Fleur de sel : LS 122. Le relativisme pratique

Fleur de sel Société
La culture du relativisme est la même pathologie qui pousse une personne à exploiter son prochain et à le traiter comme un pur objet, l’obligeant aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à cause d’une dette.

LS 122 Le relativisme pratique 090321 Fleur de sel

Nous poursuivons aujourd’hui la lecture du troisième chapitre de l’Encyclique Laudato sur la racine humaine de la crise écologique.

Les paragraphes que nous abordons aujourd’hui sont une forte critique du relativisme, un courant philosophique dont nous devons d’abord rappeler la définition et l’origine.
Le relativisme est un mouvement de pensée qui a traversé les siècles depuis l’Antiquité pour désigner un ensemble de doctrines qui ont pour point commun de dénier aux croyances et aux comportements humains une source, une origine transcendante. Le philosophe grec Protagoras affirme ainsi que « L’homme est la mesure de toute chose » refusant toute référence aux Dieux. L’Eglise a toujours réfuté le relativisme, et Benoit XVI dénonçait ” une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs. “. Un chrétien est par définition non relativiste puisqu’il reconnait que Dieu est à l’origine de toute chose. Mais des philosophes pour lesquels les principes moraux s’imposent à la conduite des hommes, des écologistes pour qui le respect de la nature prime sur nos intérêts immédiats sont aussi des non relativistes.

Ce que le pape François va développer ici, ce sont les origines et les conséquences du relativisme moderne et ses conséquences sur notre comportement envers les hommes et envers la nature.

  1. ” il n’est pas étonnant que, avec l’omniprésence du paradigme technocratique et le culte du pouvoir humain sans limites, se développe chez les personnes ce relativisme dans lequel tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance. Il y a en cela une logique qui permet de comprendre comment certaines attitudes, qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement. “

Le paradigme technocratique, un terme qui revient souvent dans cette encyclique, c’est le système de gouvernance qui résulte de l’alliance entre la science, la technologie, la finance et le pouvoir politique. Il est relativiste car il met les intérêts immédiats de son propre développement au-dessus de toute autre considération. Cette recherche de l’intérêt immédiat provoque une dégradation de l’environnement mais aussi de la société.

  1. ” La culture du relativisme est la même pathologie qui pousse une personne à exploiter son prochain et à le traiter comme un pur objet, l’obligeant aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à cause d’une dette. C’est la même logique qui pousse à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon des personnes âgées qui ne servent pas des intérêts personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui qui dit : ‛Laissons les forces invisibles du marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’. “

Le relativisme est ainsi une pathologie, c’est à dire une maladie de la société.

Dans la dernière phrase de ce paragraphe le pape critique la théorie dite de la main invisible du père de l’économie libérale, Adam Smith, selon laquelle le marché est le meilleur moyen pour réguler l’économie. C’est la théorie du libre-échange, de la loi de l’offre et de la demande, au contraire des économistes qui mettent en avant les organisations coopératives, la priorité à la production locale, le respect des droits des salariés etc. Placer les intérêts du marché au-dessus de la défense de la création est une attitude relativiste. C’est, rappelons-le, le principe du droit international qui place les accords commerciaux de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) au-dessus des accords sur le climat ! Par exemple l’OMC a refusé des limitations à l’importation aux Etats-Unis de crevettes d’Asie pêchées avec des filets qui prenaient également des tortues marines menacées d’extinction, de thon pêché avec des filets qui étouffent les dauphins, car ces règles étaient jugées discriminatoires (décisions OMC n° 58 et n° 61 de 1998 pour les crevettes et 1991 pour le thon).

  1. ” S’il n’existe pas de vérités objectives ni de principes solides hors de la réalisation de projets personnels et de la satisfaction de nécessités immédiates, quelles limites peuvent alors avoir la traite des êtres humains, la criminalité organisée, le narcotrafic, le commerce de diamants ensanglantés et de peaux d’animaux en voie d’extinction ? N’est-ce pas la même logique relativiste qui justifie l’achat d’organes des pauvres dans le but de les vendre ou de les utiliser pour l’expérimentation, ou le rejet d’enfants parce qu’ils ne répondent pas au désir de leurs parents ? “

Le pape fait le lien, encore une fois, entre l’écologie sociale, protéger les enfants ou les personnes vulnérables, et l’écologie environnementale, protéger les animaux (ceux que l’on chasse pour prendre la fourrure, castor, ours, léopard…).

” C’est la même logique du ‘‘utilise et jette’’, qui engendre tant de résidus, seulement à cause du désir désordonné de consommer plus qu’il n’est réellement nécessaire. Par conséquent, nous ne pouvons pas penser que les projets politiques et la force de la loi seront suffisants pour que soient évités les comportements qui affectent l’environnement, car, lorsque la culture se corrompt et qu’on ne reconnaît plus aucune vérité objective ni de principes universellement valables, les lois sont comprises uniquement comme des impositions arbitraires et comme des obstacles à contourner. “

Ce passage conclusif est essentiel. Ce n’est pas que le relativisme soit nouveau, il date des origines de la philosophie comme on l’a vu. Mais le relativisme mis au service d’une technologie toute puissante est puissamment destructeur. Et dans ce cas, les lois seront incapables d’en limiter les effets s’il n’y a pas adhésion de la population, de manière profonde donc culturelle.
C’est ce que l’on observe dans nos sociétés. Il y a une inflation de lois sur la protection des enfants, le droit des femmes, la prise en charge des plus anciens d’une part, la protection des zones humides, des forêts, l’interdiction des pesticides, les prélèvements d’eau d’autre part, mais chaque loi génère le besoin d’autre lois, d’autres règlements car elles sont contournées et détournées. En effet, s’il n’y a pas une norme culturelle, une morale publique admise comme norme, toute réglementation sera perçue comme non légitime. C’est donc la culture qu’il faut réhabiliter, la culture c’est un ensemble constitué de l’art, l’éducation, la littérature, la place des croyances, la publicité etc.

 

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