Fleur de sel : Le déluge a commencé

Fleur de sel Société
Non tant par la pluie, par la montée des mers et des océans. L’augmentation de la température de l’eau, la fonte des glaciers terrestres et la fonte des calottes glaciaires, a commencé et va durer des siècles, indiquent les scientifiques du GIEC dans leur dernier rapport (août 2021).
À la fin du siècle, quoique nous fassions désormais, le niveau des mers aura augmenté probablement de 50 cm à 2 mètres. Le niveau continuera à monter au cours des siècles suivants.

Le deluge a commence 231121 Fleur de sel

Le déluge selon la Genèse

” Les eaux crûrent et soulevèrent l’arche, et elle s’éleva au-dessus de la terre. Les eaux grossirent et s’accrurent beaucoup sur la terre, et l’arche flotta sur la surface des eaux. Les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes. Les eaux s’élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes, qui furent couvertes. Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes. Les eaux furent grosses sur la terre pendant cent cinquante jours.”

Genèse 7, 18-24

 

Ce texte écrit il y a 2 500 ans pourra bientôt s’appliquer à nous. Que l’on pense aux inondations de de la vallée de La Roya, de La Nouvelle Orléans ou aux cyclones sur les côtes américaines.

 

Le déluge a commencé. Non tant par la pluie, dont l’eau remonte après être tombée dans les nuages, que par la montée des mers et des océans. Celle-ci qui a pour origine l’augmentation de la température de l’eau, la fonte des glaciers terrestres et la fonte des calottes glaciaires, qui a commencé et durer des siècles, indiquent les scientifiques du GIEC dans leur dernier rapport (août 2021).

À la fin du siècle, quoique nous fassions désormais, le niveau des mers aura augmenté de 30 à 90 cm selon les estimations les plus prudentes, plus probablement de 50 cm à 2 mètres. Le niveau continuera à monter au cours des siècles suivants, de 6 à 20 mètres. En effet on ne peut pas arrêter un glacier qui a commencé à fondre, pas plus que l’on ne peut extraire des océans la chaleur accumulée depuis plus de 100 ans (les océans accumulent 90 % de la chaleur produite par l’homme). Or, comme chacun sait, quand on chauffe de l’eau, elle prend plus de volume.

 

Des populations devront quitter leurs terres, leurs champs, leurs usines, leurs maisons. Soit que leur territoire s’écroule quand ce sont des dunes de sable en Aquitaine, des falaises calcaires dans le Nord, soit que la salinisation des sols les rende inutilisables pour le pâturage en Vendée ou dans la Camargue. Ceci va se produire chez nous, en France, et plus encore aux Pays-Bas qui se préparent à déplacer une partie du Port de Rotterdam, en Asie, dans le delta du Mékong, aux États Unis…

Plus de 600 millions de personnes seront touchées au cours de ce siècle, plus encore ensuite.

 

Il est vrai que ce phénomène s’est déjà produit plusieurs fois sur la terre. Mais il y a un ou deux milliards d’années l’homme n’était pas encore né, et il y a 7 000 ans l’humanité ne comptait que quelques millions de personnes, avec un mode de vie nomade. Rien à voir avec plus de 7 milliards d’humains dont plus de 600 millions vivent dans les zones littorales.

 

Que peut-on faire, que peut-on espérer ? Deux choses.

D’abord se préparer à accueillir ceux qui seront les migrants climatiques, de notre pays et des autres pays. Apprendre dès maintenant à les accueillir, les loger, les intégrer dans nos entreprises. C’est possible et même bénéfique pour le pays, mais pas encore assez partagé.

Quelques exemples.

 

Les loger est possible, dans les premiers mois, quand ils ont tout à découvrir, on peut prendre l’exemple de JRS Welcome. Des familles accueillent chez elles, pour un mois, des migrants durant leurs premiers mois en France. Une chaîne de six familles permet d’assurer le logement pour les six premiers mois pendant lesquels, selon la législation française, ils n’ont pas le droit de travailler.

Ensuite, nous sommes appelés à mettre en place des solutions pérennes. La mairie de Nantes a voté la décision d’affecter 1% de son budget, chaque année, pour le logement des migrants. Et comme cela ne suffit pas, on s’arrange à occuper les bâtiments en attente d’être démolis avec des baux précaires par exemple.

 

Travailler est possible. De très nombreuses entreprises de notre région cherchent des candidats pour des postes de premier niveau de qualification, ouvrier de manutention, de nettoyage, ouvrier agricole, agents de soin aux personnes, aides de cuisine, gardien de nuit… des emplois peu attractifs pour les Français, durs et mal payés c’est vrai, mais à nous de nous mobiliser pour changer les conditions de travail. Et en attendant, c’est une possibilité réelle d’intégration. Une association nantaise, Job4mi Ouest, met ainsi en relation les employeurs et les migrants.

 

Ensuite agir pour limiter le réchauffement. Plus tôt et plus fort nous agirons, plus nous pourrons limiter – sans l’empêcher – l’augmentation du niveau des mers, et plus nous pourrons limiter les événements climatiques extrêmes (orages, tornades, inondations, glissements de terrains, sécheresses…). C’est un appel à changer radicalement notre mode de vie, nos achats, nos déplacements, notre alimentation et notre habitat.

 

De l’espoir à l’espérance

Il n’y a donc pas d’espoir que les populations les plus proches de la mer ne soient chassées. Est-ce une raison pour ne pas avoir d’espérance ?

Non, nous déplaçons l’espoir d’éviter les catastrophes écologiques, inévitables désormais, vers l’espérance d’une plus grande solidarité entre les hommes, et aussi avec les vivants non humains. Un partage du logement, une intégration par le travail (et une amélioration des conditions de travail), un changement de nos modes de vie.

 

Passons de l’espoir, illusoire, d’agir sur les effets du réchauffement climatique que nous avons provoqué, à l’espérance de pouvoir changer le cœur de l’homme, de passer d’un cœur de pierre a un cœur de chair.

 

L’espérance c’est ce qui vient après le désespoir dit Bernanos. C’est ce qui éclaire notre chemin, un horizon toujours lointain mais un horizon, dit Moltmann. Le plus facile c’est la désespérance, l’espérance est exigeante, dit Jacques Ellul.

 

Alors mettons notre espérance en avant, et abandonnons les faux espoirs. Le déluge a commencé et nous appelle à être plus humains, plus solidaires.

 

Ouvrage : La montée du niveau de la mer d’ici 2100 Scénarios et conséquences

https://www.quae.com/produit/1686/9782759233083/la-montee-du-niveau-de-la-mer-d-ici-2100

Rapport du GIEC(en anglais)

https://www.ipcc.ch/report/ sixth-assessment-report-working-group-i/

 

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