Fleur de sel : Le choix des sobriétés

Fleur de sel Société
L’émission propose de découvrir un livre publié en février 2021, « Le choix des sobriétés. Des idées pour passer à l’action », par le Pacte Civique. Il s’agit d’un ouvrage collectif, et rédigé à partir des contributions d’une vingtaine de personnes, philosophes, élus municipaux, juristes, entrepreneurs, citoyens, engagés ou non, universitaires, représentants d’associations, cadres d’entreprise, et même un gilet jaune. Ce n’est pas un guide pratique de la sobriété, mais plutôt une réflexion chorale autour de ce thème. Son intérêt, outre la grande diversité des expériences, est de souligner que la sobriété ne doit pas être imposée et subie par les personnes, mais volontaire, si elle veut être heureuse. Avec une proposition intéressante dans la conclusion : rajouter la sobriété comme quatrième valeur à notre devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, Sobriété…

Le choix des sobrietes 121021 Fleur de sel

Bonjour, chers auditeurs de Fleur de Sel. Nous sommes très heureux de vous retrouver pour une nouvelle émission. Aujourd’hui, Loïc, vous nous proposez de découvrir un livre publié au début de cette année, « Le choix des sobriétés. Des idées pour passer à l’action ».

Oui, Olivier, il s’agit d’un ouvrage collectif, initié par le Pacte Civique, et rédigé à partir des contributions d’une vingtaine de personnes, philosophes, élus municipaux, juristes, entrepreneurs, citoyens, engagés ou non, universitaires, représentants d’associations, cadres d’entreprise, et même un gilet jaune. L’ouvrage est introduit par Pablo Servigne, l’inventeur français de la collapsologie, et conclu par Jean-Baptiste de Foucauld, ancien commissaire général au plan et promoteur de l’abondance frugale.

Beaucoup de joli monde, donc ! Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le Pacte Civique ?

Il s’agit d’un mouvement lancé en 2011, suite à une réflexion commune conduite par plusieurs associations autour du thème : « Face à la crise, penser, agir, vivre autrement en démocratie ». On trouve dans ses initiateurs, outre Jean-Baptiste de Foucauld, François Chérèque, Jean Paul Delevoye, Jacques Delors. Le collectif s’est construit autour de 4 valeurs fondatrices : la créativité, la sobriété la justice ; la fraternité. Quatre valeurs à conjuguer ensemble pour construire le monde de demain.

C’est donc d’abord un lieu de réflexion et de débat éthique ?

Oui, un lieu de réflexion et d’engagement, qui se veut trans-politique, rassemblant des personnes de toutes croyances ou non croyances. Il fait de la sobriété un enjeu de transformation personnelle, économique et écologique.

D’où cet ouvrage, Le choix des sobriétés. Pouvez-vous à présent nous en dire davantage sur son contenu, Loïc ?

Bien sûr. L’ouvrage se présente comme une série d’extraits d’interviews, ce qui lui donne parfois un caractère un peu décousu, mais le rend facile à lire. Ce n’est pas un guide pratique de la sobriété, mais plutôt une réflexion chorale autour de ce thème. Le livre comprend 10 chapitres, eux-mêmes regroupés en 3 grandes parties. La première partie, plus théorique, propose quelques approches du concept de sobriété. La deuxième partie propose « Cinq fils rouges » pour mettre la sobriété en pratique. La troisième partie veut répondre à la question « Comment être sobre ? », à partir de témoignages personnels, très diversifiés.

Voilà un programme alléchant. Que peut-on retenir de la première partie, sur les approches théoriques de la sobriété ?

Peut-être un extrait de la définition proposée par le philosophe Dominique Bourg, qui cherche à articuler la dimension écologique, à travers les limites planétaires et la disponibilité des ressources, la dimension de la justice sociale, et enfin une dimension spirituelle. « La sobriété doit être un nouveau modèle de comportement. Elle a toujours été la voie nécessaire pour développer en soi autre chose que l’appétit le plus matériel qui est en chacun de nous ».

Les dimensions écologique et spirituelle de la sobriété, je vois à peu près, mais comment décliner la dimension justice sociale de la sobriété ?

Patrick Viveret, qui définit la sobriété comme « une alternative à la démesure », répond à la question en soulignant que la sobriété doit absolument s’appuyer sur la justice et la fraternité. D’autres contributeurs insistent sur l’enjeu démocratique de la sobriété, afin qu’elle ne soit pas imposée mais librement consentie. J’aime bien la formule de Pablo Servigne dans son introduction : « Dans un monde de compétition, la sobriété n’est pas compatible avec la justice car elle est synonyme de perdant. Ce n’est donc que dans un contexte d’entraide que la sobriété rejoint la justice et la fraternité ».

J’entends bien ces aspects théoriques, merci, mais plus concrètement, comment organiser la sobriété dans les différents aspects de la vie personnelle et collective ?

C’est précisément l’objet de la deuxième partie de l’ouvrage, axée autour de cinq fils rouges. Le premier est l’approche générationnelle des questions environnementales. La sobriété écologique n’est pas reçue et vécue de la même façon entre générations, sans qu’on puisse parler de fracture. Plusieurs contributions témoignent des démarches de changement en cours chez les plus jeunes, qui renoncent volontiers à une promesse de carrière, ou à un statut social établi, pour choisir métiers et modes de vie plus en rapport avec leurs convictions, avec plus de sens. D’où la nécessité d’un dialogue intergénérationnel à double sens, quand les aînés et les plus jeunes s’interrogent mutuellement sur leurs modes de vie !

On se demande aussi, souvent,  quel est le bon niveau pour conduire ce changement, le niveau personnel ou le niveau collectif ?

C’est une excellente question, Olivier. Le livre y répond d’abord en mettant en valeur l’importance des territoires dans la conduite des transitions. Le second fil rouge rapporte plusieurs témoignages d’élus locaux, qui montrent combien les enjeux sont importants par exemple au niveau de la commune. Le territoire, urbain ou rural, est souvent la bonne échelle pour démarrer une politique publique de transition, et accompagner les choix individuels. Les exemples sont riches et nombreux : c’est peut-être la partie la plus intéressante de l’ouvrage.

C’est important de pouvoir témoigner de ces expériences, surtout quand elles sont réussies. En est-il question dans Le choix des sobriétés ?

Oui, Olivier, c’est le troisième fil rouge, le récit comme besoin impérieux. Le récit aide à la création d’une identité collective, et en assure la continuité. « Nous avons besoin d’un récit pour transmettre un désir d’humanité », souligne encore Patrick Viveret. Il faut raconter des expériences pour construire un imaginaire positif, qui remplace celui de la croissance et de la surconsommation, et donner envie d’expérimenter la sobriété…

Vous aviez annoncé cinq fils rouges ; il vous en reste donc deux, Loïc ?

Les deux derniers associent la dimension collective de la sobriété avec les changements de vie personnels. C’est une conviction que nous partageons avec le Pacte Civique, et sur lequel le pape François insiste dans Laudato si’ :  la nécessité de conduire ensemble le changement au niveau politique et social, dans les structures démocratiques et économiques, et la conversion personnelle, dans les changements de nos modes de vie individuels. La troisième partie du livre, Comment être sobre ?, propose quelques exemples de gestes personnels de sobriété, avant de relever quelques difficultés de mise en œuvre. C’est intéressant, quoique un peu décousu car les choix sont de natures très différentes, selon la situation des personnes. Le grand intérêt, outre la grande diversité des expériences, est de souligner une fois de plus que la sobriété ne doit pas être imposée et subie par les personnes, mais volontaire, si elle veut être heureuse.

On retrouve encore une idée qui nous est chère, dans cette émission.

C’est exact. Et la conclusion de l’ouvrage, sous la plume de Jean-Baptiste de Foucauld, avance une suggestion intéressante : rajouter la sobriété comme quatrième valeur à notre devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, Sobriété…

Voilà une proposition originale, à méditer. Où peut-on se procurer ce livre ?

Le choix des sobriétés, par le Pacte Civique, est paru aux Editions de l’Atelier. L’ouvrage est disponible en librairie, chez Siloé, ou peut être commandé sur le site Internet du Pacte Civique.

Merci pour ce conseil de lecture, Loïc. Et à la semaine prochaine, chers auditeurs de Fleur de Sel.

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