Fleur de sel : L S 228-232 Amour civil et politique

Fleur de sel Société
Dans la cinquième partie du chapitre 6, sous le titre Amour civil et politique, François poursuit sa réflexion éthique et spirituelle sur le nouveau style de vie qu’il nous propose. Il retrouve les accents franciscains du chapitre 2 : l’amour fraternel auquel Jésus nous appelle à sa suite ne peut être que gratuit et universel. Il nous convoque à une responsabilité éthique particulière, à la fois en vivant nos petits gestes de fraternité à l’exemple de Thérèse de Lisieux et en nous engageant résolument dans la construction d’une civilisation de l’amour. François nous propose ici une conception très large de la vie spirituelle, qui inclut l’engagement par amour au service de la cité.

L S 228 232 Amour civil et politique 290621 Fleur de sel

C’est aujourd’hui la dernière émission de cette quatrième saison de Fleur de Sel. Nous poursuivons sans l’achever notre lecture du sixième et dernier chapitre de Laudato Si’, Education et spiritualité écologiques. Dans la cinquième partie du chapitre, sous le titre Amour civil et politique, François poursuit sa réflexion éthique et spirituelle sur le nouveau style de vie qu’il nous propose. Il retrouve les accents franciscains du chapitre 2 : l’amour fraternel auquel Jésus nous appelle à sa suite ne peut être que gratuit et universel. Ecoutons le n° 228.

  1. La préservation de la nature fait partie d’un style de vie qui implique une capacité de cohabitation et de communion. Jésus nous a rappelé que nous avons Dieu comme Père commun, ce qui fait de nous des frères. L’amour fraternel ne peut être que gratuit, il ne peut jamais être une rétribution pour ce qu’un autre réalise ni une avance pour ce que nous espérons qu’il fera. C’est pourquoi, il est possible d’aimer les ennemis. Cette même gratuité nous amène à aimer et à accepter le vent, le soleil ou les nuages, bien qu’ils ne se soumettent pas à notre contrôle. Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une fraternité universelle.

Cette fraternité universelle nous convoque à une responsabilité éthique particulière.

  1. Il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde, que cela vaut la peine d’être bons et honnêtes. Depuis trop longtemps déjà, nous sommes dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi. Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts ; elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement.

Après François d’Assise, c’est Thérèse de Lisieux qui est proposée en exemple au n° 230, avec sa petite voie de l’amour.

  1. L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. En attendant, le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes.

Au n° 231, la réflexion éthique s’engage à nouveau sur le terrain de la cité.

  1. L’amour, fait de petits gestes d’attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les « macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». C’est pourquoi, l’Église a proposé au monde l’idéal d’une « civilisation de l’amour ». L’amour social est la clef d’un développement authentique : « Pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne, il faut revaloriser l’amour dans la vie sociale — au niveau politique, économique, culturel —, en en faisant la norme constante et suprême de l’action ». C’est une citation du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, n° 582. Dans ce cadre, joint à l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à penser aux grandes stratégies à même d’arrêter efficacement la dégradation de l’environnement et d’encourager une culture de protection qui imprègne toute la société. Celui qui reconnaît l’appel de Dieu à agir de concert avec les autres dans ces dynamiques sociales doit se rappeler que cela fait partie de sa spiritualité, que c’est un exercice de la charité, et que, de cette façon, il mûrit et il se sanctifie.

François développe plus longuement ce même thème de la fraternité, de l’amour politique et de l’amitié sociale dans l’encyclique Fratelli tutti, publiée en octobre 2020, 5 ans après Laudato si’. Achevons notre lecture de ce passage, avec le n° 232. François y évoque à nouveau l’engagement dans les multiples activités de la société civile. Il peut être l’occasion d’une vraie expérience spirituelle, s’il est vécu avec amour.

  1. Tout le monde n’est pas appelé à travailler directement en politique ; mais au sein de la société germe une variété innombrable d’associations qui interviennent en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain. Par exemple, elles s’occupent d’un lieu public (un édifice, une fontaine, un monument abandonné, un paysage, une place) pour protéger, pour assainir, pour améliorer ou pour embellir quelque chose qui appartient à tous. Autour d’elles, se développent ou se reforment des liens, et un nouveau tissu social local surgit. Une communauté se libère ainsi de l’indifférence consumériste. Cela implique la culture d’une identité commune, d’une histoire qui se conserve et se transmet. De cette façon, le monde et la qualité de vie des plus pauvres sont préservés, grâce à un sens solidaire qui est en même temps la conscience d’habiter une maison commune que Dieu nous a prêtée. Ces actions communautaires, quand elles expriment un amour qui se livre, peuvent devenir des expériences spirituelles intenses.

Soulignons combien François nous propose ici une conception très extensive de la vie spirituelle : elle contient toutes les dimensions de notre existence, puisqu’elle concerne non seulement notre manière d’être en relation avec Dieu et de nous adresser à Lui dans la prière, mais aussi notre manière de considérer, de regarder les autres, humains ou non. La fin du chapitre développe la dimension plus religieuse d’une spiritualité écologique, à partir des sacrements. Nous y reviendrons dans la prochaine émission, qui aura lieu après l’été.

Nous vous souhaitons donc un bel été, chers auditeurs de Fleur de Sel, vous invitant à relire et méditer Laudato si’. Et rendez-vous à la rentrée, pour achever ensemble la lecture de Laudato si’, et une nouvelle saison de Fleur de Sel.

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