Fleur de sel : Laudato si 10 a 12 Saint François d’Assise

Fleur de sel Société
Les paragraphes 10 à 12 de Laudato si’ placent l’encyclique sous le patronage de St François d’Assise. François, le pape, nous propose un modèle : François, le Saint d’Assise, patron céleste des écologistes. François résume en quelques mots les grands traits de la spiritualité franciscaine : joie, simplicité, sobriété, attention aux pauvres et à la création, recherche de la paix par la communion avec toutes les créatures. Laudato si’ baigne dans cette ambiance franciscaine.

Laudato si 10 a 12 Saint Francois d Assise 061020 Fleur de sel

Nous continuons la lecture de l’encyclique Laudato Si, entamée la semaine dernière, et qui se poursuivra tout au long de l’année. L’extrait du jour suit directement ceux de la semaine dernière : il s’agit des paragraphes 10 à 12, qui placent le texte sous le patronage de St François d’Assise.

 

  1. Je ne veux pas poursuivre cette Encyclique sans recourir à un beau modèle capable de nous motiver. J’ai pris son nom comme guide et inspiration au moment de mon élection en tant qu’Évêque de Rome. Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel. C’était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure.

 

François, le pape, nous propose donc un modèle : François, le Saint d’Assise. Rappelons que dès 1979, Jean-Paul II avait proclamé François d’Assise patron céleste des écologistes. Comme son prédécesseur, le pape actuel, premier pape à porter le nom de François, a placé son pontificat sous l’inspiration du saint d’Assise. Le paragraphe résume en quelques mots les grands traits de la spiritualité franciscaine : joie, simplicité, attention aux pauvres et à la création, recherche de la paix par la communion avec toutes les créatures. Laudato si’ baigne dans cette ambiance franciscaine.

 

Nous poursuivons la lecture de l’encyclique. Au n°11, le pape François continue à parler de St François d’Assise… »

  1. Son témoignage nous montre aussi qu’une écologie intégrale requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain. Tout comme cela arrive quand nous tombons amoureux d’une personne, chaque fois qu’il regardait le soleil, la lune ou les animaux même les plus petits, sa réaction était de chanter, en incorporant dans sa louange les autres créatures. Il entrait en communication avec toute la création, et il prêchait même aux fleurs « en les invitant à louer le Seigneur, comme si elles étaient dotées de raison ». Sa réaction était bien plus qu’une valorisation intellectuelle ou qu’un calcul économique, parce que pour lui, n’importe quelle créature était une sœur, unie à lui par des liens d’affection. Voilà pourquoi il se sentait appelé à protéger tout ce qui existe. Son disciple saint Bonaventure rapportait que, « considérant que toutes les choses ont une origine commune, il se sentait rempli d’une tendresse encore plus grande et il appelait les créatures, aussi petites soient-elles, du nom de frère ou de sœur ». Cette conviction ne peut être considérée avec mépris comme un romantisme irrationnel, car elle a des conséquences sur les opinions qui déterminent notre comportement. Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. La pauvreté et l’austérité de saint François n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination.

 

Pas besoin de beaucoup commenter ce paragraphe : François, le pape, parle bien mieux que nous ! On trouve ici l’annonce de ce que va développer le chapitre 2 de l’encyclique, le plus théologique : l’appel franciscain à la communion universelle, nourrie non seulement de l’émerveillement devant la beauté de la création, mais plus profondément de cette conviction que notre origine commune – un même Père et Créateur – nous provoque à la fraternité universelle. Parler de Frère soleil ou Sœur eau, prêcher aux oiseaux ou s’adresser au loup de Gubbio, ce ne sont pas seulement de belles images poétiques ou des histoires pour les enfants : c’est une option théologique fondamentale aux conséquences morales décisives. Elle conditionne tout le regard que nous portons sur ce qui nous entoure, humain et non humain, et en conséquence notre comportement à son égard. C’est la condition de notre conversion écologique. On ne peut pas dominer et exploiter celles et ceux que l’on aime comme des frères et sœurs ! J’aime beaucoup la dernière phrase de ce paragraphe, qui souligne l’attitude profonde de François d’Assise : le refus volontaire de toute appropriation et de toute domination, des êtres comme des choses. C’est une jolie définition de la sobriété.

 

  1. D’autre part, saint François, fidèle à l’Écriture, nous propose de reconnaître la nature comme un splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté : « La grandeur et la beauté des créatures font contempler, par analogie, leur Auteur » (Sg 13, 5), et « ce que Dieu a d’invisible depuis la création du monde, se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité » (Rm 1, 20). C’est pourquoi il demandait qu’au couvent on laisse toujours une partie du jardin sans la cultiver, pour qu’y croissent les herbes sauvages, de sorte que ceux qui les admirent puissent élever leur pensée vers Dieu, auteur de tant de beauté. Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange.

 

Ici encore, François, le pape, souligne la profondeur théologique de la vision franciscaine, souvent un peu oubliée dans les développements postérieurs de la réflexion chrétienne. L’image du livre de la nature, est empruntée à Saint Bonaventure, le grand théologien franciscain du Moyen-Age. Elle avait déjà été reprise par Benoît XVI dans Caritas in veritate, encyclique de 2009 consacrée à la mondialisation et à l’écologie. Je cite son n° 51. François la reprend d’ailleurs dans Laudato si’, au n°6, que nous n’avions pas lu à l’antenne : « Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres ». François donne toute son ampleur à l’image du livre de la nature, nous invitant à percevoir le Créateur à travers la contemplation de la création. Mais avec François d’Assise, on ne reste jamais dans l’idée pure : c’est de la théologie incarnée, bien concrète, avec l’anecdote de la partie du jardin laissée libre, sans culture. Encore une invitation à l’autolimitation volontaire, au non-agir. Mais pas pour une triste austérité : la sobriété franciscaine est joyeuse, comme celle à laquelle nous appelle Laudato si’. Même si la situation de notre monde est préoccupante, ne perdons pas courage et gardons confiance. La conversion écologique ouvre un chemin de bonheur. Moins de biens, certes, car il nous faut à la fois réduire notre utilisation des ressources limitées de la planète et mieux les partager avec tous nos frères et sœurs, humains et non humains. Mais plus de liens avec eux, avec soi-même, et avec Dieu… Voilà le programme proposé par les deux François, le Saint d’Assise, il y a 800 ans, et notre pape, aujourd’hui ! Un programme sur lequel on peut ouvrir le dialogue avec beaucoup de ceux qui aujourd’hui, croyants ou non, s’engagent pour la sauvegarde de la maison commune.

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