Fleur de sel : Laudato si 44 Dégradation des conditions de vie

Fleur de sel Société
Nous poursuivons notre lecture hebdomadaire commentée de l’encyclique Laudato si du pape François qui porte aujourd’hui avec le chapitre 44 sur la dégradation de nos conditions de vie.

Degradation des conditions de vie 241120 Fleur de sel

Nous lisons :

 

” 44. Aujourd’hui nous observons, par exemple, la croissance démesurée et désordonnée de beaucoup de villes qui sont devenues insalubres pour y vivre, non seulement du fait de la pollution causée par les émissions toxiques, mais aussi à cause du chaos ur- bain, des problèmes de transport, et de la pollution visuelle ainsi que sonore. Beaucoup de villes sont de grandes structures inefficaces qui consomment énergie et eau en excès. Certains quartiers, bien que récemment construits, sont congestionnés et désordonnés, sans espaces verts suffisants. Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature.”

 

Ce passage met en cause directement la croissance des villes, une tendance très  forte dans l’ensemble du monde. En France chaque municipalité veut faire grandir sa ville, pour tenir son rang par rapport aux autres, parce que la concentration permet plus d’échanges, qu’elle est supposée favoriser l’emploi, et même qu’entasser les personnes sur un espace restreint consomme moins d’espace et parait plus écologique.

Mais jusqu’où allons nous faire grandir les villes ? Les conurbations de plusieurs millions, voire plusieurs dizaines de millions, sont-elles souhaitables ?

Les habitants des villes ont souvent moins de déplacements longs pour aller travailler, mais les importations de nourriture, de biens, pour ces mêmes habitants consomment des quantités énormes en transport.

 

” 45. Une ville belle et pleine d’espaces verts bien protégés se trouve ordinairement dans certaines zones “sûres”, mais beaucoup moins dans des zones peu visibles, où vivent les marginalisés de la société.”

Chacun a pu le constater en effet, les parcs se situent le plus souvent dans les quartiers riches. La ville a ses ségrégations, comment faire pour que tous aient accès à des logements sains des espaces verts, des espaces sûrs ? En imposant une mixité des logements ?

La dégradation de la vie sociale est donc due à l’évolution de l’urbanisme, mais aussi de nos moyens de communication.

 

“46.  À certains endroits, en campagne comme en ville, la privatisation des espaces a rendu difficile l’accès des citoyens à des zones particulièrement belles. “

 

Il y a aujourd’hui des forêts privées, des îles privées, et même des plages ou l’on ne peut entrer qu’en payant a un prestataire privé.

La privatisation des espaces… cette expression porte en elle une question fondamentale, peut-on, a-t-on le droit de privatiser des espaces ? En d’autres termes, la propriété privée du sol est-elle légitime ?

Deux remarques à ce sujet. La première est que la propriété privée du sol est, d’un point de vue historique, relativement récente, elle date du XVIIIe siècle, défendue par le philosophe anglais John Locke. Auparavant, depuis la fin de l’empire romain au Ve siècle, il y avait un droit multiple d’usage des terres, avec certes une autorité, mais des usages multiples. Un paysan qui cultivait du blé le récoltait le moment venu, mais devait laisser les restes aux glaneurs. Le châtelain prélevait une partie des récoltes, mais ne pouvait pas vendre les terres dont il avait la responsabilité par héritage ou par décision de son suzerain.

La seconde remarque à été faite par David Ricardo, l’un des fondateurs de la théorie économique. Pour lui, la terre ne peut être appropriée puisque personne ne l’a produit, elle nous est donnée. Celui qui en a l’usage peut effectivement l’améliorer, l’enrichir par ses pratiques culturales, l’embellir par ses plantations ou ses constructions. Il en tirera légitimement un bénéfice, mais ne devrait pas pouvoir vendre cette terre qui appartient à tous.

Des dispositifs fonciers qui se développent actuellement illustrent cette théorie, les offices fonciers solidaires. La commune propriétaire des terrains les louent à des personnes souhaitant construire des logements. Ces personnes seront propriétaires des logements, qu’elles pourront revendre, mais pas du terrain, qui resté propriété de la commune, ce qui peut éviter la spéculation, au moins sur la terre.

” 47. À cela s’ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité. Les grands sages du passé, dans ce contexte, auraient couru le risque de voir s’éteindre leur sagesse au milieu du bruit de l’information

qui devient divertissement. Cela exige de nous un effort pour que ces moyens de communication se traduisent par un nouveau développement culturel de l’humanité, et non par une détérioration de sa richesse la plus profonde. La vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s’obtient pas par une pure accumulation de données qui  finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale. En même temps, les relations réelles avec les autres tendent à être substituées, avec tous les défis que cela implique, par un type de communication transitant par Internet. Cela permet de sélectionner ou d’éliminer les relations selon notre libre arbitre, et il naît ainsi un nouveau type d’émotions artificielles, qui ont plus à voir avec des dispositifs et des écrans qu’avec les personnes et la nature.”

 

Voilà une charge contre l’usage actuel des communications numériques. Pourtant le pape publie ou fait publier des tweets, et le Vatican utilise toutes les techniques d’Internet. En effet ce ne sont pas les moyens qui sont critiqués mais leur usage. Comment apprendre à faire un usage sobre de tous ces moyens ? Comment discerner ce qui nous apporte de ce qui nous pollue ?

Est-il utile de chercher à tout bout de champ la réponse à une question que l’on se pose sur internet même pendant une balade ? D’envoyer des photos de cette balade à nos parents ou amis ? Pire, de se filmer et d’envoyer la vidéo.

Combien de temps de silence je me réserve dans la journée ? Est-ce que je ferme ou je pose au loin mon téléphone quand je rencontre des amis, quand je m’occupe de mes enfants ?

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