Fleur de sel : Laudato si 3 à 6

Fleur de sel Société
Aux paragraphes 3 à 6, François rappelle les prises de parole de ses prédécesseurs, de Jean XXIII à Benoît XVI. « Rien ne nous est indifférent » :  l’engagement de l’Eglise catholique sur l’écologie, en phase avec le contexte historique et en dialogue avec le monde, ne date pas d’hier ! Occasion de prendre conscience à quel point ces écrits sont sans équivoque, mais aussi de regretter leurs trop faibles échos dans les décennies passées.

Laudato si 3 A 6 220920

Nous continuons la lecture de l’encyclique Laudato Si, entamée la semaine dernière, et qui se poursuivra tout au long de l’année. L’extrait du jour suit directement ceux de la semaine dernière : il s’agit des paragraphes 3 à 6, qui rappellent que l’engagement de l’Eglise catholique sur l’écologie ne date pas d’hier !

Arrêtons-nous d’abord sur le titre de ce passage : « Rien ne nous est indifférent ». C’est une claire allusion à l’introduction de Gaudium et Spes, le texte sans doute le plus célèbre du Concile Vatican II, , qui souligne l’étroite solidarité de l’Église avec l’ensemble de la famille humaine : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ». Belle constance de l’engagement de l’Eglise catholique, tout au long de son histoire, pour affronter les défis auxquels est confrontée l’humanité !

 

  1. Il y a plus de cinquante ans, quand le monde vacillait au bord d’une crise nucléaire, le Pape saint Jean XXIIIa écrit une Encyclique dans laquelle il ne se contentait pas de rejeter une guerre, mais a voulu transmettre une proposition de paix. Il a adressé son message Pacem in terris « aux fidèles de l’univers » tout entier, mais il ajoutait « ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté ». À présent, face à la détérioration globale de l’environnement, je voudrais m’adresser à chaque personne qui habite cette planète. Dans mon Exhortation Evangelii gaudium, j’ai écrit aux membres de l’Église en vue d’engager un processus de réforme missionnaire encore en cours. Dans la présente Encyclique, je me propose spécialement d’entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune.

 

Deux remarques sur ce paragraphe 3 : d’abord, François se place résolument dans la continuité historique de ses prédécesseurs, en repartant de Jean XXIII, le pape du concile Vatican II. Ensuite, dans l’esprit de ce même concile, François veut adresser son message non seulement aux catholiques, mais « à tous les hommes de bonne volonté ». La perspective du dialogue avec tous habite toute l’encyclique, comme elle marque le pontificat de François depuis son élection.

 

  1. Huit ans après Pacem in terris, en 1971, le bienheureux Pape Paul VIs’est référé à la problématique écologique, en la présentant comme une crise qui est « une conséquence… dramatique » de l’activité sans contrôle de l’être humain : « Par une exploitation inconsidérée de la nature [l’être humain] risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation ». Il a parlé également à la FAO de la possibilité de « l’effet des retombées de la civilisation industrielle, [qui risquait] de conduire à une véritable catastrophe écologique », en soulignant « l’urgence et la nécessité d’un changement presque radical dans le comportement de l’humanité », parce que « les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse, si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme ».

 

Intéressant de replacer les prises de parole des papes dans leur contexte historique : Jean XXIII, au début des années 60, s’exprimait en pleine Guerre froide. Ses auditeurs, encore marqués par la seconde guerre mondiale toute proche, craignaient l’apocalypse nucléaire. Avec Pacem in terris, c’est un message pour construire la paix qu’il adresse à l’humanité. Avec son successeur Paul VI, c’est la question des injustices et du développement qui préoccupe l’humanité. Comment assurer un développement qui profite à tous sans épuiser les ressources de la planète ? En 1972, avec le rapport Meadows, Les limites de la croissance, le Club de Rome, alerte sur la voie sans issue dans laquelle le modèle économique croissanciste entraîne l’humanité. Bien en phase, nos souverains pontifes : dès 1971, Paul VI avait lancé un premier cri d’alarme devant la FAO… Mais le monde – et particulièrement le monde chrétien – n’y avait pas prêté une grande attention ! Il aura fallu presque 50 ans pour que ce qui était déjà perçu avec clairvoyance devienne un enjeu de société majeur et reconnu… Et une priorité pastorale ! Il est vrai que l’histoire n’est pas linéaire, et que les préoccupations du monde varient au rythme des grands événements internationaux. Au milieu des années 70, il y a eu les chocs pétroliers, puis la chute du mur, la foi immodérée dans l’économie de marché, les menaces terroristes, la violente crise de 2009, et voilà où nous en sommes, aujourd’hui, avec cette « urgence » de 1971 qui s’est considérablement accentuée, faute d’avoir été prise en charge à temps…

 

  1. Saint Jean-Paul IIs’est occupé de ce thème avec un intérêt toujours grandissant. Dans sa première Encyclique, il a prévenu que l’être humain semble « ne percevoir d’autres significations de son milieu naturel que celles de servir à un usage et à une consommation dans l’immédiat ». Par la suite, il a appelé à une conversion écologique globale. Mais en même temps, il a fait remarquer qu’on s’engage trop peu dans « la sauvegarde des conditions morales d’une “écologie humaine” authentique». La destruction de l’environnement humain est très grave, parce que non seulement Dieu a confié le monde à l’être humain, mais encore la vie de celui-ci est un don qui doit être protégé de diverses formes de dégradation. Toute volonté de protéger et d’améliorer le monde suppose de profonds changements dans « les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés ». Le développement humain authentique a un caractère moral et suppose le plein respect de la personne humaine, mais il doit aussi prêter attention au monde naturel et « tenir compte de la nature de chaque être et de ses liens mutuels dans un système ordonné ». Par conséquent, la capacité propre à l’être humain de transformer la réalité doit se développer sur la base du don des choses fait par Dieu à l’origine.

 

François continue son chemin dans l’histoire récente, avec un paragraphe entièrement consacré à Jean-Paul II. Pendant son long pontificat, le discours du Magistère sur l’écologie s’affine et s’approfondit. Il devient de plus en plus critique sur notre modèle de production et de consommation. Jean-Paul II développe une première analyse des racines morales de la crise écologique, qu’il situe dans une erreur anthropologique profonde de notre société. Il invite le chrétien à ne jamais dissocier écologie humaine et écologie environnementale. Il appelle déjà à une conversion écologique, par un changement profond de nos mentalités et à adopter un nouveau style de vie, s’inspirant de la sobriété et de la tempérance « sur le plan personnel et social » (Comp. 486).

 

Nous ne lirons pas à l’antenne le paragraphe 6, un peu long. Mais nous vous invitons à le faire par vous-même, chers auditeurs. François termine son itinéraire historique avec son prédécesseur direct, Benoit XVI, que des journalistes avaient surnommé le pape vert. La préoccupation pour la crise écologique habite beaucoup de ses discours et de ses écrits. Promoteur de l’écologie humaine, il insiste fortement sur la responsabilité de l’homme dans la situation environnementale mais aussi sociale de notre monde. Il dénonce l’anthropocentrisme, le refus des limites et le relativisme. « Le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes ».

 

En lisant ces quatre paragraphes, on comprend tout l’héritage sur lequel François s’appuie pour écrire Laudato Si. On ressent toute la continuité, toute la logique des écrits pontificaux de ces 50 dernières années sur le sujet. Occasion de prendre conscience à quel point ces écrits sont sans équivoque, mais aussi de regretter leurs trop faibles échos dans les décennies passées.

Nous verrons aussi en avançant au fil des semaines dans notre lecture combien François approfondit cet héritage, pour fonder l’engagement des catholiques aujourd’hui dans le combat pour la sauvegarde de la maison commune, à travers la conversion écologique. 

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