Fleur de sel : les événements de la MDP de cet été et leur relecture spirituelle

Fleur de sel Société
Le collège du Bon Conseil, au centre de Nantes, fermé depuis plusieurs années, a été occupé par pendant près de deux ans par des personnes à la rue qui en ont fait une « Maison du Peuple » ouverte et accueillante. Cet été ils ont été expulsés. Nous recevons Robert Grenier, diacre permanent, qui a accompagné cette expérience.

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Bonjour aujourd’hui, nous allons évoquer un événement qui s’est déroulé cet été à Nantes. Nous accueillons Robert, diacre permanent du diocèse de Nantes, qui est très investi dans l’accueil des personnes fragiles, notamment au sein du squat de Notre Dame du Bon Conseil au centre de Nantes. Les personnes occupant ce squat ont été expulsées le 28 juillet dernier.

Robert peux-tu nous dire ce qui se vivait dans ce squat que l’on nommait la Maison du Peuple ?

Pendant plusieurs mois je me suis rendu dans l’ancien collège Notre-Dame du Bon Conseil, en centre-ville. En octobre 2019, un collectif y a installé des migrants, avec la volonté d’y créer un « centre social autogéré »… Il s’agissait d’une occupation illégale, qui n’est pas sans conséquences pour la Fondation de la Providence, propriétaire du lieu.

Le diocèse a aussi voulu renouer le dialogue avec les occupants. Des bénévoles ont été invités à créer des liens, et à agir pour améliorer le sort des occupants du squat.

Un accueil était assuré pour tous ceux qui arrivaient et une visite des lieux permettait de prendre connaissance des espaces et de leurs attributions- pour les hommes, les femmes et les familles – et de l’organisation de ce lieu: par exemple une fois par semaine une réunion permettait d’anticiper les éventuels conflits, avec des interprètes. De la même façon, l’apprentissage du français et les démarches administratives ou médico-sociales étaient pris en charge par la communauté et les services dédiés. Enfin tout l’aspect des loisirs, de la culture était proposé, y compris par différents groupes extérieurs. Certains spectacles ont même été soutenus par la mairie.

L’idée de fond était de faire de la Maison du Peuple un véritable lieu de vie ouvert sur l’extérieur où plusieurs communautés pouvaient se croiser et vivre ensemble ! Et c’est ce qui s’y vivait !

Et quel sens cette expérience avait-elle au regard du message de Laudato si’ 

Dans l’encyclique, il est question de l’accueil des fragilités : François écrit que c’est un non-sens de s’intéresser à la protection de la nature, si on délaisse nos frères fragiles et dans le besoin (LS 91).

Par ailleurs, l’expérience de la Maison du Peuple de Nantes mettait en avant la conviction de l’importance de l’émancipation et de la reconstruction des personnes. Cette dignité retrouvée est également au centre de Laudato si’ et tout le sens de l’organisation de ce lieu tendait à permettre à chacun de se prendre en charge.

Voir ainsi des personnes en précarités s’occuper de précaires avec une organisation très construite devrait nous aider à réfléchir en Eglise à la place des plus pauvres.

Mais il s’agissait d’un squat ! Quelle place accorder à la propriété privée, à la finance ? 

Et oui, il s’agissait bien d’un squat, donc de la violation d’une propriété privée ! Mais l’encyclique nous rappelle que selon la Doctrine Sociale « la propriété privée est subordonnée à la destination universelle des biens » (LS 93). S’il s’agit bien d’une propriété privée, ou comme tous ces bâtiments à vocation publique, ne doit-elle pas être assortie d’une mission d’intérêt général ?  Ne peut-elle pas participer, à sa mesure, par exemple, à l’amélioration des conditions de vie des plus fragiles ?

D’autre part, pour ce qui concerne les aspects financiers, l’encyclique rappelle que « l’économie ne doit pas se soumettre aux diktats […] d’efficacité de la technocratie ». LS 189.

Bon, mais faut-il parler d’un accueil inconditionnel ?

Un accueil inconditionnel du cœur oui bien sûr ! Mais pour bien accueillir, il est indispensable que les conditions matérielles, logistiques soient respectées. Ainsi, dans le squat du Bon Conseil, les règles de vie étaient très strictes, et ceux qui ne les respectaient pas pouvaient être mis dehors. Pour notre Eglise, si nous pouvons admettre que son rôle n’est pas de remplacer les défaillances de l’Etat et que ses capacités d’accueil connaissent leurs limites, je crois vraiment que dans cette période difficile ou des enfants, des femmes et des hommes dorment dans les rue de Nantes, l’Eglise peut donner et doit donner un formidable élan. Elle peut se donner les moyens de mettre en pratique sa mission, y compris dans ce domaine de l’urgence.

Un groupe de chrétiens indignés par la violence de cette expulsion a réagi auprès de l’évêque. Celui-ci a reçu une délégation des représentants du squat et une autre de ce groupe de chrétiens. Dans un dialogue renoué, L’évêque a proposé aux chrétiens engagés auprès des précaires un temps de relecture spirituelle de cet événement. Tu y as participé. Qu’en as-tu retenu ? 

Les disciples d’Emmaüs ont connu ce terrible désarroi après la mort de Jésus. Il les a invités, sans se faire reconnaitre au début, à relire l’événement à la lumière des écritures.

Nous avons réfléchi ensemble à partir de ce texte avec quelques questions:

  • Où est-ce que le Christ nous a donné rendez-vous ? Qu’est-ce qu’il est venu nous dire ?
  • Qu’est-ce qui avait saveur d’Évangile à la Maison du Peuple ?
  • Comment avons-nous été capables de témoigner de l’Évangile ?
  • Comment cette expérience a fait grandir notre foi ?

J’ai trouvé cette démarche importante pour nous permettre de continuer notre mission ensemble. L’exemple de la MDP nous permet bien d’aller vers les périphéries et non de faire venir les personnes des périphéries dans nos églises. C’est bien le sens de l’invitation de François. Jésus allait vers les pauvres, les exclus, les précaires les malades, il ne les amenait pas à la synagogue.

Et maintenant que peut-on se donner comme ambition raisonnable ?

Le chemin à venir sera difficile mais heureux, à l’image des disciples d’Emmaüs qui sont revenus à Jérusalem en courant lorsqu’ils ont reconnu Jésus

Il est indispensable, pour avancer, de réfléchir à plusieurs, de sensibilités différentes, pour reconnaître l’évangile dans nos vies et mettre en adéquation nos paroles et nos actes.

Pour ouvrir des voies nouvelles, on pourrait mettre en commun nos idées de pistes dans ce domaine pour vivre Laudato si’ dans le concret. Par exemple que les lieux d’église inoccupés voués à la démolition, puissent être mis à disposition temporairement à des associations avec un bail précaire pour permettre aux plus fragiles de se poser.

C’est important aussi de mettre en valeur en interne et en externe tous les mouvements dans lesquels s’engagent de nombreux chrétiens en faveur des personnes fragiles.

Welcome, logis St Jean, les accueils paroissiaux et bien d’autres.

Enfin, il serait intéressant de réfléchir collectivement comment impliquer les chrétiens dans la construction d’une pastorale d’accueil des plus fragiles pour donner sens et épaisseur à Laudato si’. 

Merci Robert de ton témoignage. On peut en savoir davantage en se reportant au magazine Eglise en Loire Atlantique de mai 2021 dans lequel tu as donné une interview qui développe davantage cette expérience et comment elle a enrichi ton diaconat.

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