Regards sur l’Eglise Orthodoxe : L’hésychasme et Saint Jean Cassien 1/2

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La Philocalie des Pères neptiques (en grec Φιλοκαλία τῶν Ιερῶν Νηπτικῶν) ou Grande Philocalie grecque est une anthologie de textes écrits entre le ive et le xve siècles par des maîtres spirituels de l’orthodoxie, relevant de l’hésychasme. Texte important de la spiritualité orthodoxe, elle est principalement découverte dans le monde occidental par les Récits d’un pèlerin russe.

L’hesychasme et Saint Jean Cassien 300920

Cette anthologie de textes inédits ou rares en grec byzantin de trente-six auteurs (relevant tous du christianisme oriental, à l’exception de Jean Cassien) réalisée par Nicodème l’Hagiorite et Macaire de Corinthe fut publiée en 1782 à Venise, à l’attention non seulement des moines mais de tout chrétien. Il semble que la sélection de ces textes relatifs à la prière repose sur une tradition « philocalique »

Macaire de Corinthe et Nicodème de l’Athos avaient, dans la foule des spirituels qui les avaient précédés, choisi une trentaine d’auteurs :

  • Antoine le Grand
  • Isaïe le Solitaire
  • Évagre le Pontique
  • Jean Cassien
  • Marc l’Ermite
  • Hésychius le Sinaïte
  • Nil l’Ascète
  • Diadoque de Photicé
  • Jean de Karpathos
  • Théodore d’Édesse
  • Maxime le Confesseur
  • Thalassios le Libyen
  • Jean Damascène
  • Philothée le Sinaïte
  • Théophane de l’Échelle
  • Pierre Damascène
  • Macaire le Grand
  • Syméon le Nouveau Théologien
  • Nicétas Stéthatos
  • Théolepte de Philadelphie
  • Grégoire le Sinaïte
  • Grégoire Palamas
  • Syméon de Thessalonique
  • Marc d’Éphèse
  • Maxime le Kausokalybite 

 

  • La Philocaliea depuis été traduite entièrement ou en partie dans diverses langues dont le roumain (par Dumitru Stăniloae en 1946), le français (par Jacques Touraille) et l’anglais.
  • La doctrine hésychaste repose sur une anthropologie et une théologie : la possibilité pour l’homme d’atteindre l’union avec Dieu, d’être déifié. C’est là, selon la spiritualité hésychaste, le sens de l’humanité et la raison de l’Incarnation de Dieu : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme puisse devenir Dieu », selon une parole d’Athanase d’Alexandrie.

Elle s’appuie par ailleurs sur un enseignement pratique et ascétique, s’enracinant historiquement dans la spiritualité des premiers Pères égyptiens, sur la « garde du cœur » et la « prière ininterrompue ». Cette pratique spirituelle n’est pas séparable de la théologie de la déification des Pères grecs.

Jean Cassien est un pont entre l’Orient et l’Occident. Il fut à la fois le disciple des moines du désert d’Égypte (et particulièrement Évagre) et de saint Jean Chrysostome. C’est dans ses écrits que l’on trouve l’un des plus anciens témoignages concernant la prière perpétuelle à partir d’une phrase courte : il associe l’enseignement des Pères grecs à la pratique ascétique des pères égyptiens. Opposé à Augustin sur la doctrine de la prédestination et de la liberté humaine, sa place fut minorée dans l’Église catholique malgré l’influence décisive qu’il eut sur des personnalités aussi importante que saint Dominique4 et même Thomas d’Aquin. Au sein de l’Église orthodoxe, c’est au contraire saint Jean Cassien et non Augustin, qui représente la juste foi des Pères : le salut n’est possible que par la synergie de la volonté humaine et divine.

Jean Cassien est né au ive siècle (vers 360/365) dans l’actuelle Roumanie. Lors d’un séjour au désert de Scété en Égypte, il y devient le disciple de l’abbé Paphnuce. Il prend conscience de l’insuffisance de l’enseignement qu’il avait reçu jusqu’alors dans les monastères. On lui avait appris à renoncer au monde et quelque enseignement dans la lutte contre les passions, mais non pas à s’élever jusqu’à l’union intime avec Dieu.

Cassien vécut la fin de sa vie à Marseille, en France. C’est de là qu’il va transmettre à l’Occident l’enseignement pratique et ascétique qu’il reçut en Égypte.

Sur la liberté

Cassien défendait l’existence d’une certaine forme de libre arbitre présent avant l’Incarnation : l’image de Dieu en l’homme était obscurcie mais non pas détruite.

« On ne doit pas penser que Dieu ait créé l’homme de telle façon qu’il ne puisse jamais accomplir, ni même vouloir le bien. Sinon il ne lui aurait pas concédé le libre arbitre s’il ne lui avait donné que de pouvoir et vouloir le mal, mais non, de lui-même le bien » (Coll., 13, 12).

Selon Cassien, la grâce ne détruit pas le libre arbitre, mais le soutient :

« Faisons une comparaison avec l’incomparable bonté de notre créateur, par un exemple humain. Il ne s’agit pas d’y trouver une égale tendresse, mais quelque ressemblance avec sa bienveillance. Une mère aimante et attentive garde longtemps son petit enfant sur les genoux ; elle lui apprend enfin à marcher ; à la vérité, elle lui permet d’abord de ramper. Puis, elle le met debout, le soutenant de la main droite pour qu’il s’exerce à faire des pas successifs. Bientôt, elle le lâche un peu, le reprenant aussitôt si elle le voit tituber. S’il vacille, elle le retient ; s’il tombe, elle le redresse, ou l’empêche de s’affaler, ou encore le laisse doucement tomber pour le relever après sa chute. Cependant, sa force s’affermit au cours de l’enfance, de l’adolescence, et de la jeunesse. Elle lui fait alors porter des poids, s’exercer à des travaux qui ne le fatigueront pas et lui permet de se mesurer à ses compagnons. Combien plus notre Père céleste distingue-t-il celui qu’il doit porter dans sa grâce et celui qui, en sa présence, s’exercera à la vertu par le choix de sa libre volonté ; tout en secourant celui qui peine, en exerçant celui qui l’invoque, il n’abandonne pas celui qui le cherche, et parfois le retire du danger, même à son insu » (Coll., 13, 14).

  • Fidèle à l’enseignement de saint Jean Chrysostome, Jean Cassien défend la nécessité d’une synergie entre la volonté de l’homme et de Dieu :
  • « Dès que Dieu a perçu en nous le moindre germe de bon vouloir, il verse en lui sa lumière, l’affermit, nous attirant au salut, faisant grandir cette semence, soit qu’il l’ait semée lui-même, soit qu’il l’ait vu pousser par notre effort » (Coll., 13, 8).
  • Thérapeutique des passions

Cassien rapporte l’enseignement des Pères égyptiens dans la lutte contre les passions. Il ne s’agit pas simplement de les condamner. Les passions sont des maladies de l’âme. La guérison nécessite leur connaissance et leur étude, afin d’en acquérir une science médicale. Semblables aux plus habiles médecins, les pères spirituels ne doivent pas se contenter « de soigner les maladies déclarées, ils vont au-devant de celles qui menacent, et savent les prévenir par leurs conseils et leurs remèdes »5. Il faut pour cela expliquer « les différentes sortes de maladies », « leur origine et leurs causes », sans quoi « il sera impossible de donner des remèdes aux malades et de conserver la santé de ceux qui se portent bien »6. Les autres sont alors non la cause, mais les révélateurs de nos maladies, et en tant que tels sont une aide bénéfique. « La conduite du prochain ne nous porterait jamais au péché, si nous n’avions dans notre cœur le principe de toutes les fautes. »7 Cassien reprend la classification en huit mauvaises pensées fondamentales, engendrant toutes les autres pensées. Ces huit pensées (ou vices) peuvent être réparties selon les facultés de l’âme, celles qui concernent le concupiscible, l’irascible et l’esprit.

 

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