Fleur de sel : Laudato si : Le mystère de l’univers (Chap 2 – III 76-83)

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Nous parcourons aujourd’hui une section de l’encyclique LS qui s’intitule : le Mystère de l’univers. En s’appuyant sur les sources de la tradition judéo-chrétienne le pape François nous y  rappelle tout d’abord que l’univers est né du projet d’amour créateur de Dieu. Cette prise en compte de tous les organismes vivants dans le projet de Dieu, qui rejoint la spiritualité franciscaine, est ici un aspect marquant de la pastorale du pape François. Le pape François y présente la création comme une œuvre en devenir, une œuvre où l’homme est appelé à intervenir, une œuvre à poursuivre, car Dieu s’est dit-il limité lui-même. C’est cette liberté donnée au monde et à ses créatures qui explique que nous soyons encore dans les douleurs de l’enfantement. Le pape évoque ensuite la spécificité de la place de l’homme dans la création et les perspectives eschatologiques.

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Nous parcourons aujourd’hui une section du chapitre 2  de l’encyclique LS qui s’intitule : le Mystère de l’univers. En s’appuyant sur les sources de la tradition judéo-chrétienne le pape François nous y  rappelle tout d’abord que l’univers est né du projet d’amour créateur de Dieu.

  1. Pour la tradition judéo-chrétienne, dire “création”, c’est signifier plus que “nature”, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité́ illuminée par l’amour qui nous appelle à̀ une communion universelle.
  2. //L’univers, nous dit encore le pape, n’a pas surgi comme le résultat d’une toute puissance arbitraire, d’une démonstration de force ni d’un désir d’auto-affirmation. La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création. //Par conséquent, chaque créature est l’objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans le monde. Même la vie éphémère de l’être le plus insignifiant est l’objet de son amour, et, en ces peu de secondes de son existence, il l’entoure de son affection.

Cette prise en compte de tous les organismes vivants dans le projet de Dieu, qui rejoint la spiritualité franciscaine, est ici un aspect marquant de la pastorale du pape François.

  1. En même temps, la pensée judéo-chrétienne a démystifié́ la nature. Sans cesser de l’admirer pour sa splendeur et son immensité́, elle ne lui a plus attribué de caractère divin//. Si nous reconnaissons la valeur et la fragilité́ de la nature, et en même temps les capacités que le Créateur nous a octroyées, cela nous permet d’en finir aujourd’hui avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin, interpelle notre intelligence pour reconnaitre comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre pouvoir.

79.// La liberté́ humaine, nous dit François, peut offrir son apport intelligent à une évolution positive, mais elle peut aussi être à l’origine de nouveaux maux, de nouvelles causes de souffrance et de vrais reculs. Cela donne lieu à̀ la passionnante et dramatique histoire humaine, capable de se convertir en un déploiement de libération, de croissance, de salut et d’amour, ou en un chemin de décadence et de destruction mutuelle. Voilà̀ pourquoi l’action de l’Église ne tente pas seulement de rappeler le devoir de prendre soin de la nature, mais en même temps « elle doit aussi surtout protéger l’homme de sa propre destruction ».47

  1. // Dieu, qui veut agir avec nous et compte sur notre coopération, est aussi capable de tirer quelque chose de bon du mal que nous commettons, //.48 Il a voulu se limiter lui-même de quelque manière, en créant un monde qui a besoin de développement, où beaucoup de choses que nous considérons mauvaises, dangereuses ou sources de souffrances, font en réalité́ partie des douleurs de l’enfantement qui nous stimulent à collaborer avec le Créateur.49 Il est présent au plus intime de toute chose, sans conditionner l’autonomie de sa créature, et cela aussi donne lieu à̀ l’autonomie légitime des réalités terrestres.50 Cette présence divine, qui assure la permanence et le développement de tout être, « est la continuation de l’action créatrice ».51 L’Esprit de Dieu a rempli l’univers de potentialités qui permettent que, du sein même des choses, quelque chose de nouveau peut surgir.

Le pape François présente ainsi la création comme une œuvre en devenir, une œuvre où l’homme est appelé à intervenir, une œuvre à poursuivre, car Dieu s’est dit-il limité lui-même. C’est cette liberté donnée au monde et à ses créatures qui explique que nous soyons encore dans les douleurs de l’enfantement. Le pape évoque ensuite la spécificité de la place de l’homme dans la création :

  1. Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté́ qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts. Chacun de nous a, en soi, une identité́ personnelle, capable d’entrer en dialogue avec les autres et avec Dieu lui-même. La capacité́ de réflexion, l’argumentation, la créativité́, l’interprétation, l’élaboration artistique, et d’autres capacités inédites, montrent une singularité́ qui transcende le domaine physique et biologique. La nouveauté́ qualitative qui implique le surgissement d’un être personnel dans l’univers matériel suppose une action directe de Dieu, un appel particulier à la vie et à la relation d’un Tu avec un autre tu. À partir des récits bibliques, nous considérons l’être humain comme un sujet, qui ne peut jamais être réduit à la catégorie d’objet.
  2. Mais il serait aussi erroné́ de penser que les autres êtres vivants doivent être considères comme de purs objets, soumis à la domination humaine arbitraire. Quand on propose une vision de la nature uniquement comme objet de profit et d’intérêt, cela a aussi de sérieuses conséquences sur la société́. // L’idéal d’harmonie, de justice, de fraternité́ et de paix que propose Jésus est aux antipodes d’un pareil modèle, // : « Les chefs des nations dominent sur elles en maitres, et les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20, 25-26).

Le pape termine ce chapitre par une perspective eschatologique sur l’aboutissement de la création, déjà réalisé en Jésus Christ :

  1. L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été́ atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle.53 Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué́ d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé́ à reconduire toutes les créatures à leur Créateur.

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