulière, qui entraîne en même temps une terrible responsabilité » (LS 90).

Pour développer ces vertus écologiques, pour inventer ce nouveau mode de relations avec les autres créatures, il nous faut d’abord apprendre à reconnaître la valeur propre de chaque créature : « aucune n’est superflue », nous rappelle le pape François. « Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous » (LS 84). Plus encore : « En toute créature habite son Esprit vivifiant qui nous appelle à une relation avec lui » (88).

Quand nous contemplons, dans nos crèches, le Prince de la Paix qui repose au milieu des créatures, au centre de la Création, gardons au cœur ces belles paroles de notre pape : « Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre » (LS 92).

Joyeux Noël, chers frères et sœurs auditeurs de Fleur de Sel !!!

 

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