Fleur de sel : L’écologie intégrale selon les vers de terre !

Fleur de sel Société
Une émission pour continuer la réflexion sur le concept d’écologie intégrale, en s’inspirant des péripéties imaginaires de quatre vers de terre égarés dans un arbrisseau. L’occasion de rappeler l’importance du dialogue, lorsque l’on ose utiliser le mot “intégral”. Car personne ne doit pouvoir dire : “intégral, voilà l’adjectif qui caractérise ce que j’ai toujours pensé”…

L ecologie integrale selon les vers de terre 190422 Fleur de sel

Bonjour chers auditeurs, et bienvenue dans Fleur de sel, votre émission d’écologie intégrale, et bonjour Olivier
Bonjour Philippe,
Olivier, vous revenez aujourd’hui au cœur de la raison d’être de l’émission pour nous parler de l’expression
« écologie intégrale » en elle-même…
Oui, car depuis le temps qu’on en parle, il semble que cette expression n’aille toujours pas de soi, et il est bon de
maintenir vive la réflexion à son sujet. Pour lancer l’émission, et comme j’avais l’habitude de faire il y a deux ans, je
vous propose un petit conte…
Un conte ? Oui, effectivement, ça pourra rappeler des souvenirs à certains auditeurs fidèles…
C’est l’histoire de quatre vers de terre égarés et disséminés sur les branches d’un arbrisseau, d’un petit arbuste. Tous
sont sûrs d’avoir trouvé l’endroit où il fait bon vivre, et chacun essaie de convaincre les autres.
– Le premier : « Il fait meilleur ici ! »
– Le deuxième : « Mais il y a plus d’eau où je suis ! »
– De nouveau le premier : « Nous ne sommes pas loin… rejoignons-nous donc ! »
Suivant chacun leur « brindille », ils se rejoignent rapidement à un nœud… Sur une lointaine branche, le troisième
ver les interpelle :
– Et chez moi, quel calme !
– Ami, lui répondent-ils, nous avons grandi de notre chemin l’un vers l’autre. Faisons donc de même avec toi.
Les vers, parcourant la longue route qui les séparent, se retrouvèrent… au niveau du sol, point de confluence de
leurs tiges respectives. Attirés par la terre, ils s’y glissèrent tout entier… Quel délice ! Ils avaient retrouvé leur
« monde ».
Et le quatrième ? Me demanderez-vous… Resté sur sa branche, un oiseau passa et le croqua !

Aïe ! Un bien triste sort pour le quatrième ver… Mais quel rapport avec l’écologie intégrale ?
Je vais essayer de vous l’expliquer, un partant d’un constat, puis en proposant une démarche, avant d’en arriver à
une nouvelle boussole.
Pardon, mais ça reste encore mystérieux… Quel est donc le constat ?
Le constat, c’est que les marqueurs culturels et politiques sont encore bien vifs chez les chrétiens, et que chacun
vient piocher dans Laudato si’, l’encyclique qui introduit l’écologie intégrale, uniquement ce qui vient conforter sa
pensée préétablie.
En particulier, ceux qui sont sensibles à l’environnement voient dans l’écologie intégrale uniquement un appel à une
écologie environnementale. Il est vrai que Laudato si’ fait la part belle à cet aspect environnemental, mais François
part du symptôme « environnement » pour arriver au concept d’écologie intégrale, qui dépasse grandement la
question environnementale.
Cela maintient en place une logique de rapport de force. On peut y voir de l’orgueil, on peut y voir une violence
insidieuse. Et ceux du « camp d’en face » (entre guillemets), davantage sensibles, par exemple, aux questions de
bioéthique, sont tentés de camper sur leurs positions, de rejeter le sujet environnemental et d’attendre que les
vents leurs soient de nouveau favorables, à la faveur d’un prochain pape. Et dire qu’on parle d’écologie intégrale !

Je vois : les chrétiens sont ici comme le quatrième ver, immobile, qui finit dans l’estomac d’un oiseau. Et il me
semble que je commence à entrevoir la démarche que vous allez nous proposer…
A savoir ?
Faire comme les trois autres vers ?
Exactement ! Il s’agit de faire comme les trois premiers vers et de se laisser décentrer de nos logiques pour
comprendre les logiques de ceux qui aboutissent, avec une même bonne volonté initiale, à des conclusions
différentes… Vraiment, ce n’est certainement pas pour rien que le pape, dans Laudato si’, utilise 27 fois le mot
« dialogue ». Et suivant cette démarche, on a de quoi être surpris !
 On va d’abord bouger, je dirais, horizontalement :
C’est-à-dire ?
o C’est-à-dire qu’on va en quelques sortes trouver de nouveaux domaines pour nos bonnes actions, de
nouvelles causes à défendre… Pour certains, une case « environnement » viendra s’ajouter, à côté
de celles de l’aide aux migrants, ou des actions dans le domaine de la bioéthique…
o Et puisque nous avons trouvé le dénominateur commun qui fonde l’ensemble (un peu comme les
vers qui se retrouvent au point de rencontre de leurs branches), ces causes, ne sont plus en
contradictions les unes par rapport aux autres…
Mais l’essentiel n’est pas là : c’est surtout verticalement que c’est intéressant :
De nouveau, de quoi voulez-vous parler ?
o Ce que je veux dire, c’est que l’écologie intégrale est davantage que la somme des parties qui la
composent. Elle est même autre chose. Elle est d’une autre nature.
o Même l’écologie environnementale, que beaucoup assimilent à l’écologie intégrale, par commodité
(car cela correspond à leurs idées préconçues) ou au nom d’un empressement légitime (le temps
presse pour sauver la planète, entend-on souvent) ; cette écologie environnementale ne dit rien de
l’écologie intégrale.

Bon… mais qu’est-elle donc, cette écologie intégrale ?
Dans l’expression « écologie intégrale », savez-vous quel est le mot le plus important ?
Non… intégrale, peut être ?
Raté.
Ecologie, alors ?
Non plus.
Euh… je suis perplexe !
Dans l’expression « écologie intégrale », le mot le plus important, il est caché derrière : c’est le mot « conversion » !
Ah évidemment, si vous trichez… Mais où voulez-vous m’amener ?
Repartons des vers : quand ils passent de l’air à la terre, ils changent d’élément. Un peu comme si, nous humains,
nous entrions dans la « civilisation de l’amour », dont il est question dans Laudato si’ 231. Un peu comme si nous
convertissions nos vies à l’Evangile.

Voilà pourquoi je vous parlais de boussole : finalement, la boussole qui convient à notre temps,
 elle n’est plus horizontale (quel domaine est le plus important : celui historiquement à droite, ou celui
historiquement à gauche ?). Tant qu’on reste dans ces querelles, on rate l’essentiel.
 elle est verticale, et elle distingue,
o en haut, notre vie habituelle, selon les règles du monde,
o et en bas, dans l’humus, la radicalité de la conversion à l’Evangile.
C’est intéressant, cette nouvelle distinction, mais vous semblez nous amener à une nouvelle opposition
Merci pour cette remarque… Cette nouvelle boussole, bien sûr, invite à aller vers le bas bien plus qu’elle n’oppose le
haut et le bas. Mais à vrai dire, ce passage peut se faire plus facilement qu’on le croit.
Car les vers, quand ils arrivent à la terre, ils trouvent, c’est vrai, un élément plus austère, plus rude que l’air
printanier. Mais c’est aussi un élément qui convient davantage à leur nature. De même pour nous : cette conversion,
si elle nous décentre de ce que nous sommes actuellement, c’est pour nous rapprocher de ce que nous sommes
appelés à être. Pour preuve le nombre grandissant de personnes qui opèrent un changement radical de leur vie, de
manière parfaitement libre, allant vers davantage de sobriété, de sens, de lien avec leurs frères et avec la nature, et
de temps pour Dieu.

Dans tout cela, Olivier, qu’en est-il des actions concrètes, du quotidien ?
Les actions concrètes gardent bien sûr toute leur place et leur utilité. Mais pour ma part, j’aime à me rappeler que
lorsque je trie du papier recyclable, je le fais pour prendre soin de la maison commune, c’est vrai, mais aussi (et, je
crois, « surtout ») pour continuer à me déplacer sur le chemin de la conversion…
Merci Olivier, pour cette contribution à la réflexion sur l’écologie intégrale, une notion qui décidément n’est pas si
simple à définir. Merci, amis auditeurs, pour votre écoute, et à la semaine prochaine.
Merci Philippe

 

 

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