Regards sur l’Eglise Orthodoxe : Le monachisme dans l’église Orthodoxe

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C’est une émission qui propose aux auditeurs et aux auditrices une incursion dans la spiritualité de l’ Eglise orthodoxe

Le monachisme dans l’église Orthodoxe 230920

Avec Adrian Iuga  prêtre orthodoxe, appartiens au patriarcat de l’Eglise orthodoxe roumaine.

Responsable de plusieurs paroisses et missions en Pays de Loire et Bretagne.

Egalement recteur de la paroisse orthodoxe roumaine « Les Saints Apôtres Pierre et Paul » à Vertou / Nantes.

C’est au désert que tout commence, et plus précisément avec la tentation narrée par saint Matthieu et saint Luc. Cet épisode de la vie du Christ se situe juste après le baptême de Jean-le-Baptiste, et avant l’appel des disciples. Les éléments du combat au désert y sont soulignés. Les deux évangélistes décrivent le Christ « poussé par l’Esprit au désert pour y être tenté » ; et on pourrait dire que ceci est la marque même de la vie monastique. La tentation au désert est donc le socle de la quête monastique, du Christ comme archétype du moine au désert : le Christ-moine. Nous trouvons là devant deux phénomènes incontournables qui font le socle du « monos » et qu’il nomme : l’enjeu cosmique du combat spirituel et l’ascétisme. Ceci nous renvoie à saint Antoine le Grand, Père du monachisme, et à ses tribulations. Les Sources de ce monachisme qui prendra des formes différentes en Egypte, en Syrie ou au Sinaï mais qui auront toutes la même sève, parce que nées dans les mêmes eaux. Le monachisme tire donc à la fois ses racines de la tradition biblique, de son essence sémitique, mais aussi des Pères du Désert. Elle va se développer et être vécue jusqu’à nos jours dans la tradition orientale.

Nous avons des images   typiques pour le monachisme dans l’ancienne testament comme Saint Elie le prophète et saint Jean le Baptiste surnomme ange dans le corp.

Sur le plan strictement historique, l’Égypte constitue le berceau du monachisme (pour l’Occident et l’Orient)où les premiers moines apparaissent vers la fin des persécutions. On se situe aux alentours des 3ème et 4ème siècle. L’empreinte des martyrs nourrit la vision monastique de l’époque, mais aussi la vie chrétienne en général. Les moines se veulent des continuateurs des martyrs. Ce don d’eux-mêmes se vivra de façon continue à la différence de ceux qui sont morts par le sang, comme saint Ignace d’Antioche. Ils le vivront dans l’ascèse et le renoncement. La tradition égyptienne représente donc la source commune des courants monastiques occidentaux et orientaux. Aussi loin que l’on puisse remonter, les Sources attestent la présence d’un moine nommé Abba Moïse. On dit qu’il fut Ethiopien, et qu’il serait venu d’Égypte depuis la Haute Thébaïde. Les moines et les lieux de prières sont des lieux de passages, de communication et de fraternité. De nombreux monastères vont être fondés. Plus au Nord et à l’Est, la présence de moines et d’ermites est aussi attestée en Palestine. On relèvera la figure de Dorothée de Gaza et l’École du même nom. Aujourd’hui encore, on peut admirer les belles façades du monastère que saint Sabas fonde dans le désert de Judée. Il est toujours en activité. En Syrie, on relèvera principalement les noms de saint Jean de Damas (8ème siècle – arabe byzantin de culture grecque), et du diacre saint Éphrem. Si les expériences de vie érémitique et cénobitique sont attestées depuis quasiment les premières heures de la présence des Pères au désert ; il faut aussi noter des formes plus extrêmes, avec la tradition des stylites, tel saint Syméon. Ces derniers vivaient en permanence au somment d’une colonne.

Enfin, et pour revenir au cœur du désert, il nous faut aller au Sinaï et au monastère de Sainte-Catherine à la rencontre de saint Jean Climaque, auteur de la fameuse « échelle sainte » (« Climax » signifiant « échelle ») « … considérée comme une synthèse de l’expérience monastique antérieure. Jean y manifeste une profonde connaissance de la littérature spirituelle de l’Orient chrétien. Outre les auteurs qu’il cite explicitement : Evagre le Pontique… Jean Cassien, Grégoire de Nazianze, Jean Climaque…, Diadoque de Photicé et l’Ecole de Gaza». Là encore, on se situe aux fondements de l’expérience hésychaste qui migrera des déserts d’Egypte au Mont Athos. « C’est incontestablement dans la péninsule du Sinaï qu’il commence à acquérir le droit de cité, les traits distinctifs et la précision technique qu’il transmettra ensuite au monde byzantin. » Peu à peu l’expérience du Christ-moine au Désert, et celle de tous ceux qui vont vouloir imiter le Christ et vivre cette quête absolue, va se répandre à travers tout le Moyen Orient jusqu’en Mésopotamie.

Le moine se voue à Dieu dans le retrait et le silence, vivant une ascèse corporelle faite de privation de nourriture et de sommeil. Le monachisme d’Orient connaît également une autre forme de vie monastique intermédiaire et « plus souple », que l’on nommera : monachisme basilien (saint Basile le Grand). Le moine ne vit plus dans la solitude. Sa vie tourne autour de la prière liturgique, la pratique de la confession des péchés, la réception fréquente de l’Eucharistie, la lecture de la Bible, le travail manuel, les œuvres de charité. Cette forme monastique va marquer aussi bien l’Occident -l’église catholique, que l’Orient-l’église orthodoxe.

Les formes monastiques sont tout aussi diverses et variées comme celles de l’époque de l’Église indivise. S’il y a eu jadis un idéal monastique oriental, cela est resté encore de nos jours dans divers lieux et nombre de pays. Le moine se retire auprès d’un maître spirituel : le starets. Il est l’idéal du monachisme russe. L’idéal du désert reste un élément permanent et constitutif de ce monachisme d’Orient. Dès lors qu’une communauté devient trop importante et trop bruyante, le moine s’enfonce dans la forêt/désert à la recherche de silence et de solitude.

Chacun des monastères a eu un réel impact sur la société, malgré l’idéal du désert, fait pleinement partie du paysage social à travers une vie ecclésiale très présente dans la société. Dans de nombreux pays comme la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie ou la Russie, des pèlerinages sont organisés dans les monastères. Diversité mais aussi unité sont les marqueurs du monachisme oriental où qu’il se trouve. La prière, et surtout la prière liturgique, en est la première des obligations du religieux. La seconde serait plutôt l’enseignement des Pères.

L’hésychasme signifie en fait la pratique du « repos ». C’est une paix qui émane dans le silence et le recueillement. On a eu coutume de l’associer à la solitude du désert. Cette pratique est une prière continuelle dans la répétition d’une seule formule utilisant le nom de Jésus et ses attributs. La formule a fini par se fixer sur la phrase : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ». Petite parenthèse, rien que l’établissement du cadre propice et de l’état d’esprit préalable, à savoir « la maîtrise des passions ». Elle se sert d’une technique de concentration mentale, utilisant le souffle pour faire « descendre l’esprit dans le cœur », selon la formule consacrée. Le croyant se concentre sur le souffle et descend avec lui dans le cœur au moment de l’inspiration et y invoque le nom de Jésus, dans une formule de repentir.

Durant des siècles, les moines sont restés fidèles aux motions de l’Esprit Saint. L’ascèse intérieure s’est développée à l’ombre du monde et dans le secret des cœurs, dans chacun des monastères d’Orient. La tradition orientale se consacre en premier chef à l’ascèse personnelle. Les moines ont su garder intacte la tradition vivante en préservant, ici et là, l’idéal initial malgré la diversité « de ses formes et de ses expressions ».

Patrice Sabater,  

Hiéromoine ELISÉE, Le monachisme d’Orient – Figures, doctrines, lieux, histoire. Ed. Le Cerf. Paris 2017. 394

Ce livre est riche de cette histoire multiséculaire qui porte en elle-même l’authenticité de tous ceux et toutes celles qui ont cherché le Christ d’Elie et des Prophètes, des Pères de l’Eglise et des saints. Bien documenté, soigné, avec deux cahiers de belles photos en couleurs, cet ouvrage donnera de la joie et beaucoup de quiétude à tous ceux qui souhaitent connaître cette part d’histoire que nous avons en commun. Un moine catholique de l’Eglise grecque melkite nous apprend à respirer avec les deux poumons d’Orient et d’Occident.

 

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