Fleur de sel : L S 216-221 La conversion écologique

Fleur de sel Société
Dans la troisième partie du chapitre 6, François nous parle de la conversion écologique. Après nous avoir exhortés à relever le défi éducatif, il nous invite à relever le défi spirituel. Vient d’abord un constat, en forme de repentance : l’attitude des chrétiens n’a pas toujours été ouverte à une spiritualité écologique. Pourtant, vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle de l’expérience chrétienne. La conversion écologique suppose d’abord de « reconnaître ses propres erreurs », par un examen de conscience, en vue d’une réconciliation avec la création. L’encyclique précise ensuite les attitudes qui favorisent cette conversion. Le passage s’achève sur une exhortation aux chrétiens à vivre cette démarche de conversion, à la suite du christ et à la manière de saint François d’Assise.

L S 216 221 La conversion écologique 150621 Fleur de sel

Nous poursuivons notre lecture du sixième et dernier chapitre de Laudato Si’, Education et spiritualité écologiques. Dans la troisième partie du chapitre, François nous parle de la conversion écologique. Après nous avoir exhortés à relever le défi éducatif, il nous invite à relever le défi spirituel. Ecoutons le n° 216.

  1. La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leur origine dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde. Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime, sans « les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire ».

Nous disposons d’un riche héritage spirituel pour entrer dans la conversion écologique. Mais pour François, vient d’abord un constat, en forme de repentance.

Nous devons reconnaître que, nous les chrétiens, nous n’avons pas toujours recueilli et développé les richesses que Dieu a données à l’Église, où la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure.

L’attitude des chrétiens n’a pas toujours été ouverte à une spiritualité écologique.

  1. […] Nous devons aussi reconnaître que certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l’habitude de se moquer des préoccupations pour l’environnement, avec l’excuse du réalisme et du pragmatisme. D’autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne.

La mise au point est claire, et indispensable ! François précise ensuite le préalable à la conversion écologique : elle suppose de « reconnaître ses propres erreurs », par un examen de conscience. François cite au n° 218 les Évêques australiens qui ont su exprimer la conversion en termes de réconciliation avec la création :

  1. […] « Pour réaliser cette réconciliation, nous devons examiner nos vies et reconnaître de quelle façon nous offensons la création de Dieu par nos actions et notre incapacité d’agir. Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement du cœur ».

Le n° 219 souligne que la conversion n’est pas seulement individuelle : elle doit être également communautaire.

  1. Les individus isolés peuvent perdre leur capacité, ainsi que leur liberté pour surmonter la logique de la raison instrumentale, et finir par être à la merci d’un consumérisme sans éthique et sans dimension sociale ni environnementale. On répond aux problèmes sociaux par des réseaux communautaires, non par la simple somme de biens individuels

Le n° 220 précise les attitudes qui favorisent cette conversion.

  1. Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite […] et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 3-4).

Cette conversion implique aussi la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres.

En outre, en faisant croître les capacités spécifiques que Dieu lui a données, la conversion écologique conduit le croyant à développer sa créativité et son enthousiasme, pour affronter les drames du monde en s’offrant à Dieu « comme un sacrifice vivant, saint et agréable » (Bm 12, 1). Il ne comprend pas sa supériorité comme motif de gloire personnelle ou de domination irresponsable, mais comme une capacité différente, lui imposant à son tour une grave responsabilité qui naît de sa foi.

La fin du passage au 221 reprend quelques convictions théologiques fortes exprimées au chapitre 2 : la présence de Dieu en chaque créature, qui « a un message à nous enseigner » ; ou encore l’assurance que le Christ, qui par son incarnation et sa résurrection « a assumé en lui-même ce monde matériel », habite à présent « au fond de chaque être » ; et aussi la conviction que « Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer ». Quand on lit dans l’Évangile que Jésus parle des oiseaux, et dit qu’ « aucun d’eux n’est oublié au regard de Dieu » (Lc 12, 6) : pourra-t-on encore les maltraiter ou leur faire du mal ?

Le passage s’achève sur cette exhortation :

  1. J’invite tous les chrétiens à expliciter cette dimension de leur conversion, en permettant que la force et la lumière de la grâce reçue s’étendent aussi à leur relation avec les autres créatures ainsi qu’avec le monde qui les entoure, et suscitent cette fraternité sublime avec toute la création, que saint François d’Assise a vécue d’une manière si lumineuse.

Merci de votre écoute, et à la semaine prochaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

 

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