Fleur de sel : COP 26 à Glasgow : encore un rendez-vous manqué ?

Fleur de sel Société
La COP 26 s’est achevée il y a 2 semaines à peine, à Glasgow, en Ecosse. Nous tentons d’en faire un rapide bilan, avec un texte final en demi-teinte, quelques maigres avancées, comme plusieurs accords sectoriels sur le méthane, le charbon et la déforestation. Beaucoup d’annonces et de promesses, mais bien peu d’engagements concrets. L’objectif 1°5 à la fin du siècle est bien compromis après cette COP.
On peut comprendre et partager la déception et la colère des ONG environnementales, et d’une partie de la jeunesse mondiale. Ce qui justifie la poursuite de la mobilisation citoyenne, et de la vigilance de tous ceux qui veulent agir pour éviter la catastrophe climatique, et accompagner les plus pauvres face aux changements inévitables à venir.

COP 26 a Glasgow encore un rendez-vous manque 301121 Fleur de sel

Bonjour, chers auditeurs de Fleur de sel,

Loïc : Vous avez déjà entendu sa voix dans notre émission : Philippe a rejoint l’an dernier le groupe Ecologie Paroles de Chrétiens. Très engagé pour la promotion du commerce équitable, il contribuera régulièrement cette année à Fleur de Sel, notre émission sur l’écologie intégrale.

Philippe : Aujourd’hui, nous revenons sur la COP 26, qui s’est achevée il y a 2 semaines à peine, à Glasgow, en Ecosse. Que pouvons-nous en retenir ? Gâchis ou avancées ?

Loïc : Le texte final, baptisé « pacte de Glasgow pour le climat », apparaît en demi-teinte. Il y a bien quelques points positifs. Il appelle par exemple les États à relever leur ambition dès 2022, en déposant de nouvelles contributions nationales avant la prochaine COP. Ce qui prouve au moins que le mécanisme de l’accord de Paris de 2015, qui appelait les Etats à revoir leurs engagements tous les cinq ans, semble à peu près fonctionner.

Philippe : Pour mémoire, l’objectif de l’accord de Paris de 2015 visait à maintenir le réchauffement pour la fin du siècle « nettement en dessous de + 2 °C » et à tout entreprendre pour ne pas s’éloigner de + 1,5 °C. Nous en sommes loin aujourd’hui : le rapport du Giec publié en août indique que nous devrions dépasser le plafond de + 1,5 °C au début des années 2030.

Loïc : A Glasgow, les pays ont annoncé de nouvelles « feuilles de routes climatiques », avec des engagements concrets en matière de réduction d’émissions et les moyens d’y parvenir. Ces engagements de long terme pourraient limiter le réchauffement à + 2,1 °C, voire + 1,8 °C… s’ils sont tenus ! Il s’agit donc d’agir plus vite que prévu dans l’accord de Paris. Mais on reste sur des engagements volontaires. Certains pays, comme le Brésil et le Mexique, ont même fait des promesses moins ambitieuses à Glasgow qu’en 2015 à Paris !

Philippe : Et il faut signaler l’incohérence inquiétante entre les engagements à échéance 2030 et ceux de long terme visant l’atteinte de la neutralité carbone entre 2050 et 2070 : en pratique, les objectifs à horizon 2030 ne sont pas suffisants, et ne permettent pas de limiter le réchauffement vraisemblable en dessous de + 2,4 °C, au mieux. Sans parler de la réalité de leur mise en œuvre, avec certains pays qui fournissent des données falsifiées ! Remarquons en plus qu’on préfère parler de neutralité carbone plutôt que de diminution des émissions de gaz à effet de serre…

Loïc : Vous avez raison, Philippe, il faut faire beaucoup plus et mieux, car l’objectif 1°5 est bien compromis après cette COP. Une note un peu plus positive, quand même : plusieurs accords sectoriels ont été signés à Glasgow, sur le méthane, le charbon et la déforestation. Et pour la première fois, le texte final d’une COP mentionne les combustibles fossiles. La sortie des énergies fossiles est ainsi intégrée à l’accord, mais de façon édulcorée. Des États se sont engagés pour une sortie du charbon, la fin du financement de projets fossiles à l’international, ou encore à ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz, et ce avec effet immédiat. Mais les pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, la Russie ou l’Australie, ont fait pression jusqu’au bout pour faire supprimer ce passage, estimant que leur mix énergétique national n’était pas négociable. Ils ont réussi à bien affaiblir la portée de l’accord.

Philippe : Quelques avancées, bien maigres, donc, et surtout des annonces. Mais ne faut-il pas au moins se réjouir qu’une rencontre régulière comme la COP existe ? N’est-ce pas une tribune pour les pays les plus vulnérables, et pour la société civile ?

Loïc : C’est vrai, au moins en partie. Les COP sont l’occasion d’un rendez-vous mondial annuel, qui oblige les États à prendre des engagements et à rendre des comptes. Mais Glasgow a aussi offert, comme le dit le jésuite Gaël Giraud, « le spectacle d’un déni de démocratie quotidien ».

Philippe : Que veut-il dire par là ?

Loïc : Tous les jours, plus de 50 000 personnes ont défilé dans les rues de Glasgow, pendant qu’une poignée de diplomates se réunissaient pour négocier un accord insuffisant à partir de données scientifiques largement erronées. Et sous la pression des lobbyistes des énergies fossiles, dont le nombre était plus important que celui de n’importe quel État. Résultat : on peut affirmer que la justice climatique est la principale perdante de cette COP.

Philippe : Je voudrais souligner l’abandon des pays les plus vulnérables. Les peuples autochtones, pourtant déjà les plus impactés, ne sont pas écoutés. Quant aux pays industrialisés, qui sont les plus responsables du problème climatique, ils continuent à manifester des réticences pour apporter les aides financières promises aux pays pauvres. Ils préfèrent promouvoir les marchés carbone, avec des mécanismes de compensation, plutôt que s’engager dans une démarche de taxation des émissions de carbone, qui pénaliserait vraiment les émetteurs et permettrait de dégager des fonds pour financer la conversion vers une économie décarbonée.

Loïc : Regrettons enfin que la France et l’Europe soient restées un peu en retrait de ces négociations. Et cela à cause des divisions internes à l’Union Européenne, provoquées par les manœuvres françaises pour intégrer le nucléaire et le gaz naturel dans la « taxonomie verte » des investissements dans les énergies renouvelables.

Philippe : On peut comprendre et partager la déception et la colère des ONG environnementales, et d’une partie de la jeunesse mondiale. Alors qu’il y a urgence, on retient de Glasgow un sentiment de gâchis, avec un accord minimal, beaucoup de promesses, mais bien peu d’engagements concrets. Ce qui justifie la poursuite de la mobilisation citoyenne, et de la vigilance de tous ceux qui veulent agir pour éviter la catastrophe climatique, et accompagner les plus pauvres face aux changements inévitables à venir.

A la semaine prochaine, chez auditeurs de Fleur de Sel.

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