Fleur de sel : Le projet d’un CHU sur l’île de Nantes

Fleur de sel Société
Le projet de nouveau CHU sur l’ile de Nantes est au croisement du soin des hommes et du soin de la Création, de la prise en compte de ses contraintes. Au croisement « de la clameur de la terre et de la clameur des pauvres », comme le dit le pape François. Il repose la question de la pratique démocratique, du débat, dans les grands projets.

Le projet dun CHU sur l ile de Nantes 261021 Fleur de sel

GAELA (Groupement d’Analyses et d’Études de Loire-Atlantique), approuve le projet de regroupement des établissements hospitaliers du CHU (Hôtel Dieu et Hôpital Laënnec) mais critique fortement le site de l’île de Nantes, imposé. Pour de nombreuses raisons :

 

Exiguïté du site de l’île de Nantes

10 ha, alors que le CHU est propriétaire d’un terrain de 50 ha à St Herblain (Laënnec),

Pas d’extension possible alors que la population croît rapidement et que l’on construit un CHU pour 50 ans et les évolutions à venir.

Finalement, maintien de l’hôpital Laënnec : renoncement du plan de charge initial (regroupement des établissements hospitaliers) et obsolescence du plan de financement (comprenant la vente de Laënnec et des terrains).

 

Terrain alluvionnaire et pollué

Pose de 2500 pieux : surcoût très important

Présence de nombreuses bombes non éclatées de la dernière guerre mondiale

 

Terrain inondable

Après des années de déni, l’inondabilité du site est enfin admise par tous. À noter qu’une crue centennale ou millénale peut survenir demain. Ce risque nécessite le cuvelage spécial du sous-sol et la sur élévation des appareils techniques sensibles : surcoût énorme.

Après l’inondation de l’hôpital de Carcassonne (octobre 2018), Agnès Buzyn avait déclaré que l’on ne construira plus un hôpital en zone inondable, à fortiori un CHU ! Et pourtant on impose un CHU sur l’île de Nantes, inondable !

En cas de crue, l’accès au CHU sera compromis : non résilience de la Métropole.

 

Risque d’affaissement

Le pompage de la nappe phréatique sous le bâtiment pour le rafraîchissement de l’air avec rejet de l’eau chaude dans la Loire peut amener un affaissement du terrain.

 

Accessibilité très difficile

Le MIN a eu l’obligation de quitter l’île de Nantes pour inaccessibilité et urbanisme en développement. Mais « on » y met un CHU !

Projet de 3 lignes de tramway vers l’île de Nantes : 350 millions d’euros (alors que le prolongement facile des lignes 1 et 3 en boucle vers Laënnec serait beaucoup moins onéreux.

Surcoût important (et sans doute inefficace) en rappelant que 2/3 des patients habitent hors agglomération, et des parkings : largement insuffisants. L’ambulatoire doit être développé : les malades ne viendront pas en vélos…

Il faut souligner ici le problème de la prise en charge des AVC : les délais nécessairement très réduits de prise en charge ne pourront plus être respectés.

 

Urgences

Les 2 urgences de la Métropole (Confluent, CHU) seront situées sur le même bras sud inondable de la Loire. Si inondation, problème de résilience majeur

 

Sous les avions de Nantes Atlantique

NDDL a été la condition pour maintenir permettra de garder le projet CHU sur l’île de Nantes. Mais NDDL ne s’est pas fait : « on » maintien le projet sur l’île, sous les avions

de Nantes Atlantique ; or, les nuisances sonores sont clairement reconnues pour  impacter la qualité de la vie (des malades et des personnels…). Surcoûts importants : un triple vitrage, peu efficace…

 

Il faut ici souligner les résultats de 2 avis publics officiels :

    – concertation citoyenne 2021 sur le projet CHU : majorité de rejets en raison du site, de son inondabilité et son inaccessibilité

    – consultation citoyenne 2021 sur projet tramway vers l’île de Nantes : rejet massif des habitants des deuxième et troisième couronnes qui s’estiment abandonnés

     Mais qui se soucie encore de l’avis des citoyens ?

 

Réduction des lits et postes

Inadmissible (cf. Covid) en raison de l’augmentation importante de la population qui vieillit

Moins importante que prévue à cause de Laënnec mais il s’agit surtout de postes de soins de suite et gériatrie. Le problème de la réduction des délais de prise en charge, beaucoup trop long, est loin d’être résolu.

 

Scandale financier

De 350 M€ en 2009 le projet est annoncé et accepté pour 953 M€ en 2019.

On s’aperçoit que le projet est sous dimensionné :

       – on garde en activité l’Hôpital Laënnec

       – le budget explose, à plus d’1,2 milliard d’euros

       – le plan de financement est chamboulé (non-vente de Laënnec et son terrain)

La Chambre régionale des Comptes avait émis fin 2020 de sérieuses réserves sur la soutenabilité et la faisabilité du projet à 953 M€. Qu’en est-il pour 1,2 Md€ ?

On peut facilement imaginer que l’on n’en restera pas à ce chiffre de 1,2 Md€, compte tenu notamment de la rareté actuelle des matières premières et des modifications imposées en cours de chantier toujours onéreuses et de la mise à l’écart brutale de la maîtrise d’œuvre en charge du projet sur fond de désaccord financier majeur.

 

Il faut souligner ici le scandale des surcoûts financiers importants liés au choix du site : pieux, cuvelages, triple vitrages…, aux dépends de la qualité des soins.

    

Les difficultés financières auxquelles le CHU va devoir faire face va considérablement réduire ses capacités d’investissement, notamment dans les appareillages de haut niveau, nécessaires à un CHU régional de référence, au risque d’un déclassement rapide.

 

Problème sécuritaire

Le décret 2009-1762 du 30/12/2009 impose la sécurisation des établissements   hospitaliers contre les événements indésirables (intrusions…), or le projet actuel du CHU sur l’île de Nantes le laisse largement ouvert et accessible à tous et ne répond pas aux exigences du décret cité.

 

 Une opposition plurielle s’est constituée, politique, syndicale, associative. Sans être exhaustif : UDC, FI, Nantes en commun, St Herblain en commun, élus citoyens et écologiques, des élus EELV, des élus LREM-Modem, la CHT CHU Nantes, la CGT 44, Attac 44, GAELA, signature de 150 élus et maires de Loire Atlantique …

 

Au total, le projet de CHU sur l’île de Nantes présente de nombreuses difficultés notamment liées au choix de ce site d’implantation.

Comme la majorité des opposants, nous réclamons un moratoire permettant de réfléchir à un projet alternatif mieux adapté à la large population concernée. Ceci d’autant plus qu’il existe une alternative évidente : le site hospitalier Nord, sans surcoûts inutiles, d’accès facile y compris par tramway (lignes 1 et 3), et avec un positionnement équilibré des urgences, nord-sud. Ceci pouvant être réalisé étapes par étapes pour en faciliter le déroulement.

 

Bernard Le Mével, Jean-Marie Ravier, pour GAELA, octobre 2021

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