Fleur de sel : Commerce équitable et Laudato’si

Fleur de sel Société
Le pape François nous rappelle dans l’encyclique Laudato si’ que tout est lié. Ainsi l’acte de consommer a un impact à la fois sur le producteur, sur les différents intermédiaires et sur l’environnement. Le commerce équitable constitue un outil pour mettre en application le message de cette encyclique. Nous recevons Philippe Blaise, militant dans l’association NAPCE (Nord Sud Agir Pour le Commerce Equitable)

Commerce equitable et Laudato si 161121 Fleur de sel

Aujourd’hui, nous allons parler de commerce équitable, c’est un sujet qui a déjà été traité à Radio Fidélité, mais aujourd’hui, nous allons l’aborder à la lumière de l’encyclique Laudato’si.

Nous recevons Philippe qui milite depuis 15 ans dans une association qui fait la promotion de cet outil,

D’abord, Philippe, peux-tu nous rappeler ce qu’est le commerce équitable ?

  • Pour répondre succintement à cette question, je prendrai l’exemple d’une chaîne commerciale qui se développe du producteur au consommateur
    • entre les deux, il y a des intermédiaires, des transformateurs, des distributeurs
    • Dans le commerce conventionnel, le distributeur cherche à minimiser les prix pour satisfaire le consommateur.
    • En remontant la chaîne, chaque acteur économique prend sa part et il ne reste que les miettes pour le producteur !
    • Ce phénomène se vérifie dans les échanges Nord Sud, comme pour le thé, le cacao, les bananes etc, mais également dans les échanges Nord Nord pour le lait, les fruits, les légumes par exemple.
  • Le principe du commerce équitable est de s’intéresser d’abord aux coûts de production chez le producteur, et de calculer un prix de la matière première qui permette au producteur de vivre dignement de son travail, en s’appuyant sur un dialogue fondé sur la justice, la transparence et la démocratie.

 

Le but du commerce équitable est donc de permettre aux producteurs de vivre dignement de leur travail, mais n’est ce pas également de leur permettre de conquérir leur autonomie ?

  • Absolument, pour cela ils s’organisent en coopérative, ce qui leur permet d’avoir davantage de poids pour négocier les prix, et d’être plus fort face aux pouvoirs politiques et économiques. En outre, la coopérative perçoit une prime de 10 % sur le produit des ventes dont l’utilisation est décidée collectivement pour améliorer les méthodes de production par de la formation, ou pour améliorer les outils de production, ou pour construire un dispensaire, une école etc…
  • Cette autonomie est particulièrement indispensable dans les pays du sud, où les paysans sont soumis à des pressions financières : ainsi dans le commerce conventionnel, ils n’ont pas le choix de leur prix de vente ; des pressions foncières car ils sont souvent expulsés de leurs terres, ou encore des pressions politiques quand, lorsqu’ils réclament leur dû, ils sont inquiétés voire supprimés.
  • Le dernier pilier du commerce équitable est d’amener les producteurs à mettre en œuvre des techniques agricoles respectueuses de l’environnement, en pratiquant entre autres l’agroforesterie et en respectant la biodiversité. C’est aussi un moyen de s’adapter ou de lutter contre le déréglement climatique dont les paysans du Sud sont les premiers à supporter les conséquences .

 

Mais en quoi l’encyclique Laudato’si trouve-t-elle un prolongement dans le commerce équitable ?

  • D’abord le pape Francois invite à la conversion, et à nous interroger sur notre rapport à la terre bien sûr mais aussi à tout ce qui l’entoure y compris les humains qui la composent et les relations entre eux.
  • Cette conversion, nous y sommes invités en questionnant notre attitude à l’égard des paysans qui produisent notre nourriture que ce soit dans les pays du sud ou du nord. Et cette attitude se manifeste entre autre à travers notre acte d’achat. Par exemple lorsque nous achetons au plus bas prix possible, est ce que nous nous interrogeons sur la part qui revient au producteur ? sur ses conditions de travail? sur l’autonomie dont il dispose dans ses choix d’exploitation ? sur sa capacité à nourrir sa propre famille ? à éduquer et soigner ses enfants ?

 

Par ailleurs, dans Laudato’si, il est aussi question de justice et d’équité ?

  • Bien sûr, à mon sens cela signifie que tout personne doit avoir un égal accès aux ressources, foncières, financières, éducatives, naturelles, quel que soit sont statut, et que la concentration des richesses ne fait pas partie du plan de Dieu pour les hommes. Ors le commerce équitable est basé sur la transparence, la justice et la démocratie. Par exemple la filière du café est tenue par quelques multinationales qui font la loi du marché et impose des cours mondiaux insoutenables pour que le producetur puise vivre décemment de son travail ; en respectant les standards du commerce équitable, l’acheteur de la matière première prend en compte la dignité du producteur, et le paysan a la capacité de s’organiser et de vivre décemment de son travail.
  • Le pape François nous dit dans l’encyclique Laudato’si que « tout est lié » et qu’il ne suffit pas de respecter la nature si l’on ne prend pas en compte également la dignité de l’homme. Le commerce équitable, par l’acte d’achat assumé, est bien un outil concret pour mettre en œuvre le message de l’encyclique.

 

Mais le commerce équitable, c’est une sorte de charité envers les pays du sud, non ?

  • Acheter des produits équitables un peu plus cher, ce n’est pas de la charité condescendante, c’est le choix de pratiquer la justice, de permettre à tous de vivre dignement et de lutter pour que notre terre soit un lieu de partage et de justice.
  • Les paysans qui cultivent notre nourriture ne sont pas des sous hommes que nous pourrions ignorer dans notre rôle de consommateur, le pape François nous invite au contraire dans Laudato’si à prendre tout être humain en considération et à régler nos choix pour que tous aient droit à la même dignité

 

En conclusion, que veux-tu nous dire ?

  • Je crois que depuis que je milite dans une association qui fait la promotion du commerce équitable, j’ai pris conscience que cette démarche constituait un choix de vie. Que toutes les difficultés que nous connaissons aujourd’hui trouvent leur source dans l’importance grandissante des inégalités et que l’une des clefs pour faire face à ces problèmes c’est le partage des richesses. Cela passe d’abord par des petits gestes individuels comme acheter des produits issus du commerce équitables qui est un moyen ouvert à toutes les bourses, et puis d’autres outils existent qui permettent de partager : dans la finance, dans la gestion du foncier, dans l’accueil des précaires.

 

Merci Philippe, voilà donc chers auditeurs, un moyen de faire du concret, dans le prolongement du message du pape François dans Laudato si’. Nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour une autre émission Fleur de sel.

 

 

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