Fleur de sel : LS 202-208 Miser sur un autre style de vie

Fleur de sel Société
Le sixième et dernier chapitre de Laudato si’, Education et spiritualité écologiques, nous fait passer du champ de la politique au défi culturel, spirituel et éducatif. « L’humanité a besoin de changer », écrit le pape. L’être humain, aliéné par un système qui a produit « un consumérisme compulsif et obsessif », ne sait plus chercher d’autre sens à sa vie que dans la consommation et l’accumulation matérielles. Un travail de conversion est indispensable pour changer de style de vie. La partie s’achève sur une note d’espoir : l’homme reste capable de se transcender, pour entrer dans une démarche de conversion.

LS 202 208 Miser sur un autre style de vie 010621 Fleur de sel

Nous entrons aujourd’hui dans la lecture du sixième et dernier chapitre de Laudato Si’, Education et spiritualité écologiques. Ecoutons déjà l’introduction du chapitre, au n° 202, qui présente le projet de François pour accompagner l’humanité dans sa nécessaire conversion écologique.

  1. Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie. Ainsi un grand défi culturel, spirituel et éducatif, qui supposera de longs processus de régénération, est mis en évidence.

Ce dernier chapitre, en guise de conclusion à l’encyclique, nous fait donc passer du champ de la politique au défi culturel, spirituel et éducatif. « L’humanité a besoin de changer », écrit le pape. Il lui faut pour cela changer de style de vie. C’est un grand défi à relever, et c’est le thème de la première partie.

Poursuivons notre lecture, au n° 203.

  1. Étant donné que le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par être submergées, dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles. Le consumérisme obsessif est le reflet subjectif du paradigme techno-économique. […] Ce paradigme fait croire à tous qu’ils sont libres, tant qu’ils ont une soi-disant liberté pour consommer, alors que ceux qui ont en réalité la liberté, ce sont ceux qui constituent la minorité en possession du pouvoir économique et financier. Dans cette équivoque, l’humanité postmoderne n’a pas trouvé une nouvelle conception d’elle-même qui puisse l’orienter, et ce manque d’identité est vécu avec angoisse. Nous possédons trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques.

Nous retrouvons la condamnation du consumérisme compulsif et obsessif, conséquence d’un système qui aliène l’humanité. L’être humain ne sait plus chercher d’autre sens à sa vie que dans la consommation et l’accumulation matérielles.

La critique se poursuit au n° 204.

  1. La situation actuelle du monde « engendre un sentiment de précarité et d’insécurité qui, à son tour, nourrit des formes d’égoïsme collectif ». Quand les personnes deviennent autoréférentielles et s’isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité. En effet, plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu’une personne accepte que la réalité lui fixe des limites. À cet horizon, un vrai bien commun n’existe pas non plus. […] L’obsession d’un style de vie consumériste ne pourra que provoquer violence et destruction réciproque, surtout quand seul un petit nombre peut se le permettre.

Il existe pourtant une porte de sortie, même si elle est étroite. Ecoutons le n° 205.

  1. Cependant, tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté, ni la capacité de réaction que Dieu continue d’encourager du plus profond des cœurs humains. Je demande à chaque personne de ce monde de ne pas oublier sa dignité que nul n’a le droit de lui enlever.

François n’est pas le premier pape à revisiter nos modes de vie personnels et sociétaux pour amorcer la conversion écologique. Son exhortation se fait plus urgente et plus pressante, car la crise écologique nous met face à nos responsabilités.

  1. Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique et social. C’est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu’on n’achète plus certains produits, et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les forçant à considérer l’impact environnemental et les modèles de production. C’est un fait, quand les habitudes de la société affectent le gain des entreprises, celles-ci se trouvent contraintes à produire autrement. Cela nous rappelle la responsabilité sociale des consommateurs : « Acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral ». C’est pourquoi, aujourd’hui « le thème de la dégradation environnementale met en cause les comportements de chacun de nous ».

Le n° 207 cite la Charte de la terre, déclaration internationale adoptée à La Haye en 2000.

  1. “ Faisons en sorte que notre époque soit reconnue dans l’histoire comme celle de l’éveil d’une nouvelle forme d’hommage à la vie, d’une ferme résolution d’atteindre la durabilité, de l’accélération de la lutte pour la justice et la paix et de l’heureuse célébration de la vie”.

Cette première partie s’achève sur une note d’espoir : l’homme reste capable de se transcender, pour entrer dans une démarche de conversion.

  1. Il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre. […] Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société.

Ce travail de conversion suppose un important effort éducatif. La suite du chapitre aborde cette question essentielle. Ce sera l’objet de notre prochaine émission.

Merci de votre écoute, et à la semaine prochaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

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