Fleur de sel : Laudato si 23 Le climat comme bien commun

Fleur de sel Société
Il devient urgent et impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission du dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soit réduite de façon drastique.

Laudato si 23 Le climat comme bien commun 271020

Dans le § 23 Le pape rappelle le consensus scientifique  qui existe aujourd’hui sur le fait  que le réchauffement climatique est d’ origine anthropique, c’est à dire dû pour l’essentiel aux activités humaines, la combustion des énergies fossiles, la destruction des forêts, en particulier.

 

“23. Il y a, certes, nous dit le pape, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine.”

 

L’encyclique n’est pas le lieu de démontrer ces affirmations. Nous ajouterons juste que l’effet des émissions de gaz à effet de serre des activités humaines est plus de 10 fois supérieur à l’effet des autres causes, variations de l’orbite solaire cycle des éruptions solaires, qui ont un effet, mais sur des périodes beaucoup plus longues. Ces phénomènes solaires devraient nous conduire vers une période de refroidissement dans quelques milliers ou dizaines de milliers d’années, Nos émissions de gaz à effet de serre nous conduisent à un réchauffement sur une période d’un siècle car il a commencé au cours du XXe siècle.

 

Nous ne reviendrons pas sur ces éléments bien connus, même s’ils ne sont pas encore acceptés par tous. Attachons nous à quelques aspects moins connus mais cités dans l’encyclique. Le premier concerne les océans.

 

 “24. La pollution produite par le dioxyde de carbone augmente l’acidité des océans et compromet la chaîne alimentaire marine.”

 

Cette petite phrase insérée au milieu d’un long développement sur les effets du réchauffement n’a l’air de rien mais le phénomène décrit est une véritable bombe, c’est un phénomène aussi important pour le milieu marin que le réchauffement de l’air pour le milieu terrestre. L’acidité des océans à augmente de 30 % depuis le début de l’ère industrielle. Vous ne vous en apercevez pas, on peut toujours se baigner, mais les êtres marins, eux, en sont déjà affectés. Pour comprendre ce qui se passe, mettez un morceau de craie dans un verre d’acide, que va-t-il se passer ? La craie va se dissoudre. Aujourd’hui dans les océans les animaux à coquille ou à squelette calcaire ont plus de difficultés à fabriquer le calcaire nécessaire à leur développement. Déjà la coquille des moules devient plus fine, plus claire. Ce n’est pas très grave. Mais le plancton végétal, les micro algues qui sont à la base de toute la chaîne alimentaire, risquent de ne plus pouvoir fabriquer leur squelette et donc de disparaître. C’est la nourriture de base des animaux marins. La vie est sortie des océans, si nous la détruisons, nous détruisons, à terme, nos origines et aussi une importante part de notre alimentation. Mais on ne le dit pas aussi assez, le phytoplancton est surtout le principal responsable de la production d’oxygène de notre atmosphère, l’air que nous respirons. Or il est en diminution de 1 à 2 % par an.

 

“25. Le pape poursuit : « les changements du climat provoquent des migrations d’animaux et de végétaux qui ne peuvent pas toujours s’adapter, et cela affecte à leur tour les moyens de production des plus pauvres, qui se voient aussi obligés d’émigrer avec une grande incertitude pour leur avenir et pour l’avenir de leurs enfants. L’augmentation du nombre de migrants fuyant la misère, accrue par la dégradation environnementale, est tragique ; ces migrants ne sont pas reconnus comme réfugiés par les conventions internationales et ils portent le poids de leurs vies à la dérive, sans aucune protection légale.”

 

Le parallèle évoqué dans ce passage entre les migrations obligées des plantes et des animaux et la situation des populations de migrants humains est très évocatrice. Savez-vous à quelle vitesse le réchauffement avance, en moyenne, sur la terre ? Il avance d’environ 4 km par an vers le nord. Ce phénomène affecte la végétation, chacun sait que la végétation du midi de la France n’est pas la même que celle du nord de la France. Mais 4 km par an c’est beaucoup plus rapide que la capacité des plantes à déplacer leur territoire, par la dissémination des graines. Il y a des pertes de variétés en chemin. Et les animaux qui dépendent de ces plantes perdent leur habitat. Et les hommes qui y vivent perdent leurs ressources et sont obligés de migrer. C’est le parallèle fait par le pape entre les migrations des animaux et des végétaux et les migrations des hommes.

 

Alors c’est vrai que les forestiers anticipent et plantent des arbres en fonction des températures prévues, que des vignerons investissent dans les pays du nord qui seront bientôt de nouveau appropriés à la culture de la vigne. Mais c’est vrai aussi que des populations de plus en plus nombreuses sont obligées de quitter leur territoire et de migrer. Nous sommes responsables de ce phénomène, c’est donc notre devoir de les accueillir, pour ceux qui ont la capacité d’arriver jusque dans nos Pays, c’est à dire une toute petite partie. En effet la grande majorité des migrations humaines se fait entre Pays limitrophes, sur un même continent.

 

“26. Voilà pourquoi, nous dit l’encyclique,  il devient urgent et impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission du dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soit réduite de façon drastique, par exemple en remplaçant l’utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d’énergie renouvelable.”

 

Réduire de façon drastique, cela veut dire diviser par quatre nos d’émissions de gaz à effet de serre, selon les chercheurs du GIEC, et dans les prochaines années cela veut dire avant 2030. Alors que nous continuons, au niveau mondial, d’augmenter chaque année nos émissions (sauf en 2020 du fait de la crise sanitaire), et au niveau français aussi si l’on inclue les émissions importées, c’est à dire les émissions produites par les biens et les aliments que nous faisons fabriquer à l’étranger, que nous importons.

Suis-je capable de diviser ma consommation d’essence par quatre d’ici 2030, ma consommation de chauffage si je me chauffe au fuel, au gaz, voire au charbon ? Mes achats de produits électroniques, de vêtements, dont la fabrication nécessite de fortes dépenses d’énergie ? Une partie de la réponse dépend des gouvernements et des entreprises, mais une partie non moins importante dépend de nous.

 

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