Fleur de sel : Les quatre fléaux, de Lanza del Vasto – 1/2 : la source des maux du monde

Fleur de sel Société
Bien que vieux de plus d’un demi-siècle, ce livre mérite le détour : Lanza y étudie les rouages des éternels désordres que l’humanité déclenche en elle et autour d’elle.
Si sa remontée à la source, le péché, peut sembler banale, les ramifications qu’il débusque, jusque dans notre mode de vie quotidien, vient nous secouer et nous provoquer.

Les quatre fleaux de Lanza del Vasto 1sur2 la source des maux du monde 10222 Fleur de sel

Bonjour chers auditeurs de Fleur de sel, et bonjour Olivier, 
Bonjour —
Olivier, bienvenue ! Ça fait longtemps qu’on ne vous avait pas entendu. Quel est le sujet du jour ?
Oui, effectivement, je me suis absenté des ondes, mais je suis content d’être là ! Je viens vous parler d’un livre qui
n’est pas franchement récent, mais dont le message me semble intéressant, dans la mesure où il permet d’enrichir
notre vision de l’écologie intégrale.
Il s’agit du livre Les quatre fléaux, de Lanza del Vasto, publié aux éditions Denoël en 1959, puis Le Rocher en 93.
Lanza del Vasto, ce nom me dit quelque chose… Fleur de sel en a parlé, déjà, non ?
C’est exact… Pour resituer, c’est cet homme du XXe siècle qui, suite à un voyage en Inde auprès de Gandhi, est
rentré en France pour fonder des petits lieux de vie simples, communautaires et spirituels. Ça vous parle ?
Oui, tout à fait ! En entendant le titre, une question me vient spontanément : ces quatre fléaux, quels sont-ils ?
Avec ce livre, Lanza a voulu prendre du recul sur le monde, et déterminer quels étaient les grands rouages universels
et atemporels qui mènent l’humanité de chaos en chaos. Il en ressort effectivement quatre fléaux : misère,
servitude, guerre et sédition. Partant de là, on s’attend à ce que le livre décrive par le menu chacun de ces fléaux.

Et ?
Eh bien non ! Ça aurait été trop simple. Non : on trouve cinq chapitres aux titres mystérieux, divisés chacun en un
grand nombre d’articles se succédant sans hiérarchie… C’est magnifiquement écrit, mais un peu compliqué à suivre…
Mais j’ai bien travaillé, et je peux vous le présenter tel que je l’ai compris !
Ah ! Alors, qu’avez-vous tiré de ce livre ?
Une ARTICULATION, pour commencer : on peut dégager trois parties :
1.Les sources des problèmes du monde
2.La réaction habituelle des hommes aux problèmes du monde
3.Une réaction souhaitable aux problèmes du monde

Pour aller à l’essentiel, pour Lanza, les problèmes du monde viennent du péché originel ; de la connaissance-du-bien et-du-mal. Le péché, écrit-il :
 « c’est d’avoir tiré à soi et dégradé la Connaissance pour la jouissance et le profit ».
 Ou encore, c’est « Regarder les autres comme de bons moyens de parvenir à ses propres fins ».
 Il invente cette scène : « Dieu dit au coupable Adam : “tu mangeras ton pain à la sueur de ton front”. Mais les fils
d’Adam ricanèrent […] : “Nous trouverons moyen de manger notre pain à la sueur du front de quelqu’un
d’autre !” ».
Jusque là, je vois bien de quoi il s’agit, rien de très nouveau…
Oui, mais il tire sur ce même fil, et le déroule plus en profondeur, là où nous n’imaginons généralement pas trouver
le mal :
 il critique les relations « gagnant-gagnant », le contrat, dans lesquelles, finalement, la recherche du bien de
l’autre n’est que feinte : « Gagne à ce jeu l’homme assez intelligent pour considérer le profit de l’autre non
comme un inévitable inconvénient, mais comme l’amorce d’un avantage à plus longue échéance. »
 les questions qu’il pose expriment bien ce qu’il dénonce : « Comment cohabiter sans s’aimer et cependant sans
se détruire ? Comment exploiter le prochain sans l’épuiser ? »
On sent qu’il veut mettre à jour un certain cynisme.
Effectivement : le cynisme des puissants, le cynisme de la loi des puissants, sera dénoncée tout au long de l’ouvrage.
On retrouve un message proche des plus belles colères de l’Abbé Pierre.

Il détaille ensuite les implications de ce péché originel dans différents domaines. On peut citer, entre autres :
 la JUSTICE ; il estime : « Les lois sont les clés et les leviers du pouvoir et de la richesse. Celui qui sait les manier est
au-dessus du blâme : il tient le couteau par le manche »
 l’ARGENT, qui est pour lui : « la manière de s’emparer des choses en passant par les hommes, et finalement de
s’emparer des hommes en passant par les choses. »
 au sujet de la POSSESSION, il extrapole la formule de Proudhon en assénant : « la possession, c’est le meurtre »,
car chacun doit défendre ses biens.
 l’ECONOMIE dans son ensemble et ses diverses déclinaisons : le capitalisme, le marxisme et le communisme
 La SCIENCE pour laquelle il invente une maxime en concurrence avec le Christ : « La vérité qui vous libérera, c’est
de connaître les forces de la nature et de vous en servir ».
 la TECHNOLOGIE, pour laquelle il reprend la même méthode : « L’ancien Messie vous leurrait d’un rêve de
Paradis dans l’autre monde, mais je suis en état de vous fournir le Paradis dans ce monde-ci. Il vous prêchait la
pauvreté, et moi je vous assure l’abondance »
 l’ACCELERATION : « quand toute une société s’épuise à tourner en rond, de plus en plus vite, à moudre le vide, à
se vider de sa substance pour se transformer en vitesse, et se met à célébrer sa fièvre comme un signe de santé,
c’est qu’elle entre en folie et se précipite à l’abîme »
 la VACUITE : « Pourvu qu’on arrive ! Où ? Plus loin ! Mais le but ? Encore plus loin ! Le but final ? Plus loin que
l’autre ! Il n’y a pas de but, pas de sens, pas d’arrivée »
 la recherche de la PUISSANCE : « si vous mangez du fruit, vous serez comme des dieux »
 L’amour aveugle de la PATRIE, car « C’est toujours un amour limité comportant son revers de haine »
 et même ce que nous appelons habituellement la PAIX, en affirmant : « Dans la paix, ce n’est pas la paix qu’on
cherche à conserver : c’est le prestige, le profit et la commodité, ce qui est le contraire de la paix »

Voilà qui est dérangeant et inconfortable… et j’aurais envie de dire excessif : la paix, la justice…
Précisément, cela nous semble excessif ; mais d’un autre côté, les périls qui guettent le monde sont tels qu’il nous
faut bien nous résoudre, à un moment, à nous demander si ce qui nous PARAIT excessif l’EST tant que ça…
Mais rappelez-vous mon plan : « 1. Les problèmes du monde », et « 2. La réaction habituelle à ces problèmes »
 Il regrette deux réactions habituelles du côté des OPPRIMES, que sont :
o La SERVITUDE VOLONTAIRE, en reprenant la thèse de La Boétie ;
o Et surtout l’illusion que représente la REVOLUTION, en remarquant : « pour supprimer les abus, il ne suffit pas
de supprimer ceux qui abusent : il faut bien prendre garde à ceux qui les remplaceront et se demander quelle
discipline, quelle purification les aura rendus meilleurs ».
 Et il dénonce deux groupes d’OPPRESSEURS – et là, vous et moi sommes directement visés :
o Il accuse les pharisiens, les docteurs de la loi, les neutres, les honnêtes gens vivant selon la loi… Il écrit : « le
péché originel est sans proportions avec ce qu’on appelle moralité. Les plus grandes vertus le laissent subsister
tout entier. Alors, les grandes vertus deviennent la force du péché »
o Et il est plus virulent encore à l’encontre des Chrétiens, je cite : « Ils dégradent tout, ils exploitent tout, les
choses et les hommes […]. Comment les nommerais-je, ceux-là ? Des Chrétiens ? Non ! Des Païens ? Non,
hélas ! Des renégats ! »

Eh bien… Et vous dites qu’il était chrétien ?
Absolument : il a une profonde foi dans le Christ, et il reconnaît la religion Chrétienne (parlant de l’Arche qu’il a
fondée, il écrit : « l’ordre ne peut pas se heurter à l’Eglise car il ne se place pas sur le même plan qu’elle, mais audessous »). Seulement, il lui apparaît que les Chrétiens sont eux aussi pris par la fascination du monde et de ses
sirènes.
Cependant, rassurez-vous, j’en ai fini avec les aspects négatifs. Nous voici maintenant aux portes de la troisième
partie – les solutions – que nous décrypterons la prochaine fois !
Merci Olivier pour cette entrée en matière. Chers auditeurs, à la semaine prochaine, pour la suite de la
présentation des Quatre fléaux de Lanza del Vasto. Portez-vous bien !

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