Fleur de sel : Laudato si 27 La question de l’eau

Fleur de sel Société
Tandis que la qualité de l’eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché.

Laudato si 27 La question de l’eau 31120

Le chapitre sur l’eau commence par un paragraphe d’introduction qui pourrait faire un chapitre à lui tout seul.

 

” 27. D’autres indicateurs de la situation actuelle concernent l’épuisement des ressources naturelles. Nous sommes bien conscients de l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés et des secteurs les plus riches des sociétés, où l’habitude de dépenser et de jeter atteint des niveaux inédits. Déjà les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées, sans que nous ayons résolu le problème de la pauvreté.”

 

Il fait deux constats : ” l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés”, donc de notre pays, de nous-mêmes, et ” les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées”.

Sommes-nous prêts à réduire notre niveau de consommation ? À dépenser moins, sans doute à gagner moins car à quoi sert d’avoir un revenu que l’on ne peut pas dépenser (sauf à le donner, mais c’est une décision personnelle, que l’on ne peut pas imposer à tous). Si je suis adhérent à un syndicat de salariés, dont un des objectifs constant est de défendre la progression des salaires, comment réorienter l’action de ce syndicat ? Diminuer le niveau de consommation des plus riches, d’accord, mais le mien ?

Cette simple phrase pose plein de questions. La diminution du niveau de consommation devrait toucher, si l’on veut avoir un effet sur les ressources naturelles, seulement les plus riches, ou toute la population des pays riches ? Nous répondrons sous peu à cette question.

 

Le deuxième constat paraît banal tellement nous l’avons déjà entendu. Nous avons dépassé les limites de la planète. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si les limites sont dépassées nous devrions être tous soit pénalisés soit morts, comme lorsqu’un automobiliste dépasse la limite de vitesse. Or rien de très visible ne se passe, sauf ce que l’on peut lire dans les journaux, des incendies, une température exceptionnelle au pôle nord…

Cette expression est basée sur l’indicateur (indicateur, c’est le deuxième terme du début de ce paragraphe) de l’empreinte écologique. Vous savez, chaque année on nous annonce que nous avons consommé toutes les ressources début août. Et pourtant on continue à vivre ?

L’empreinte écologique est calculée en transformant tout ce que nous consommons comme ressources et émettons comme gaz à effet de serre en hectares. L’alimentation ce sont des ha de blé, de légumes, de prairies, de soja… le chauffage des logement ce sont des émissions de gaz à effet de serre issus des énergies fossiles, comme les transports. Le mobilier ce sont des ha de forêts, les vêtements des ha de coton. Utiliser internet ce sont des ha de mines pour les matériaux, et des émissions de gaz à effet de serre pour l’énergie. Pour transformer l’énergie en ha on calcule combien d’ha de forêts seraient nécessaires pour absorber les émissions humaines de gaz à effet de serre. Au total un Français consomme près de 5 ha par an, alors que nos ressources sont de 3,5 ha par personne. Nous dépassons nos limites, en dégradant l’atmosphère, dont les effets ne se font sentir qu’avec un délai. C’est pour cela que nous pouvons les dépasser, mais pas éternellement. Il est urgent de revenir aux limites.

 

En fait, tous les Français dépassent la limite des ressources disponibles, en terme d’empreinte écologique, sauf quelques moines qui cultivent leur jardin avec des outils manuels et vivent dans dès abbayes peu chauffées, ou des retraités vivant à la campagne dans un petit logement et ne se déplaçant plus, mais même là ce n’est pas sûr. Bien évidemment les riches devraient diminuer plus que les pauvres, et commencer avant, ce qui pose la question des inégalités.

 

Mais abordons la question de l’eau. Écoutons le pape.

 

” 28. La provision d’eau est restée relativement constante pendant longtemps, mais en beaucoup d’endroits la demande dépasse l’offre durable, avec de graves conséquences à court et à long terme.”

 

Comment peut-on dépasser les réserves en eau douce ? En pompant dans les rivières et les fleuves plus que ceux-ci sont en capacité de le supporter. Le Colorado n’arrive plus, à certaines périodes de l’année, à couler jusqu’à la mer. En pompant dans les nappes souterraines plus que celles-ci sont capables de se renouveler chaque année. C’est un phénomène courant en Asie.et même dans notre région, des restrictions d’usage de l’eau sont imposées chaque année désormais au sud de la Loire.

Combien consommons nous d’eau chaque année ?

 

Pouvons-nous réduire cette consommation ?

 

Mais il n’y a pas que la quantité, il y a aussi la qualité. Écoutons.

 

” 29. Un problème particulièrement sérieux est celui de la qualité de l’eau disponible pour les pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours. Les maladies liées à l’eau sont fréquentes chez les pauvres, y compris les maladies causées par les micro-organismes et par des substances chimiques. “

 

Nous avons beau avoir un réseau perfectionné de traitement de l’eau, dans certains endroits comme le nord du Département de Loire-Atlantique des nappes d’eau sont polluées par les produits chimiques et les sources locales ne sont plus utilisables.

 

“30. Tandis que la qualité de l’eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché. En réalité, l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains.”

 

Privatiser l’eau, d’où viennent les bouteilles d’eau vendues dans les grands magasins ? De sources privatisées. L’eau est un bien essentiel, un bien commun. Est-il acceptable qu’elle soit transformée en marchandise utilisée pour faire du profit ?

 

Ce chapitre se conclut par un avertissement,

 

” 31. Il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle.”

 

Parmi ces entreprises mondiales on peut citer notre champion national, Danone, ou un américain comme Nestlé. La captation peut être le fait de sociétés, mais aussi de gouvernements. Citons seulement le contrôle des eaux du Jourdain par les Israéliens, ou le barrage édifié par l’Ethiopie sur le Nil bleu.

 

L’eau est un bien commun, ne le laissons pas à des intérêts privés ou nationalistes.

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