Fleur de sel : L’état de notre maison commune, demain et après-demain

Fleur de sel Société
Le dernier rapport du GIEC décrit l’état à venir de notre maison commune, la Terre. Sera-t-elle pour longtemps encore la maison de tous ?
Le niveau de la mer va monter, de toutes façons. Nous pouvons éviter d’aggraver les tempêtes et les cyclones si nous arrêtons totalement, le plus rapidement possible, de brûler du pétrole et du gaz, dans les dix ans qui viennent. Les supposées solutions techniques de captation du carbone seront inefficaces.
Comme l’écrivait le pape François dans Laudato si, ” il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. “

L etat de notre maison commune demain et apres demain 051021 Fleur de sel

Le dernier rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) décrit l’état à venir de notre maison commune, la Terre. Sera-t-elle pour longtemps encore la maison de tous ?

L’impact de l’activité humaine est confirmé : l’augmentation de la température due à l’activité humaine entre 1850 et 2010 est de 0,8 à 1,3 °C, tandis que le forçage naturel (les effets de la variation de l’activité du soleil, l’inclinaison de la Terre…) est + 0,1 °C. maximum donc notre activité explique 90 % de l’augmentation de la température.

Paru au cours de l’été, le 7 août, ce premier rapport de la 6e mise à jour des travaux du GIEC pose les bases scientifiques et techniques du réchauffement climatique et sera suivi en 2022 par deux rapports sur les conséquences du réchauffement et sur les pistes d’action. Dès à présent on peut en tirer trois idées forces.

Le réchauffement entraîne une augmentation du niveau de la mer qui va s’accentuer au cours des siècles à venir, quoi que nous fassions, du fait de la quantité de chaleur emmagasinée par les océans. Le niveau moyen de la mer a augmenté de 20 cm entre 1901 et 2018. Le taux moyen d’augmentation accélère, il est de 1,3 mm entre 1901 et 1971, 1,9 mm/an entre 1971 et 2006, et 3,7 mm entre 2006 et 2018.

Nous avons donc un devoir de préparer la migration de centaines de millions de personnes (on estime que 600 millions de personnes vivent dans des zones à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, zones menacées par cette montée des eaux).

Pour le 21e siècle le niveau exact de montée des eaux est encore incertain, entre 30 cm et 1 mètre, mais ce que l’on constate déjà c’est le recul du trait de côte, qui est au niveau mondial en moyenne de 50 cm par an pour les côtes sableuses. Soit 25 mètres d’avancée de la mer à la fin du siècle. De nombreux habitants des côtes seront obligés de migrer. Dans notre région, les paludiers de Guérande, les éleveurs des marais, les habitants de Noirmoutier, seront directement concernés.

La seconde idée est que nous pouvons en revanche limiter les effets à court terme (sécheresse en particulier sur tout le pourtour méditerranéen, pluies, orages, cyclones, inondations…) en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre dès maintenant.

Ces effets en Europe ce sont les précipitations qui augmenteraient dans le nord et diminueraient au sud, surtout en hiver. La sécheresse augmenterait dans le bassin méditerranéen. Les inondations vont augmenter en Europe, la sécheresse va augmenter surtout sur la zone méditerranéenne.

Les précipitations augmenteront en France au nord de la Loire, mais la sécheresse du sol également du fait de l’augmentation de l’évaporation. Sud Loire, les précipitations diminuent, la sécheresse augmente.

Il y aura moins de jours de pluie mais des précipitations plus fortes du fait de l’influence de El Nino oscillation sud, un phénomène océanique.

Il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre dès maintenant car plus nous dépassons le niveau acceptable de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, plus il sera difficile de le réduire.

Sans entrer dans les explications techniques, retenons que plus il y a de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, plus les océans et la terre deviennent non plus des espaces de stockage, mais des sources de carbone. Donc les techniques de retrait de carbone sont de moins en moins efficaces. Ceci renforce l’urgence de réduction de notre consommation utilisant les gaz à effet de serre (biens produits industriellement, transport, chauffage). La solution n’est pas technique comme certains voudraient le faire croire (fabriquer de l’énergie avec du carbone, l’enfouir dans le sol, et autres inventions), elle est sociale. C’est tout l’intérêt d’un rapport scientifique de relativiser la place de la technique. Nous sommes tous appelés à changer notre mode de vie, à aller vers la sobriété.

La troisième idée est que les effets du réchauffement pourraient être accentués, aggravés, par des phénomènes encore incertains : fonte des sols gelés en Sibérie et en Alaska (le permafrost) qui libèreraient d’énormes quantités de carbone (et des virus). Nous utilisons le conditionnel mais fonte est très probable au 21e siècle, il faudrait utiliser le futur simple. Disparition des forêts boréales au Canada et en Sibérie, des forêts tropicales en Amazonie et en Afrique donc arrêt de ces puits de carbone, arrêt du courant médio océanique lié au Gulf Stream…

Il est certain, selon les experts du GIEC que l’augmentation de la température par rapport à la période 1850-1900 dépassera les 1,5°C au cours de ce siècle, contrairement aux engagements pris en 2015 à Paris, quel que soit le scénario. Mais nous pouvons encore agir pour la diminuer ensuite, après ce dépassement.

À compter de 2018 le budget carbone restant pour éviter une température supérieure de 1,5°C était de 580 GtCO2. A émissions constantes ce budget serait épuisé en 2032. C’est donc à cette date que nous devrions vivre avec zéro brûlage de carbone, zéro utilisation de pétrole et de gaz. C’est dans dix ans.

Cela dépend évidemment de décisions gouvernementales, par exemple les subventions aux énergies fossiles sont beaucoup plus importantes aujourd’hui, que les subventions aux énergies dites renouvelables, les aides à l’agriculture biologique sont beaucoup moins importantes que les aides à l’agriculture classique à base de pétrole (pour les machines) et de produits chimiques (pour les engrais). Cela dépend aussi de nous, de nos achats, de nos déplacements, de notre chauffage…

Si les gouvernements ne s’engagent pas suffisamment, à nous d’agir. Comme l’écrivait le pape François dans Laudato si, ” il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. ” (LS 179).

Arnaud du Crest

 

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