Fleur de sel : Laudato si 7 a 9 Unis par une même préoccupation

Fleur de sel Société
Selon le Patriarche Bartholomée, cité par le pape François, un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu. Un péché ?

Laudato si 7 A 9 290920 Fleur de sel

L’encyclique se situe dans la lignée des papes précédents elle s’inscrit aussi dans une perspective œcuménique et en particulier celle de la tradition orthodoxe. Il cite en particulier au paragraphe 8 le Patriarche Bartholomée, Primat de l’Eglise orthodoxe de Constantinople:

Le Patriarche Bartholomée, nous dit le pape, insiste particulièrement sur la nécessité pour chacun de se repentir de ses propres façons de porter préjudice à la planète, parce que « dans la mesure où tous nous causons des préjudices écologiques », nous sommes appelés à reconnaître « notre contribution – petite ou grande – à la défiguration et à la destruction de la création». Sur ce point, il s’est exprimé à plusieurs reprises d’une manière ferme et stimulante, nous invitant à reconnaître les péchés contre la création : « Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce sont des péchés» ; car «un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».

Un pêché contre la création ? Un crime même ? Chrétiens nous n’avons pas été vraiment éduqués à parler de faute contre la création. De faute contre nos frères bien sûr. Tu aimeras ton prochain comme toi-même, commandement bien connu mais déjà difficile à mettre en œuvre car le péché c’est toujours un manque d’amour. Mais voici que l’on nous demande d’aimer non seulement notre prochain mais la création toute entière. La nature animée et inanimée. Les animaux et les plantes mais aussi les montagnes et les océans. Sans une prise de conscience de cette fraternité qui nous relie à cette glaise dont nous sommes sortis, en d’autres termes sans comprendre que nous sommes construits des mêmes atomes que les pierres et les planètes, nous nous croirons innocents de ravager les forêts primaires ou d’exploiter les mers, bien au-delà de leur capacité de régénération. Nous nous croirons innocents de déverser des nitrates ou des phosphates dans les rivières qui se jettent dans les océans. Or c’est à une reconnaissance de la faute commise et au repentir que nous appelle le patriarche Bartholomée. Reconnaitre notre responsabilité, petite ou grande à la destruction de la création, ce sont ses termes.

Il ne s’agit donc pas seulement de stigmatiser les sociétés multinationales qui fabriquent des pesticides, ou les gouvernements qui autorisent ou favorisent la destruction des forêts mais aussi de nous impliquer, dans tous nos gestes du quotidien. Toutes nos actions, même les plus petites, même les plus courantes, sont concernées, quand nous chauffons un peu trop la maison, quand nous jetons des biens encore en état de servir, quand nous oublions de trier ou de recycler, quand nous consommons trop et sans tenir compte de la façon dont les biens ont été produits etc.

Il a fallu des décennies pour que nous prenions conscience que nous sommes responsables de la catastrophe climatique , mais aujourd’hui nous ne pouvons plus nous sentir  innocents. Le péché, la faute serait de se dérober.

Alors quelle attitude adopter? Bartholomée nous donne des pistes, écoutons-le,  toujours cité par le pape.

 

  1. En même temps, Bartholomée a attiré l’attention sur les racines éthiques et spirituelles des problèmes environnementaux qui demandent que nous trouvions des solutions non seulement grâce à la technique mais encore à travers un changement de la part de l’être humain, parce qu’autrement nous affronterions uniquement les symptômes. Il nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui « signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer. C’est une manière d’aimer, de passer progressivement de ce que je veux à ce dont le monde de Dieu a besoin. C’est la libération de la peur, de l’avidité, de la dépendance ».Nous chrétiens, en outre, nous sommes appelés à «accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète ».

Retenons cette incitation d’apprendre à donner, d’apprendre à nous libérer de nos dépendances. S’il nous faut renoncer à certaines habitudes de vie dont nous savons qu’elles accélèrent la catastrophe, comme les voyages lointains, les achats d’objets inutiles, l’utilisation sans limite de ces multiples machines qui travaillent pour notre confort mais consomment de l’énergie fossile, ce que Ivan Illich appelait des prothèses, s’il nous faut renoncer faisons le par amour.

Bartholomée nous propose de partager plutôt que de gaspiller. Par exemple partager des outils, une voiture ou un vélo, un logement… autant d’occasions de rencontres, riches de relations.

Ce sont des solutions non techniques qui passent par des changements de comportement. On a effectivement tendance à chercher dans la technique des solutions aux enjeux environnementaux : des véhicules qui consomment moins, des éoliennes pour remplacer les centrales électriques à charbon ou au gaz. Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans notre capacité à changer notre façon de vivre et d’en être plus heureux.

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