Fleur de sel : LS 176-181 Le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales

Fleur de sel Société
La deuxième partie du chapitre 5 (176-181) porte sur « le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales ». Après la dimension internationale des questions environnementales, François nous conduit sur le terrain des politiques nationales et locales. François insiste sur la nécessité d’un cadre régulateur, de normes et de règles pour corriger les mauvaises pratiques et encourager les comportements écologiquement vertueux. Il dénonce la « myopie du politique », qui ne raisonne qu’à court terme, en fonction de ses intérêts électoraux immédiats et encourage la mobilisation de la société civile pour « obliger les gouvernements ».

LS 176 181 Le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales 040521 Fleur de sel

Nous poursuivons aujourd’hui la lecture du cinquième chapitre de L.S. « quelques lignes d’orientation et d’action », avec sa deuxième partie : « le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales ». Après la dimension internationale des questions environnementales, François nous conduit sur le terrain des politiques nationales et locales.

176 . Non seulement il y a des gagnants et des perdants entre les pays, mais aussi entre les pays pauvres, où diverses responsabilités doivent être identifiées. Pour cela, les questions concernant l’environnement et le développement économique ne peuvent plus se poser seulement à partir des différences entre pays, mais demandent qu’on prête attention aux politiques nationales et locales.

Les lignes d’ « orientation et d’action » ici proposées à nos dialogues suivent quelques options fortes, mais dans les limites du principe de subsidiarité, composant essentiel de la doctrine sociale. Pour l’Eglise, ce principe peut s’entendre dans un sens positif, dans le sens de l’aide (« subsidium ») au plus petit et au plus local, et dans un sens négatif,  dans le sens d’éviter de supplanter l’initiative, la liberté et la responsabilité de la société locale. La subsidiarité inspire par exemple le fonctionnement de l’Union Européenne, ou des états fédéraux, comme l’Allemagne.

Dans cet esprit, François réaffirme d’abord le rôle de l’Etat et du droit.

  1. Face à la possibilité d’une utilisation irresponsables des capacités humaines planifier, coordonner, veiller, et sanctionner sont des fonctions impératives de chaque Etat… Le droit, qui établit les règles des comportements acceptables à la lumière du bien commun est un facteur qui fonctionne comme un modérateur important. Les limites qu’une société saine, mature et souveraine doit imposer sont liées à la prévision, à la précaution, aux régulations adéquates, à la vigilance dans l’application des normes…. mais le cadre politique et institutionnel n’est pas là seulement pour éviter les mauvaises pratiques, mais aussi pour encourager les bonnes pratiques, pour stimuler la créativité qui cherche de nouvelles voies, pour faciliter les initiatives personnelles et collectives ».

Notons ici l’insistance sur la nécessité d’un cadre régulateur, de normes et de règles pour corriger les mauvaises pratiques et encourager les comportements écologiquement vertueux. François dénonce la « myopie du politique », qui ne raisonne qu’à court terme, en fonction de ses intérêts électoraux immédiats.

  1. Le drame de l’‘‘immédiateté’’ politique, soutenue aussi par des populations consuméristes, conduit à la nécessité de produire de la croissance à court terme. Répondant à des intérêts électoraux, les gouvernements ne prennent pas facilement le risque de mécontenter la population avec des mesures qui peuvent affecter le niveau de consommation ou mettre en péril des investissements étrangers. La myopie de la logique du pouvoir ralentit l’intégration de l’agenda environnemental aux vues larges, dans l’agenda public des gouvernements. On oublie ainsi que « le temps est supérieur à l’espace», que nous sommes toujours plus féconds quand nous nous préoccupons plus d’élaborer des processus que de nous emparer des espaces de pouvoir. La grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme. Il est très difficile pour le pouvoir politique d’assumer ce devoir dans un projet de Nation.

Pour François, la réponse ne peut venir que d’une mobilisation de la société civile pour « obliger les gouvernements ».

  1. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique -national, régional, et municipal- un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus . D’autre part, les législations des municipalités peuvent être plus efficaces s’il y a des accords entre populations voisines, pour soutenir les mêmes politiques environnementales.

Tout le paragraphe L.S. 180 serait à citer ici. Il s’agit d’un hommage détaillé aux initiatives locales de la société civile, en application du principe de la subsidiarité. Relisons simplement le début du paragraphe.

  1. On ne peut pas penser à des recettes uniformes, parce que chaque pays ou région a des problèmes et des limites spécifiques…. Mais tant au niveau national que local il reste beaucoup à faire.

François poursuit au n°181, invitant la population à faire pression sur les politiques publiques.

  1. Les résultats demandent beaucoup de temps et supposent des coûts immédiats, avec des effets qui ne seront pas visibles au cours du mandat du gouvernement concerné. C’est pourquoi sans la pression de la population et des institutions, il y aura toujours de la résistance à intervenir, plus encore quand il y aura des urgences à affronter. Qu’un homme politique assume ces responsabilités avec les coûts que cela implique….il laissera dans l’histoire un témoignage de généreuse responsabilité… cependant il faut ajouter que les meilleurs mécanismes finissent par succomber quand manquent les grandes finalités, les valeurs, une compréhension humaniste et riche de sens qui donnent à chaque société une orientation noble et généreuse.

Voilà la population garante de la continuité nécessaire de l’action publique ! Et une nouvelle affirmation par le pape de la grandeur de la politique, entendue comme service du bien commun. Affirmation largement développée par François dans sa dernière encyclique, Fratelli tutti.

Rendez-vous la semaine prochaine, chers auditeurs, pour la suite du chapitre 5.

Partagez cet article

  • 0%