Fleur de sel : LS 189-198 Politique et économie en dialogue pour la plénitude humaine

Fleur de sel Société
Dans la quatrième partie du chapitre 5, « Politique et économie en dialogue pour la plénitude humaine », François revient à une réflexion éthique plus fondamentale. Elle commence par une reprise de la critique du paradigme technico-financier. François développe ensuite une critique sévère des concepts de croissance et de développement durable. Le prolongement des tendances actuelles n‘est en effet tout simplement pas soutenable. « Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement ». L’encyclique n’hésite pas inviter à « accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ».

LS 189 198 Politique et économie en dialogue pour la plénitude humaine 180521 Fleur de sel

Nous poursuivons aujourd’hui la lecture du cinquième chapitre de Laudato si’, avec sa quatrième partie. « Politique et économie en dialogue pour la plénitude humaine ». François revient ici à une réflexion éthique plus fondamentale.

Elle commence par une reprise de la critique du paradigme technico-financier, que nous avions rencontrée au chapitre 3.

  1. La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine.

François évoque la crise financière de 2007-2008, à l’issue de laquelle le souci a été de sauver les banques. L’occasion n’a pas été saisie pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques. En sera-t-il différemment avec la crise sanitaire que nous traversons actuellement ?

  1. Une fois de plus, il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus. Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? Dans le schéma du gain il n’y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, à ses périodes de dégradation et de régénération, ni à la complexité des écosystèmes qui peuvent être gravement altérés par l’intervention humaine.

Les critères économiques et financiers ne doivent donc pas avoir le dernier mot dans la prise de décision. François développe ensuite une critique sévère des concepts de croissance et de développement durable.

  1. Quand on pose ces questions, certains réagissent en accusant les autres de prétendre arrêter irrationnellement le progrès et le développement humain. Mais nous devons nous convaincre que ralentir un rythme déterminé de production et de consommation peut donner lieu à d’autres formes de progrès et de développement.

Sans rejeter bien sûr toute innovation technologique, au risque de brider la créativité humaine, l’encyclique invite à réorienter « cette énergie vers des voies nouvelles », plus responsables, c’est-à-dire plus respectueuses de l’homme et des ressources naturelles. Le prolongement des tendances actuelles n‘est en effet tout simplement pas soutenable.

  1. De toute manière, si dans certains cas le développement durable entraînera de nouvelles formes de croissance, dans d’autres cas, face à l’accroissement vorace et irresponsable produit durant de nombreuses décennies, il faudra penser aussi à marquer une pause en mettant certaines limites raisonnables, voire à retourner en arrière avant qu’il ne soit trop tard. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine.

L’encyclique n’hésite pas à utiliser ici un mot tabou.

  1. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties.

La démonstration se prolonge par la mise en évidence de la logique intrinsèque du développement durable, qui peut être détournée pour prolonger un modèle pervers.

  1. Le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours écologique dans la logique des finances et de la technocratie ; la responsabilité sociale et environnementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image.

Le jugement est sans appel :

  1. Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès.

Le progrès pour François ne peut que produire une amélioration de la qualité de vie de l’homme dans toutes ses dimensions, ce qui suppose bien sûr un environnement de qualité. L’Eglise catholique promeut depuis Populorum progressio, encyclique de 1963, le développement humain intégral, le développement de tout l’homme et de tout homme.

François poursuit sa critique de la seule logique de marché.

  1. Le principe de la maximalisation du gain, qui tend à s’isoler de toute autre considération, est une distorsion conceptuelle de l’économie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la santé de l’environnement ; si l’exploitation d’une forêt fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu’implique la désertification du territoire, le dommage causé à la biodiversité ou l’augmentation de la pollution. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des coûts.

La partie s’achève sur une nouvelle réflexion sur la politique, pervertie par ses rapports avec le marché, la recherche de gains faciles, toutes les formes de corruptions, quand nous aurions au contraire besoin « d’une politique aux vues larges » (197).

  1. La politique et l’économie ont tendance à s’accuser mutuellement en ce qui concerne la pauvreté et la dégradation de l’environnement. Mais il faut espérer qu’elles reconnaîtront leurs propres erreurs et trouveront des formes d’interaction orientées vers le bien commun. Pendant que les uns sont obnubilés uniquement par le profit économique et que d’autres ont pour seule obsession la conservation ou l’accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons ce sont des guerres, ou bien des accords fallacieux où préserver l’environnement et protéger les plus faibles est ce qui intéresse le moins les deux parties. Là aussi vaut le principe : « l’unité est supérieure au conflit ».

Encore de fortes paroles à méditer pour cette semaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

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