Fleur de sel : L S 222-227 Joie et Paix

Fleur de sel Société
Dans la quatrième partie du chapitre 6, sous le titre Joie et Paix, François approfondit ses propositions sur la conversion écologique. Il puise dans le riche héritage de la spiritualité chrétienne pour nous inviter à vivre une sobriété heureuse : simplicité pour lutter contre l’illusion de toute puissance et de domination, sobriété pour réagir contre la logique de consommation et de jouissance illimitées. François propose un chemin de bonheur totalement contraire à la mentalité consumériste et hédoniste : sobriété et humilité sont devenues des vertus contre-culturelles. Face à la crise née de notre démesure, pour sauvegarder une maison commune dont nous commençons à réaliser enfin qu’elle est limitée, une seule réponse possible : le choix volontaire de l’autolimitation. Un chemin profondément spirituel, prenant exemple sur l’attitude de Jésus lui-même.

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Nous poursuivons notre lecture du sixième et dernier chapitre de Laudato Si’, Education et spiritualité écologiques. Dans la quatrième partie du chapitre, sous le titre Joie et Paix, François approfondit ses propositions sur la conversion écologique. Il puise dans le riche héritage de la spiritualité chrétienne pour nous inviter à vivre une sobriété heureuse. Ecoutons le n° 222.

  1. La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. En effet, l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs.

Simplicité pour lutter contre l’illusion de toute puissance et de domination, sobriété pour réagir contre la logique de consommation et de jouissance illimitées.

  1. La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés. On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie.

François propose un chemin de bonheur totalement contraire à la mentalité consumériste et hédoniste : sobriété et humilité sont devenues des vertus contre-culturelles.

  1. La sobriété et l’humilité n’ont pas bénéficié d’un regard positif au cours du siècle dernier. Mais quand l’exercice d’une vertu s’affaiblit d’une manière généralisée dans la vie personnelle et sociale, cela finit par provoquer des déséquilibres multiples, y compris des déséquilibres environnementaux. C’est pourquoi, il ne suffit plus de parler seulement de l’intégrité des écosystèmes. Il faut oser parler de l’intégrité de la vie humaine, de la nécessité d’encourager et de conjuguer toutes les grandes valeurs. La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut que finir par porter préjudice à la société et à l’environnement. Il n’est pas facile de développer cette saine humilité ni une sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais.

Face à la crise née de notre démesure, pour sauvegarder une maison commune dont nous commençons à réaliser enfin qu’elle est limitée, une seule réponse possible : le choix volontaire de l’autolimitation. C’est aussi un chemin profondément spirituel.

  1. Par ailleurs, aucune personne ne peut mûrir dans une sobriété heureuse, sans être en paix avec elle-même. La juste compréhension de la spiritualité consiste en partie à amplifier ce que nous entendons par paix, qui est beaucoup plus que l’absence de guerre. La paix intérieure des personnes tient, dans une large mesure, de la préservation de l’écologie et du bien commun, parce que, authentiquement vécue, elle se révèle dans un style de vie équilibré joint à une capacité d’admiration qui mène à la profondeur de la vie. La nature est pleine de mots d’amour, mais comment pourronsnous les écouter au milieu du bruit constant, de la distraction permanente et anxieuse, ou du culte de l’apparence ? […] Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée».

Renouer le lien avec soi-même pour retrouver l’harmonie avec les frères et avec la nature : c’est aussi un chemin de paix que propose ici François.

  1. Nous parlons d’une attitude du cœur, qui vit tout avec une attention sereine, qui sait être pleinement présent à quelqu’un sans penser à ce qui vient après, qui se livre à tout moment comme un don divin qui doit être pleinement vécu. Jésus nous enseignait cette attitude quand il nous invitait à regarder les lys des champs et les oiseaux du ciel, ou quand en présence d’un homme inquiet « il fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Il était pleinement présent à chaque être humain et à chaque créature, et il nous a ainsi montré un chemin pour surmonter l’anxiété maladive qui nous rend superficiels, agressifs et consommateurs effrénés.

Ici encore, le modèle à suivre, bien sûr, c’est Jésus.

  1. S’arrêter pour rendre grâce à Dieu avant et après les repas est une expression de cette attitude. Je propose aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur. Ce moment de la bénédiction, bien qu’il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie, il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création, reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens, et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin.

A nous de mettre en application au quotidien ce conseil pratique très simple, pour entrer dans la conversion écologique…

Merci de votre écoute, et à la semaine prochaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

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