Regards Sur L’Eglise Orthodoxe : La confession et la direction spirituelle dans l’église orthodoxe 2/3

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La 2 ème d’une série de 3 émissions sur le thème “La confession et la direction spirituelle dans l’église orthodoxe avec Adrian Iuga prêtre orthodoxe, appartiens au patriarcat de l’Eglise orthodoxe roumaine.
Responsable de plusieurs paroisses et missions en Pays de Loire et Bretagne.
Egalement recteur de la paroisse orthodoxe roumaine « Les Saints Apôtres Pierre et Paul » à Vertou / Nantes.

La cofession et la direction spirituelle dans l’église orthodoxe 2 sur 3 211020

Le rôle du père spirituel

 

La direction spirituelle se fonde sur la liberté. Dieu a créé l’homme en tant que créature libre. Dieu a toujours respecté la liberté de l’homme et, en fait, le péché est la conséquence d’un mauvais usage de la liberté humaine. Le confesseur doit donc respecter la liberté de l’homme. Il ne peut exercer aucune pression ni violence. Il doit être attentif à ne pas détruire l’innocence de la personne en posant des questions qui suggèrent des péchés18. Il doit faire preuve de discernement (diakrisis), qui est une qualité fondamentale du père spirituel dans la confession. Le rôle du père spirituel n’est pas de dire à son enfant spirituel ce qu’il doit faire, mais de l’éduquer de telle sorte qu’il puisse de lui-même faire le bon choix, et de l’aider à acquérir lui-même le discernement spirituel.

 

Un bon père spirituel souligne toujours la liberté. Il n’impose pas sa propre volonté à ses enfants spirituels et n’essaie pas d’en faire ses clones. Il n’essaie pas non plus de créer une dépendance spirituelle, mais développe chez eux le sens de la liberté et du discernement. Chaque être humain a sa propre conscience, et le rôle du père spirituel est d’éduquer ses enfants spirituels à agir correctement chacun selon sa propre conscience.

 

Parfois, il peut y avoir dans la pratique de la confession un problème de tyrannie spirituelle ou d’abus. Ce problème est connu de nos jours comme le phénomène des « jeunes anciens », de pseudo-pères spirituels qui veulent imposer à leurs enfants spirituels leur propre volonté. Il y eut récemment des cas de prêtres de paroisse qui s’amourachaient de femmes en instance de divorce alors qu’ils les accompagnaient du point de vue spirituel. Cela montre bien qu’il doit toujours y avoir une distance entre le confesseur et le pénitent.

 

Un autre problème qui peut apparaître lors de la direction spirituelle est celui du culte de la personnalité, lorsque le père spirituel devient le centre, le coeur de la confession : ce n’est plus vers Dieu, mais vers la personne du père spirituel que viennent les pénitents. Afin d’éviter ce risque, le père spirituel doit toujours chercher à s’effacer, veiller à être transparent. Dans le mystère de la confession, nous nous confessons, en tant que membres de l’Église, à Dieu et à son Église, rendus présent par le prêtre. Lorsque celui-ci parle en confession, il ne le fait pas en son nom propre, mais s’efforce d’être l’instrument de Dieu. Il doit mettre de côté ses talents personnels et s’efforcer d’être le véhicule du Saint Esprit, un instrument de Dieu.

 

Dans la direction spirituelle, il n’est guère conseillé d’avoir comme père spirituel quelqu’un qui est en même temps notre supérieur (notre évêque, notre abbé, notre professeur, ou le prêtre pour lequel nous travaillons…), car cela peut créer une confusion des rôles. Il vaut mieux établir une distinction très claire entre le supérieur et le père spirituel. Traditionnellement, dans la tradition monastique byzantine (telle qu’elle est par exemple encore pratiquée à Patmos), de même que dans la tradition bénédictine, les abbés de monastère ne sont pas autorisés à recevoir la confession de leurs moines. Le confesseur du monastère est généralement un moine âgé et expérimenté, ayant un bon sens du discernement spirituel, mais qui n’est pas à la tête du monastère. On pourrait dire qu’il faut toujours deux mains pour nous guider dans la vie : une main forte qui sait punir et une main miséricordieuse qui sait pardonner, soit la main de notre supérieur et la main de notre père spirituel.

 

Notre père spirituel doit être proche de nous, mais ne doit toutefois pas être trop proche. Il doit être quelqu’un avec qui nous pouvons parler facilement et librement, en qui nous avons confiance, mais en même temps, il doit être quelqu’un qui peut partager avec nous son expérience, son discernement, quelqu’un qui est pour nous un exemple vivant, un modèle vivant.

 

Distinction entre confession et direction spirituelle

 

Il semble qu’une confusion existe de nos jours entre la confession sacramentelle et la direction spirituelle (ou manifestation des pensées). En fait, beaucoup ignorent cette distinction. Nous pensons néanmoins que ces deux choses, qui sont intimement liées, doivent être clairement distinguées19. La pratique de la direction spirituelle est très ancienne et a été admirablement décrite par le père Irénée Hausherr20. Cette pratique antique fut largement diffusée dans le contexte monastique de l’Orient chrétien. On attendait du jeune disciple qu’il ouvre son coeur à son geronda (starets, ancien) et qu’il lui fasse part de toutes ses pensées chaque jour, et parfois même plusieurs fois par jour21. Cette pratique, héritée de la philosophie antique (principalement du stoïcisme), aide le novice à acquérir l’expérience nécessaire pour le combat spirituel qu’il entreprend. Le père spirituel, qui était à la fois expérimenté et avait le don du discernement, aidait le novice, par ses conseils, à prendre les bonnes décisions et à adopter la bonne attitude en vue de guérir de sa maladie spirituelle.

 

Dans cette pratique de direction spirituelle, le père spirituel n’était pas nécessairement prêtre. Nous savons que saint Antoine le Grand (IVe siècle), souvent considéré comme le prototype du père spirituel monastique, n’était pas prêtre; le père spirituel de saint Syméon le Nouveau Théologien, Syméon le Stoudite (Xle siècle), et saint Silouane l’Athonite (XXe siècle), ne l’étaient pas non plus. Pour donner un conseil spirituel, le père spirituel doit être une personne charismatique, ayant une grande expérience de la vie spirituelle et le don du discernement. Celle pratique n’impliquait pas nécessairement un contact personnel : elle pouvait aussi se faire par correspondance. Nous en avons une attestation, dans un contexte monastique, avec la correspondance spirituelle de Jean et Barsanuphe de Gaza (VIe sièc1e), de même qu’avec les lettres du starets Jean de Valamo (XXe sièc1e), cette fois dans un contexte plus large, non monastique.

 

Au contraire, la confession sacramentelle nécessite un ministre ordonné, un prêtre qui, en tant qu’intercesseur et célébrant du mystère, est le canal de la grâce entre Dieu et l’homme. La confession exige la présence du pénitent et du confesseur, puisqu’un mystère est la manifestation de la grâce divine hic et nunc, ici et maintenant.

 

Il y a donc une différence majeure et essentielle entre la confession et la direction spirituelle. La confession consiste en la révélation de péchés qui ont été commis (des actions du passé) en présence d’un prêtre afin de recevoir le pardon de Dieu, alors que la manifestation des pensées est la révélation de notre état intérieur (pensées et sentiments présents) en vue de recevoir un conseil pour progresser sur la voie de la guérison spirituelle et du salut. C’est pourquoi, même si elles sont liées entre elles, et même s’il serait préférable que notre confesseur soit notre père spirituel, parfois, du fait que l’ordination presbytérale ne transforme pas automatiquement un homme en un père spirituel charismatique, il peut être nécessaire de distinguer clairement le rôle du confesseur de celui de père spirituel, de même qu’entre la confession et la direction spirituelle.

 

 

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