Regards Sur L’Eglise Orthodoxe : L’hésychasme Et Saint Jean Cassien 2/2

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La Philocalie des Pères neptiques (en grec Φιλοκαλία τῶν Ιερῶν Νηπτικῶν) ou Grande Philocalie grecque est une anthologie de textes écrits entre le ive et le xve siècles par des maîtres spirituels de l’orthodoxie, relevant de l’hésychasme. Texte important de la spiritualité orthodoxe, elle est principalement découverte dans le monde occidental par les Récits d’un pèlerin russe.

L’hesychasme et Saint Jean Cassien 2 071020

Avec Adrian Iuga  prêtre orthodoxe, appartiens au patriarcat de l’Eglise orthodoxe roumaine.

Responsable de plusieurs paroisses et missions en Pays de Loire et Bretagne.

Egalement recteur de la paroisse orthodoxe roumaine « Les Saints Apôtres Pierre et Paul » à Vertou / Nantes.

L’hésychasme Et Saint Jean Cassien 2

  • « Les orgies et l’ivrognerie viennent de la gourmandise ; les grossièretés, les bouffonneries, les moqueries et les sottises, naissent de la luxure ; l’avarice engendre le mensonge, la tromperie, le vol, les faux témoignages, la recherche de gains malhonnêtes, les violences, la dureté, la cupidité ; la colère suscite homicides, clameurs, indignations ; la tristesse enfante la rancune, l’amertume, la pusillanimité, le désespoir ; l’acédiefait naître l’oisiveté, la somnolence, l’importunité, l’agitation inutile, le vagabondage, l’inconstance, corporelle ou spirituelle, le bavardage, la curiosité ; la vaine gloire est la mère des querelles, des sectes, de l’arrogance, du parti pris pour les nouveautés ; quant à l’orgueil, il produit le mépris, l’envie, l’insoumission, les blasphèmes, les critiques, le dénigrement8. »
  • 1) L’esprit de gourmandise
  • Le combat spirituel commence donc par le jeûne modéré, en s’efforçant de convertir son esprit vers des sujets lui faisant oublier les biens terrestres :
  • « Nous ne pourrons jamais repousser les tentations de la gourmandise, si notre âme ne trouve pas, en s’appliquant à la contemplation divine, une joie plus grandedans l’amour des vertus et dans la beauté des choses célestes. Celui qui méprise comme périssables les choses présentes et qui regarde sans cesse celles qui sont immuables et éternelles, pourra déjà goûter en lui-même, quoiqu’il soit encore dans une terre fragile, le bonheur qui l’attend au ciel »9.
  • Ce jeûne est autant corporel que psychique (colère, médisance, envie, etc.).
  • 2) L’esprit de luxure
  • Il ne s’agit pas seulement de l’acte, mais de l’attitude, de la manière dont nous regardons les femmes, selon la Parole du Christ lui-même : « Celui qui regarde une femme avec un mauvais désir a déjà commis l’adultère dans son cœur. » (Mt 5, 2). Il s’agit donc de « garder son cœur ».
  • 3) L’esprit d’avarice
  • Au contraire des autres passions, qui appartiennent en partie à notre nature, celle-ci n’est pas naturelle. Elle commence par de petits soucis.
  • 4) L’esprit de colère
  • Il nous est permis une seule colère : celle que nous dirigeons contre les mauvaises pensées. Un danger consiste à vouloir échapper à la colère dans la solitude. Nous attribuons alors la faute de notre colère à nos frères plutôt qu’à notre impatience. Pour éviter la colère, nous ne devons pas exiger ni chercher la perfection de notre prochain, mais la nôtre ; ce n’est pas la patience des autres qu’il nous faut développer mais notre propre douceur. Il ne faut pas croire qu’il existe des colères justes envers le prochain, car alors nous prenons le risque de l’aveuglement : « Il faut que l’athlète du Christ qui veut bien combattre, déracine en lui la colère. Le remède le plus parfait pour guérir cette maladie, est de croire d’abord qu’il ne nous est jamais permis de nous irriter pour des causes justes ou injustes ; car nous devons savoir que nous perdrons la lumière de la discrétion, la sûreté du conseil, l’honnêteté même et le sentiment de la justice, dès que cette passion aveuglera notre cœur. Elle troublera bientôt la pureté de notre âme qui ne pourra plus être le temple du Saint-Esprit. Il ne nous sera plus permis de prier, et Dieu ne nous écoutera pas, tant que nous serons en colère »10.
  • 5) L’esprit de tristesse
  • La tristesse peut avoir une cause connue : « un mouvement de colère, que nous avons eu, un désir trompé, un profit perdu, le regret de n’avoir pas obtenu ce que nous avions espéré »11; mais aussi aucune cause apparente : « Quelquefois, sans aucune cause apparente qui puisse nous faire tomber dans cet état fâcheux, la malice du démon nous jette tout à coup dans un tel abattement, que nous ne pouvons plus recevoir avec notre joie ordinaire les personnes que nous aimons le mieux »11. C’est une illusion de croire que fuir les relations nous rendra notre bonheur : ce n’est pas par la fuite des hommes, mais par la patience que s’acquiert la perfection du cœur. La patience, une fois acquise, nous fait conserver la paix même au milieu de ceux qui n’en ont aucune. Tandis que si l’on fuit, nous ne l’acquerrons jamais, nous serons capable de nous mettre en colère même envers des gens meilleurs que nous. Par ailleurs, « les occasions de trouble qui nous feraient fuir les hommes, ne nous manqueront jamais dans nos rapports avec eux ; mais en nous en séparant, nous n’éviterons pas les causes de notre tristesse ; nous en changerons seulement »12.
  • Il existe cependant une bonne tristesse, celle qui accompagne le deuil de la beauté et du bien perdu lors de notre chute. Cette douleur s’accompagne toujours de douceur et de bonté.
  • 6) L’esprit d’acédie
  • C’est « l’ennui, l’engourdissement du cœur ». Elle est une forme de dégoût, de paresse. Dégoût pour le travail, pour sa demeure (lassitude), envers ses frères… Le moine pris d’acédie se plaint de ne pas arriver à travailler, mais reporte la faute sur son environnement. Souvent, le moine pris d’acédie ressent une continuelle fatigue et un fort besoin de manger. Il ne pense plus qu’à manger. Il est incapable de demeurer sur une même tâche.
  • Le travail manuel est l’un des meilleurs remèdes contre l’acédie.
  • « Saint Paul, ce grand médecin des âmes, connaissait dès l’origine cette contagion de l’acédie qui pouvait les atteindre, et l’Esprit Saint lui révéla sans doute qu’elle ferait des ravages parmi les moines. Aussi se hâte-t-il de la combattre par les conseils les plus salutaires. En écrivant aux Thessaloniciens, il commence comme un habile médecin, à traiter doucement ses malades et à les encourager par de bonnes paroles. Il les loue d’abord de leur charité, afin de calmer ainsi l’inflammation du mal et de pouvoir leur appliquer des remèdes plus énergiques, lorsque l’irritation de l’amour-propre ne sera plus à craindre. Il cherche à guérir par ses conseils salutaires ses enfants malades, en leur disant : « Nous avertissons ceux qui vivent (dans l’oisiveté) et nous les conjurons, par Notre Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain, en travaillant paisiblement » (2 Th 3, 12). Par ce précepte du travail, cet admirable médecin des âmes guérit toutes les plaies que cause l’acédie; il sait bien que toutes les autres maladies qui naissent sur cette tige maudite disparaîtront dès que leur racine sera détruite »14.
  • Les moines d’Égypte ne restaient jamais oisifs, mais s’occupaient de gagner par eux-mêmes leur nourriture. Ils travaillent même plus qu’ils n’en ont besoin pour leur propre survie, et font don du surplus aux régions atteintes de la famine ou aux prisonniers.
  • 7) L’esprit de vaine gloire
  • Ce vice est un des plus difficiles à vaincre, car il s’attache aussi bien aux vertus. Par ailleurs, les occasions de l’éveiller ne manquent pas. Elle s’arme de l’imagination. L’envie y est attachée, car il s’agit d’être en concurrence avec son prochain. Pour lutter contre la vaine gloire, il faut éviter tout ce qui, dans nos rapports avec nos frères, pourrait nous faire remarquer.
  • 8) L’esprit d’orgueil
  • Contre l’orgueil, qui s’attache aux vertus, il n’est que la crainte de Dieu, la douceur et la simplicité.
  • La prière continuelle
  • On trouve chez saint Jean Cassien l’une des premières formulations de ce qu’on appellera la prière monologique. Cette prière consiste à répéter continuellement une formule courte. Cette formule, répétée tout le long du jour, permet de garder continuellement le souvenir de Dieu au milieu de toutes nos occupations. Si elle semble inconnue de saint Jean Cassien, la tradition hésychaste privilégiera par la suite comme prière la répétition de la prière dite “de Jésus” : “Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, fais-nous miséricorde.”
  • « Tout moine qui vise au souvenir continuel de Dieu doit s’accoutumer à murmurer intérieurement et à repasser sans cesse dans son cœur la formule que je vais vous livrer, et chasser pour cela la multitude des autres pensées, car il ne pourra s’y tenir que s’il s’affranchit de tous les soucis et sollicitudes du corps. C’est là une doctrine à laquelle nous avons été initiés par les rares survivants des plus anciens Pères, et que nous ne livrons de même qu’à de rares privilégiés, qui aient vraiment soif de la connaître. »
  • « Pour conserver continuellement le souvenir de Dieu, vous devez donc sans cesse garder présente dans votre esprit cette sainte formule : Mon Dieu, viens à mon aide ; Seigneur : hâte-toi de me secourir(Psaume 69, 2). Ce n’est pas sans raison que ce verset a été choisi parmi toute l’Écriture Sainte. Il exprime tous les sentiments que peut concevoir la nature humaine, il convient parfaitement à tous les états et à toutes les tentations. On y trouve l’invocation de Dieu contre tous les dangers, l’humilité d’une humble et pieuse confession, la vigilance qui procède d’une attention et d’une crainte continuelles, la considération de notre fragilité, la confiance d’être exaucé, l’assurance d’un secours toujours présent et prêt à intervenir. Car celui qui invoque sans cesse son Protecteur est assuré de l’avoir toujours présent15. »
  • La prière pure
  • La prière pure est l’activité spirituelle, du mens(l’esprit), et non de l’anima (l’âme psychique, le siège des sentiments). L’homme qui a atteint la prière pure n’a plus conscience de prier. Cassien rapporte cette parole de saint Antoine le Grand : “Il n’a pas atteint la perfection de la prière, celui qui a conscience qu’il prie.”16 La prière pure exclut tout concept autant que toute image.
  • “Non seulement cette prière n’est habitée par aucune image, mais encore elle se fait sans le moyens des paroles ou des expressions ; elle s’élance toute de feu, dans une continuelle vivacité de l’esprit, une tension de l’âme avec un indicible transport. Emportée en dehors des sens, et de toute chose visible, elle s’écoule vers Dieu par des soupirs et d’ineffables gémissements”17
  • “Tel doit être le but du solitaire ; c’est à quoi doit tendre tout son effort : mériter de posséder dès cette vie, une image de la future béatitude, et d’avoir comme un avant-goût, dans son corps mortel, de la vie et de la gloire du ciel. Tel est, dis-je, le terme de toute la perfection : que l’âme soit à ce point délestée des pesanteurs charnelles, qu’elle monte chaque jour vers les sublimes réalités spirituelles, jusqu’à ce que toute sa vie, tout le mouvement du cœur deviennent une prière unique et ininterrompue »

Si vous voulez réagir à l’émission ou poser des questions, envoyez un mail à : regards-eglise-orthodoxe@radio-fidelite.com

 

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