Fleur de sel : Les quatre fléaux, de Lanza del Vasto – 2/2 : proposition de solutions

Fleur de sel Société
La suite du décryptage du livre initié la semaine dernière : Lanza nous présente ses solutions pour amoindrir l’impact du péché dans le coeur de l’homme. Il propose de remplacer le “contrat” par l’alliance, d’opter pour des unités de vie plus réduites, et de développer une démarche de non-violence.

Les quatre fleaux de Lanza del Vasto 2 sur 2 proposition de solutions 080322 Fleur de sel

Amis auditeurs, bonjour ! 
Nous vous avons laissé, la semaine dernière, au beau milieu du livre Les quatre fléaux, de Lanza del Vasto et nous
sommes heureux de vous présenter aujourd’hui la fin du livre. A mes côtés, Olivier, qui l’a lu attentivement…
Bonjour Olivier,
Bonjour —, et bonjour chers auditeurs,
Olivier, pouvez-vous nous rappeler où nous en étions ? (sachant que l’émission est disponible en réécoute sur le
site de radio-fidélité)
Oui bien sûr : Les quatre fléaux, c’est un livre qui explore les causes des maux du monde, en repartant de la racine :
le péché originel. La semaine dernière, nous avons
 vu comment, selon Lanza, ce péché a infiltré tous les rouages de notre monde, y compris ceux qui nous paraissent
hors de tout soupçon.
 et entendu que Lanza réprouve les réactions habituelles face à cet état de fait : la servitude, la révolution, et, tout
autant, la complaisance rentable avec cette situation.
Et cette semaine Lanza, loin de se résigner devant l’emprise insidieuse du péché originel et ses innombrables
ramifications, nous propose ses solutions.

Voilà un projet ambitieux ! Que nous propose-t-il donc ?
Ca tient en trois mots : un PRINCIPE, une STRUCTURE, et une ATTITUDE…
Le principe, c’est la CONVERSION A L’AMOUR.
Pour lui, il faut remplacer ce rapport intéressé et contractualisé qu’entretiennent les hommes entre eux par une
relation d’amour. Car sans cela, quels que soient les moyens perfectionnés qu’on utilise pour le camoufler, c’est
toujours le PROFIT qui mène la danse.
C’est intéressant de faire le lien avec la phrase du pape François dans Laudato si’ 231 : « il faut revaloriser l’amour
dans la vie sociale – au niveau politique, économique, culturel, en en faisant la norme constante et suprême de
l’action ».
Tout à fait ; et c’est bien là l’immense défi qui fonde l’écologie intégrale.
Finalement, c’est assez limpide :
 si je fais le bien uniquement par respect pour la loi, le péché originel aura tôt fait de dénaturer ce bien en le
détournant vers mon bien, mon profit, au détriment de mes frères.
 si je fais le bien par Amour, alors le fil est tendu, d’emblée, entre moi et l’objectif final, et je ne peux en dévier, ni
par ruse ni par assoupissement.

Cette aspiration à l’amour est très belle, mais n’est-ce pas utopique ?
Vue la structure actuelle du monde, qui nous place dans des relations de concurrence et d’indifférence,
probablement. Mais c’est là que sa seconde proposition entre en jeu : la structure qu’il propose, c’est la TRIBU
PATRIARCALE.
Le mot « patriarcal » est chahuté en ce moment, c’est le moins qu’on puisse dire. Et ce qui est intéressant, c’est qu’il
y a dans son livre de quoi REJOUIR, et de quoi INDIGNER chacun de ses lecteurs, quelque soit son bord politique et
idéologique. L’occasion, peut être, de ne pas réduire l’écologie intégrale à une confirmation de ses propres
convictions !
Bref, ce qu’il propose, c’est de créer des structures conçues de telles sortes qu’ordre naturel, basé sur l’amour, y
règne. En voici quelques caractéristiques :
 le remplacement, comme fondement social, du « contrat » par l’ « ALLIANCE ».
 l’attribution de ROLES DIFFERENCIES, en précisant que : « ni les différences ne détruisent l’unité, ni l’obéissance la
liberté, ni l’inégalité la justice, aussi longtemps que le lien familial reste la piété, le respect, la dilection »
 une TAILLE AJUSTEE : « Assez de bras pour suffire aux besoins fondamentaux, que chacun ait sa place et qu’il ait
de la place, que chacun puisse connaître tous et être connu de tous, que le père puisse embrasser tous les siens
du regard et les tenir ensemble dans son cœur » 
 un RAPPORT RENOUVELE AU TRAVAIL, au sujet duquel il témoigne : « Tous les travaux […] nous sont un puissant
aliment spirituel. Nous les menons en priant, en méditant, en chantant, et nous y trouvons une signification ». Je
note au passage qu’on est bien loin de la vision actuelle du travail !
 l’UNIFICATION DE LA VIE, en menant, je cite : « une vie qui soit une et où tout aille dans le même sens, de la
prière et méditation au labeur pour le pain de chaque jour, de l’enseignement de la doctrine au traitement du
fumier, de la cuisine au chant et à la danse autour du feu »
 la SOBRIETE, notamment pour deux raisons
o puisque Lanza dénonce la machine, il doit aussi se passer de la productivité qu’elle offre. Il recommande donc
d’appliquer cette formule : « Réduire nos désirs à nos besoins, et nos besoins à l’extrême »
o puisque les écarts de richesse, on le sait bien, sont ferments de guerre, Lanza écrit : « Si tu ne veux pas la
guerre, répare la paix. Pour ce, fais-toi pauvre ».

Là encore, quel programme ! Mais dans l’ensemble, je vois finalement assez bien de quoi il parle. C’est d’ailleurs
un mode de vie qui se développe en ce moment. Mais vous parliez également d’une attitude…
Oui, et cette attitude, c’est la NON-VIOLENCE.
Refusant de se résigner face aux systèmes insidieusement oppressants qui dénonce, et puisqu’il ne voit pas dans la
révolution une solution pertinente, il lui fallait une alternative. Et c’est la non-violence qui endosse ce rôle.
La non-violence repose une intuition de Gandhi : « l’homme qui se trouve forcé de reconnaître devant lui-même qu’il
a tort ne peut pas poursuivre la lutte ».

De là, plusieurs techniques sont à disposition :
 Le « FAIRE HONTE », que Lanza explicite en s’appuyant sur l’Evangile : « si l’on te frappe sur la joue droite, tu
présenteras aussi la gauche » (Luc 6,29). Pour lui, il s’agit, je cite, d’ « amener l’ennemi à faire deux fois plus de
mal qu’il ne pensait, avec une étonnante et une décevante facilité ; pour qu’il tombe dans le vide, [fasse un retour
sur lui-même et] se trouve devant l’évidence »
 Ce qu’il appelle le « FAIRE NON », qui consiste à suspendre toute contribution avec le système que l’on rejette, et
qui a été énoncé ainsi par Mirabeau : « le peuple n’aurait qu’à se croiser les bras pour devenir formidable »
 Ou encore la DESOBEISSANCE CIVILE
Mais la non-violence est bien plus un chemin de vie qu’une boîte à outils. Pour Lanza, elle est : « une manière de
faire qui découle d’une manière d’être », qui revient à « Montrer qu’une vie exempte de violence et d’abus […] est
possible et que, même, elle n’est pas plus difficile qu’une vie de gain, ni plus déplaisante qu’une vie de plaisir, ni
moins naturelle qu’une vie ordinaire »

Et c’est enfin une façon de penser le monde. Lanza invite à « trouver, à toutes les questions qui se posent à l’homme
d’aujourd’hui et de tous les temps, la réponse non-violente, la formuler clairement et s’efforcer de le mettre en
œuvre ». Et ce, dans tous les domaines. Lanza cite notamment l’économie, l’éducation, la justice, etc. comme un
écho à son inventaire des maux du monde que je vous présentais dans la dernière émission.
Pour terminer, je voudrais vous lire un extrait, sous forme de dialogue, et je vais vous mettre à contribution, — :
– que lisez-vous dans l’Evangile sur la non-violence ?
– « Si l’on te frappe sur la joue droite, tu présenteras aussi la gauche ».
– L’avez-vous fait ? Avez-vous jamais vu faire cela ?
– Non, jamais. Parce que c’est impossible, ça serait ridicule et déshonorant.
– Ainsi, le Christ est venu nous enseigner des choses impossibles, ridicules et déshonorantes !
Or un Hindou, ayant lu les mêmes paroles dans le même livre en conclut : « faisons-le ! »
Mais […] cet Hindou trouva devant lui, comme persécuteurs et comme ennemis, des chrétiens !
Et le plus grand bien qu’il […] leur fit fut de les convertir : […] les convertir à leur religion, […] en leur montrant que
pour être chrétien, il faut être converti, c’est à dire renversé. Et de fond en comble, retourner toutes les manières
(de penser, de sentir et de faire) de ce que le Christ appelle « ce monde ».

Merci pour cet extrait… Alors, si je reprends, conversion à l’amour, tribu et non-violence… pour éviter misère,
servitude, guerre et sédition…
Merci Olivier pour cette présentation des Quatre fléaux, livre de Lanza del Vasto (et je vois que la version éditée
par Le Rocher est a priori toujours disponible en librairie…)
Merci — ! 

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