Fleur De Sel : Laudato si 20 Pollution, ordure et culture du déchet

Fleur de sel Société
« La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir. » Le pape n’y va pas de main morte.

Laudato si 20 Pollution ordure et culture du déchet 201020 fleur de sel

Le chapitre que nous allons parcourir aujourd’hui fait un état des lieux de notre maison commune, notre planète. Il commence par montrer les effets de la pollution.

 

” 20. Il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes. L’exposition aux polluants atmosphériques produit une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées. Ces personnes tombent malades, par exemple, à cause de l’inhalation de niveaux élevés de fumées provenant de la combustion qu’elles utilisent pour faire la cuisine ou pour se chauffer. À cela, s’ajoute la pollution qui affecte tout le monde, due aux moyens de transport, aux fumées de l’industrie, aux dépôts de substances qui contribuent à l’acidification du sol et de l’eau, aux fertilisants, insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques en général. “

 

Ce paragraphe illustre bien la relation que fait toujours le pape François entre la dégradation de l’environnement et la dégradation des conditions de vie des plus pauvres. Social et Écologie vont de pair. Mais nous sommes tous concernés. En France aussi la pollution de l’air est due aux fumées industrielles, au chauffage et aux transports. Les particules fines émises dans les fumées sont responsables de 48 000 morts prématurés chaque année, dont 2 530 dans notre région des Pays de la Loire (source Air Pays de la Loire 2019). En Loire-Atlantique le seuil critique de pollution de l’air est dépassé chaque année pendant quelques jours, 4 jours en 2019, du fait des émissions des usines chimiques de l’estuaire. La présence de produits phytosanitaires dans l’air est confirmée par les études régionales, en particulier pour les différents traitements de la vigne. Le gouvernement publie régulièrement un plan de réduction de l’usage des produits phytosanitaires mais sans résultats significatifs jusqu’en 2018. Les résultats 2019 sont attendus et encore controversés et l’incitation au développement de l’agriculture « biologique » se fait trop lentement malgré un engouement progressif des consommateurs.

 

Le pape poursuit :

“21. Il faut considérer également la pollution produite par les déchets, y compris les ordures dangereuses présentes dans différents milieux. Des centaines de millions de tonnes de déchets sont produites chaque année, dont beaucoup ne sont pas biodégradables : des déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, des déchets hautement toxiques et radioactifs. La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir.”

 

Le pape n’y va pas de main morte. La terre se transforme en un immense dépotoir. C’est vrai, nous rejetons en France chacun, en moyenne, 354 kg d’ordures ménagères par personne et par an, et avec les déchets issus des activités industrielles, près de 14 tonnes de déchets par personne et par an.

La France produit en particulier beaucoup de déchets plastiques, dont la majeure partie (76 %) sont incinérés ou enfouis, «et seulement 22 % sont recyclés, un taux plus faible que l’Italie, l’Espagne, Israël et la Slovénie». Il reste donc 80 000 tonnes de plastiques rejetés «dans la nature chaque année, dont plus de 10 000 entrent en mer Méditerranée». (Source WWF juillet 2019). Et chacun a entendu parler du continent de plastiques dans l’océan Atlantique, des poissons et autres animaux marins qui absorbent des micro particules de plastiques que nous ingurgitons quand nous les mangeons. Mais le phénomène est vrai aussi  pour la plupart des aliments transformés. En s’intégrant dans nos cellules, y compris dans les cellules du système nerveux les micro particules peuvent être à l’origine de maladies graves.

 

Le pape cite aussi les déchets nucléaires. On sait que les capacités de stockage des déchets nucléaires seront bientôt saturées en France, et que le projet de les enfouir en souterrain à Bure est fortement contesté.

 

Le pape reprend :

“22. Ces problèmes sont intimement liés à la culture du déchet, qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures.”

 

Une des formules dont ce pape a le secret, les choses et les personnes transformées en déchets, la relation, encore une fois entre le social et l’écologie. Et c’est vrai que ceux qui produisent des objets jetables sont souvent considérés comme étant eux-mêmes jetables comme le disait la philosophe Hannah Arendt. Ne pas porter attention à la qualité des produits que nous fabriquons, dans leur durabilité, dans leur sécurité, dans leur utilité, c’est déconsidérer autant les hommes qui les produisent que les acheteurs, simples rouages d’une machine infernale dont le seul objectif est de générer du profit .

 

Pour finir le pape introduit la notion d’économie circulaire, une idée introduite en France par le philosophe Dominique Bourg.

 

” 22. Il nous coûte de reconnaître que le fonctionnement des écosystèmes naturels est exemplaire : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores ; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d’importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux. Par contre, le système industriel n’a pas développé, en  fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures. On n’est pas encore arrivé à adopter un modèle circulaire de production qui assure des ressources pour tous comme pour les générations futures, et qui suppose de limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, d’en modérer la consommation, de maximiser l’efficacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les recycler.”

 

AD Il y aurait beaucoup à dire sur l’économie circulaire, qui était de fait le fonctionnement de l’économie avant la deuxième révolution industrielle, il y a deux siècles.  Nous nous sommes depuis tournés vers une économie linéaire qui va de la production a la destruction. Le retour à une économie circulaire est une tendance défendue aujourd’hui  par de nombreux acteurs, de tous bords, chef d’entreprise comme écologistes de terrain, mais sans définition précise, et surtout peu contextualisée.

 

Selon la technologie utilisée on distingue deux types d’économie circulaire : la high-tech et la  low-tech et le niveau de centralisation ou de décentralisation de la société.

L’économie circulaire dominante actuelle est l’économie high-tech dans un système centralisé. On y utilise toutes les ressources de la technologie, dans le cadre d’un État centralisé. C’est le scénario actuel, donc le plus plausible, et le plus acceptable d’un point de vue socio politique. Mais est-ce le plus écologique ? Sans doute pas car il utilise des technologies consommant beaucoup d’énergie. On ne sortira pas de l’économie du déchet en augmentant notre consommation d’énergie.

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