Fleur de sel : Laudato si’ Chapitre 2 65-75 : La sagesse des récits bibliques (1)

Fleur de sel Société
Dans ce long passage (65-75), François entreprend une relecture des récits bibliques, en commençant par les récits de la création dans la Genèse. Il nous propose une lecture originale de nos textes fondateurs, que nous prendrons le temps de le méditer sur 2 émissions. Avec quelques affirmations théologiques fortes : la bonté de la création, la dignité unique de chaque être humain, la rupture provoquée par la faute de l’homme et son lien avec la crise écologique, la mission et la vocation spécifiques de l’homme au cœur de la création.

L S 65 La sagesse des récits bibliques 291220 Fleur de sel

Nous poursuivons notre lecture commentée de l’encyclique du pape François Laudato si’, avec le deuxième chapitre, L’évangile de la création, que nous avons commencé la semaine dernière. Après avoir fait appel, face aux défis à relever, aux lumières qu’offre la foi, François entreprend dans ce passage une relecture des récits bibliques, en commençant par les récits de la création dans la Genèse. C’est un long passage, où François nous propose une lecture originale de nos textes fondateurs. Nous prendrons le temps de le méditer sur 2 émissions.

Ecoutons d’abord le n°65.

  1. Sans répéter ici l’entière théologie de la création, nous nous demandons ce que disent les grands récits bibliques sur la création et sur la relation entre l’être humain et le monde. Dans le premier récit de l’œuvre de la création, dans le livre de la Genèse, le plan de Dieu inclut la création de l’humanité. Après la création de l’être humain, il est dit que « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31). La Bible enseigne que chaque être humain est créé par amour, à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). Cette affirmation nous montre la très grande dignité de toute personne humaine, qui « n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Elle est capable de se connaître, de se posséder, et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes ». Saint Jean-Paul II a rappelé que l’amour très particulier que le Créateur a pour chaque être humain lui confère une dignité infinie. Ceux qui s’engagent dans la défense de la dignité des personnes peuvent trouver dans la foi chrétienne les arguments les plus profonds pour cet engagement. Quelle merveilleuse certitude de savoir que la vie de toute personne ne se perd pas dans un chaos désespérant, dans un monde gouverné par le pur hasard ou par des cycles qui se répètent de manière absurde ! Le Créateur peut dire à chacun de nous : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu » (Jr 1, 5). Nous avons été conçus dans le cœur de Dieu, et donc, « chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ».

Voilà un paragraphe qui nous place au cœur du message biblique : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon ». La création n’est pas le fruit du hasard, mais bien de ce projet d’amour du Créateur. Et la Bible l’affirme dès sa première page : la création est bonne, même très bonne quand l’être humain vient l’habiter. Dommage que notre civilisation l’ait autant abîmée ! La dernière formule du paragraphe est une citation de Benoît XVI, tirée de l’homélie de sa première messe comme pape. Nous la reprenons : « Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ». Belle affirmation de la dignité unique de chaque être humain !

  1. Les récits de la création dans le livre de la Genèse contiennent, dans leur langage symbolique et narratif, de profonds enseignements sur l’existence humaine et sur sa réalité historique. Ces récits suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. Selon la Bible, les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées. Ce fait a dénaturé aussi la mission de « soumettre » la terre (cf. Gn 1, 28), de « la cultiver et la garder» (Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19). Pour cette raison, il est significatif que l’harmonie que vivait saint François d’Assise avec toutes les créatures ait été interprétée comme une guérison de cette rupture. Saint Bonaventure disait que par la réconciliation universelle avec toutes les créatures, d’une certaine manière, François retournait à l’état d’innocence. Loin de ce modèle, le péché aujourd’hui se manifeste, avec toute sa force de destruction, dans les guerres, sous diverses formes de violence et de maltraitance, dans l’abandon des plus fragiles, dans les agressions contre la nature.

Le n°66 énonce une idée force de l’encyclique : l’équilibre de l’existence humaine est fondé sur 3 relations, avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. Plus loin, François ajoutera une 4e relation, avec soi-même. Pour réparer la rupture provoquée par la faute de l’homme dans ce fragile réseau relationnel François propose une solution : la conversion écologique. Nous y reviendrons, quand nous lirons le quatrième chapitre.

  1. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à ‘‘dominer’’ la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église.

Ici, François répond à Lynn White, cet historien des sciences américain qui avait accusé le judéo-christianisme d’être responsable de la crise écologique. Il en profite pour corriger nos interprétations erronées des récits de la création. Ecoutons encore François.

S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à ‘‘cultiver et garder’’ le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que ‘‘cultiver’’ signifie labourer, défricher ou travailler, ‘‘garder’’ signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature.

Voilà une mise au point très claire et très ferme sur la mission et la vocation spécifiques de l’homme au cœur de la création : non pas dominer et exploiter, mais cultiver et garder, prendre soin, comme un bon jardinier. Les théologiens contemporains parlent de l’homme comme intendant de la création, et non comme propriétaire, avec « le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures ». Car, écrit encore François, « au Seigneur la terre » (Ps 24, 1), à lui appartiennent « la terre et tout ce qui s’y trouve » (Dt 10, 14). Pour cette raison, Dieu dénie à l’homme toute prétention de propriété absolue, mais l’engage au contraire à une responsabilité toute particulière à l’égard de la terre.

Nous y reviendrons dans la prochaine émission. A la semaine prochaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

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