Fleur de sel : LS 93 – 95 La destination commune des biens

Fleur de sel Société
On ne doit pas s’étonner de voir ici, au chapitre II sur “l’évangile de la création”, ces paragraphes traitant de la propriété

LS 93 95 La destination commune des biens 020121

Au sein de la création tout est lié, et l’action créatrice de Dieu invite à la communion et au partage entre frères des biens du monde. La propriété, qui est au cœur de ce lien entre les hommes, ne saurait donc être absolue. Ceci est dit par ailleurs avec une certaine rugosité au nom de Dieu : « la terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes » (Lv.25, 23 ; L.S. 67). Le propriétaire n’a donc pas, définitivement, tous les droits sur ses biens. Il ne peut pas non plus en disposer en peine liberté

                   L.S. 93. « Aujourd’hui, croyants et non croyants, nous sommes d’accord sur le fait que la terre est essentiellement un héritage commun dont les fruits doivent bénéficier à tous… Par conséquent toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une « règle d’or »du comportement social, et «  le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».

Ce principe est d’autant plus strict qu’il est de portée universelle, et doit donc bénéficier autant à l’homme qu’à l’ensemble de la création qui a des droits.

                   L.S. 93 (suite) « … La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée, et elle souligne la fonction sociale de toute forme de propriété privée. Saint Jean-Paul 2 a rappelé avec beaucoup de force cette doctrine en affirmant que « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres sans exclure ni privilégier personne » (J.P. 2 Laborem exercens, n° 19 : Centesimus annus, 31 ; Sollicitudo rei socialis, 33. ). «  Avec une grande clarté, il a expliqué que l’Eglise défend, certes, le droit à la propriété privée, mais elle enseigne avec non moins de clarté que sur toute propriété pèse toujours une hypothèque sociale, pour que les biens servent à la destination générale que Dieu leur a donnée ».

Et nous ? Quelle fonction sociale attribuons-nous aux biens dont nous sommes propriétaires, sans oublier la destination universelle que Dieu leur donne, et donc la dimension écologique ?

Le « Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise » (Conseil pontifical Justice et paix, 2005, CERF, Bayard, Fleurus) développe à la suite de Jean-Paul 2, très précisément et longuement  (n°171 à 184),le thème de « la destination universelle des biens. Il reprend d’ailleurs, comme toujours dans les documents pontificaux, les enseignements antérieurs de Pie XII, Paul VI, Jean XXIII, ». Mais on pourrait remonter jusqu’à Saint Grégoire le grand (7ème siècle), Saint Basile (4ème siècle), Saint Pierre Chrysologue et  Saint Ambroise (5ème siècle), saint-Augustin (4ème siècle)…. « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu’accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice » (Grégoire le grand, Compendium 184).

                   L.S. 94  « Le riche et le pauvre ont une égale dignité, parce que « le seigneur les a faits tous les deux » (Pr.22,2), » « petits et grands c’est lui qui les a faits (Sg.6,7) » et « il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons »( Mt ,5,45). Cela a des conséquences pratiques, (ajoute François), comme celles qu’ont énoncé les évêques du Paraguay : « tout paysan a le droit naturel de posséder un lot de terre raisonnable où il puisse établir sa demeure, travailler pour la subsistance de sa famille et avoir la sécurité de l’existence. Ce droit doit être garanti…..Cela signifie que, en plus du titre de propriété, le paysan doit compter sur les moyens d’éducation technique, sur des crédits, des assurances et la commercialisation ».

C’est tout un programme ! dont les mouvements d’action catholique agricole et rurale ne manquent pas de s’inspirer. Mais dans quelle mesure est-il réalisé chez nous, pour tous, au-delà même des campagnes, au profit des salariés ?

Est-il même impensable d’appliquer ce programme en faveur des immigrés, privés de toit, de droits, de formation, et …de tout pour eux-mêmes et pour leurs familles ?

Enfin, au -delà des droits des pauvres, il y a d’autres limites au droit de propriété, à ne pas dépasser et à respecter, c’est celles qui tiennent à l’environnement.

                   L.S. 95. « L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l’administrer pour le bien de tous. Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. Pour cette raison, les évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand « vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres et aux futures générations ce dont elles ont besoin pour survivre ».

La surconsommation des plus riches est bien ici criminalisée, (le mot est de nous) au regard de la loi de Dieu et de Moïse ! L’abus des ressources mondiales par une minorité au détriment d’une très large majorité de la population est manifeste ; mais tout ceci ne pourra pas être développé ici. Dix à vingt pour cent de la population sont en état de grande pauvreté, de sous-nutrition, de carence d’eau potable, ou d’eau d’irrigation. Les pays riches (nous !) consomment cinq à dix fois la quantité d’énergie utilisée par personne dans le reste du monde. La déforestation, la sécheresse, les catastrophes climatiques, visent prioritairement les pays les plus pauvres, ainsi que la diminution de la biodiversité, même si l’ensemble de la planète est touché et concerné.

 Mais cette question des biens communs, et du bien commun sera développée dans une future intervention.

A-H. M.

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