Fleur de sel : Laudato si 48 Inégalité planétaire

Fleur de sel Société
une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, […] , pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.

Laudato si 48 Inegalite planétaire 011220

Cette semaine nous poursuivons la lecture de l’encyclique écologique Laudato si du pape François par les paragraphes 48 à 52.

 

C’est dans ce chapitre qu’apparaît, à la fin du # 49, l’expression “écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.” Cette conjonction de l’écologie environnementale et de l’écologie sociale a été depuis reprise par différentes associations et par des mouvements politiques.

 

Le pape introduit ce thème par des exemples. La pêche :

48 ” l’épuisement des réserves de poissons nuit spécialement à ceux qui vivent de la pêche artisanale et n’ont pas les moyens de la remplacer ; la pollution de l’eau touche particulièrement les plus pauvres qui n’ont pas la possibilité d’acheter de l’eau en bouteille, et l’élévation du niveau de la mer affecte principalement les populations côtières appauvries qui n’ont pas où se déplacer.”

 

AD Pensez aux pêcheurs artisanaux des ports de La Turballe, Saint Nazaire, Croix de Vie, de moins en moins nombreux, dont le revenu est souvent limité, concurrencés par les flottes industrielles qui pêchent dans le golfe de Gascogne. Le phénomène est encore plus dramatique sur les côtes d’Afrique où les pêcheurs traditionnels font de moins en moins de prises.

 

Le deuxième exemple choisi par le pape est celui de l’eau. Pensez à ceux qui buvaient l’eau des rivières ou des puits, désormais souvent polluées par les rejets industriels ou agricoles.

 

Le troisième exemple enfin est celui des populations pauvres vivant sur les côtes d’Afrique ou d’Asie, dont le territoire se réduit déjà par l’augmentation du niveau des océans qui, en salinisant les sols, les stérilisent, menaçant des populations qui n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs.

 

Les effets du réchauffement et de la pollution sont injustes, parce que la répartition des richesses est inégale. Et la dégradation de l’environnement accentue ces injustices. Pourtant nous agissons peu, pourquoi ? Le pape poursuit :

 

” 49. Je voudrais faire remarquer que souvent on n’a pas une conscience claire des problèmes qui affectent particulièrement les exclus. Ils sont la majeure partie de la planète, des milliers de millions de personnes. Aujourd’hui, ils sont présents dans les débats politiques et économiques inter- nationaux, mais il semble souvent que leurs problèmes se posent comme un appendice, comme une question qui s’ajoute presque par obligation ou de manière marginale, quand on ne les considère pas comme un pur dommage collatéral. De fait, au moment de l’action concrète, ils sont relégués fréquemment à la dernière place. Cela est dû en partie au fait que beaucoup de professionnels, de leaders d’opinion, de moyens de communication et de centres de pouvoir sont situés loin d’eux, dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus.”

 

Mais une des raisons de l’accès plus difficile aux ressources serait-elle que nous sommes trop nombreux ?

 

“50. Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”. Mais «s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes.”

 

C’est le seul passage de l’encyclique ou il est question de démographie, et le pape reprend d’abord la position officielle de l’Eglise. Ce qui est selon nous quand même problématique. L’épuisement des ressources est dû à la fois à la consommation trop importante des plus riches, donc des populations occidentales, mais aussi au nombre d’habitants sur terre. Il est exact que nous pourrions tous vivre actuellement à 7 milliards d’habitants, sans famine et en préservant notre environnement, si nous consommions en moyenne beaucoup moins. Mais au-delà de dix milliards d’habitants, nous atteindrions une limite, ne serait-ce qu’en termes d’occupation de l’espace terrestre. Même si nous en sommes indirectement responsables c’est déjà dans les pays les plus pauvres que la démographie est la plus forte et que les espaces naturels sont les plus dévastés, par l’extension inévitable de l’habitat et de l’agriculture.

 

Toutefois ces considérations pontificales qui minimisent l’impact démographique se justifient en partie par la suite du texte :

 

” nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ».

 

Nous jetons trop d’aliments, c’est certain. Et la répartition de la population est déséquilibrée. Dans ce chapitre sur les inégalités, le pape a sans doute en tête les bidonvilles des grandes agglomérations d’Amérique latine qu’il connait bien, mais aussi sans doute les territoires surpeuplés d’ Asie ou d’Afrique, alors que d’autres pays, d’autres régions du monde sont peu peuplés, voire en régression démographique et en partie disponibles..

 

 

Le pape dénonce ici clairement les échanges internationaux inégaux, de l’importation de bois, de soja ou de minerais contre l’exportation d’automobiles, de produits électroniques ou de poulets industriels.

Le chapitre se conclut par cette phrase :

 

52 ” Nous avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine. Il n’y a pas de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n’y a pas non plus de place pour la globalisation de l’indifférence.”

 

Pour aller plus loin

Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes sud, 2019

Frédéric Lasserre, Les guerres de l’eau, Delavilla, 2009

Samir Amin, Le développement inégal, Ed. de Minuit, 1973

 

 

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