Fleur de sel : LS 115. Crise et Conséquences de l’anthropocentrisme moderne

Fleur de sel Société
Il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau. Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate.

LS 115 Crise et Consequences de l anthropocentrisme moderne 020321 Fleur de sel

Nous poursuivons la lecture du troisième chapitre de l’Encyclique Laudato consacré à la racine humaine de la crise écologique.

115.” L’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au- dessus de la réalité, parce que l’être humain « n’a plus le sentiment ni que la nature soit une norme valable, ni qu’elle lui offre un refuge vivant. Il la voit sans suppositions préalables, objectivement, sous la forme d’un espace et d’une matière pour une œuvre où l’on jette tout, peu importe ce qui en résultera ».” 

Cette pensée un peu difficile est une nouvelle citation de Romano Guardini.  Pour ce théologien et philosophe l’homme, après s’être érigé lui-même en tout puissant à la place de Dieu au XVIIIe siècle a ensuite placé la technique en toute puissance, au-dessus de l’homme (XIXe siècle). En conséquence ce monde, que nous appelons nature, devient un simple support du développement de la technique, alors qu’il est un tissu d’être vivants, dont nous faisons partie. Ce rêve de toute puissance repose sur une conception erronée de la place de l’homme, comme l’explique ensuite le pape :

  1. ” Une présentation inadéquate de l’anthropologie chrétienne a pu conduire à soutenir une conception erronée de la relation entre l’être humain et le monde. Un rêve prométhéen de domination sur le monde s’est souvent transmis, qui a donné l’impression que la sauvegarde de la nature est pour les faibles. La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme ‘‘seigneur’’ de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable. “

L’homme n’est pas au-dessus de la Création, il en fait partie. Les traductions de la Genèse ont été biaisées pour correspondre à ce rêve de puissance. L’homme Seigneur du monde est à interpréter au sens royal du terme, le roi qui doit protéger ses sujets. L’homme est un gardien du monde, un steward disent les théologiens anglophones.

  1. ” Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’ «au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature ». “

On ne peut pas être plus clair et ici le pape François cite le pape Jean-Paul II, confirmant la continuité de la pensée de l’Eglise.

  1. ” Cette situation nous conduit à une schizophrénie permanente, qui va de l’exaltation technocratique qui ne reconnaît pas aux autres êtres une valeur propre, à la réaction qui nie toute valeur particulière à l’être humain. Mais on ne peut pas faire abstraction de l’humanité. Il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau. Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate. Quand la personne humaine est considérée seulement comme un être parmi d’autres, qui procéderait des jeux du hasard ou d’un déterminisme physique, «la conscience de sa responsabilité risque de s’atténuer dans les esprits ». “

Ce passage est une critique à la fois des technocrates qui ne reconnaissent pas de valeur propre aux vivants non humains, végétaux et animaux, valeur propre et non-valeur monétaire bien sûr ; et une critique des tendances écologiques bio centristes qui banalisent l’homme, ne lui reconnaissant pas une place particulière dans la Création. Pour les chrétiens, l’homme n’est pas seulement un produit de l’évolution, il a été créé pour être à l’image de Dieu, il est co responsable de la Création. Mais il est à l’image de Dieu pour autant qu’il regarde vers Dieu, comme dans un miroir, sinon il peut être aussi la pire des créatures, capable de destruction délibérée de ses semblables et de tous les vivants, que l’on ne retrouve jamais dans le monde animal.

  1. ” La critique de l’anthropocentrisme dévié ne devrait pas non plus faire passer au second plan la valeur des relations entre les personnes…
    Quand la pensée chrétienne revendique une valeur particulière pour l’être humain supérieure à celle des autres créatures, cela donne lieu à une valorisation de chaque personne humaine, et entraîne la reconnaissance de l’autre. C’est pourquoi, pour une relation convenable avec le monde créé, il n’est pas nécessaire d’affaiblir la dimension sociale de l’être humain ni sa dimension transcendante, son ouverture au “Tu” divin. En effet, on ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu. “

Pour le pape François, il faut donc à la fois lutter contre la conception d’un homme tout puissant et défendre l’idée d’une place particulière de l’être humain, qui permet la reconnaissance de l’autre, de notre prochain. L’emploi du terme ” supérieure ” est discuté, nous sommes spécifiques oui, supérieurs ? Tout dépend des capacités considérées et cela fait débat actuellement entre les spécialistes de l’évolution des espèces. Nous pouvons considérer avoir des capacités cérébrales supérieures en termes de langage, d’écriture, de conceptualisation, de création d’artefacts, mais certains animaux ont des capacités supérieures aux hommes en terme de repérage dans l’espace, de vision nocturne, de force physique, de résistance au froid ou au chaud, de privation de nourriture etc. Pour ce qui est de la socialisation, le débat est ouvert. Les destructions, les guerres que nous menons, la cruauté dont nous pouvons faire preuve, sont-elles vraiment un signe de supériorité ?

Le pape poursuit :

  1. ” Puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement. Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l’on ne protège pas l’embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés. “

Ce paragraphe rappelle la position traditionnelle de l’Eglise sur le sujet. Il s’agit ici de savoir accueillir et protéger les plus faibles, les hommes, donc les embryons dont on peut prévoir un handicap, comme les non humains, plantes et animaux, détruits par notre mode de vie.

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