Fleur de sel : les interdépendances et les égards ajustés ; la diplomatie du vivant

Fleur de sel Société
Imaginez que, sur une planète qui abrite la vie dans des conditions confortables, une espèce fait sécession et déclare que les dix millions d’autres lui sont totalement extérieures, une matière, un décor, des ressources, disponibles à ses seules activités. C’est ce que nombre de sociétés humaines ont fait de ce qu’ils ont appelé la nature. Nous proposons de revisiter nos liens aux autres humains et non humains, animaux et plantes et de s’interroger sur les communications entre espèces et les liens d’interdépendances qui illustrent la vie.

les interdependances et les egards ajustes diplomatie du vivant 070622 Fleur de sel

« Rien n’est solitaire, tout est solidaire. L’homme est solidaire avec la planète, la planète est
solidaire avec le soleil, le soleil est solidaire avec l’étoile, l’étoile est solidaire avec la nébuleuse, la
nébuleuse, groupe stellaire, est solidaire avec l’infini. Ôtez un terme de cette formule, le polynôme se
désorganise, l’équation chancelle, la création n’a plus de sens dans le cosmos et la démocratie n’a
plus de sens sur la terre. Donc, solidarité de tout avec tout, et de chacun avec chaque chose. La
solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique
est de même nature que le rayon solaire. »
Victor Hugo, Proses philosophiques (1860-1865)
Nous ne sommes pas seuls. Nous ne serons jamais seuls.
Les philosophes grecs, les mystiques védiques, les penseurs chrétiens, les érudits
musulmans, au fil des siècles ont proposé des réponses à la question qui nous
préoccupe de notre place sur Terre. Pourquoi ne les entendons-nous pas ?
Paradoxalement, dans les démarches de transition écologique, on prône souvent la
réduction des dépendances : au pétrole (et globalement à ces esclaves
technologiques qui nous apportent le confort à grand renfort d’énergie et de
matière), à la chaîne des valeurs qui produit à bas coût les biens que nous
demandons à l’autre bout du monde, à l’informatique, aux écrans, au tout
numérique. Alors que notre civilisation nous plonge dans un système
d’accumulation, de compétition, d’abondance, d’égoïsme et d’individualisme,
d’autres voies sont offertes. Nous pouvons faire notre pain, cultiver des légumes
dans notre jardin ou même sur le balcon, élever une chèvre ou des poules, vivre en
société permacole. Il est certainement salutaire, pour la planète, de refuser ce
système et de sortir des dépendances décrites plus haut.
Mais nous ne sommes pas seuls.
Nos congénères, les humains, nous accompagnent dans notre quotidien car nous
partageons les tâches, nous sommes maillon dans une chaîne dont nous ne voyons
pas toujours les extrémités. Les autres nous entourent en plusieurs cercles, de
l’intime au lointain. Les autres constituent les liens que nous entretenons pour la
grâce de la vie. Communion et partage.
Nous ne sommes pas seuls sur la Terre. L’homme qui dans le progrès de la
civilisation a progressivement envahi la biosphère pour la domestiquer à son seul
profit a parfois oublié que sa manière d’être vivant n’est pas l’unique mode.
D’ autres vies sur Terre, multiples, variées, nous entourent dans l’imaginaire
prolifique de la création. Dix millions d’espèces peuplent la Terre et nous ne
sommes qu’une seule de ces espèces. Certains imaginent que d’autres planètes, au
sein d’autres systèmes solaires, portent comme la Terre des formes de vie, peut-être
semblables, peut-être différentes et espèrent communiquer avec elles. Alors que
plus près de nous sur la Terre, notre planète que nous partageons avec bien d’autres
formes de vie, les plantes et les animaux expriment des liens de communication que
nous ne cherchons pas à comprendre, développent des formes de vie que nous
méprisons bien souvent au travers d’une classification réductrice entre nuisible ou
utile, profitable ou néfaste. Des langages multiples et complexes qui portent des
messages propres à l’organisation de leurs vies : partage des territoires, recherche de
nourriture, orientation, alertes, chants de séduction et d’amour. Si nous les
observons, ils nous observent aussi, perplexes sans doute, opportunistes parfois tels
les oiseaux près de la mangeoires, rats autour des poubelles. Ils nous offrent le loisir
d’interpréter ces signes, traduire ces messages. En effet, est commun à toute forme
de vie le besoin, le désir de se reproduire.
Il est vain et réducteur de classer les autres par le seul critère simpliste de la
satisfaction de nos besoins propres. Bonne ou mauvaise herbe, domestique ou
sauvage, prédateurs chassés des espaces d’élevage de notre prédation. Nous avons
réduit, simplifié, organisé, la richesse de la vie à travers le prisme de notre profit
immédiat, sans toujours penser que les équilibres sont délicats et sensibles. Ainsi,
depuis plus de 3,5 milliards d’années, des micro algues de la famille des
cyanophycées produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons. Mais pire
encore, le mépris avec lequel nous traitons plantes et animaux dans les structures
industrielles de culture et d’élevage, révèle un processus de déshumanisation et
d’autodestruction qui s’applique indifféremment à toutes les dignités, tous les droits
de vie, humains et non humains.
Portons vers les autres des regards de gratitude. Le respect de toute forme de vie
est essentiel. Avec générosité, bienveillance et tolérance car si tout est lié, tout est
différent. Il ne s’agit pas de protéger, un terme à proscrire car il manifeste un
rapport de domination, signe d’arrogance de l’espèce humaine, mais bien de
respecter. Et, en plus, respecter selon des égards ajustés. La longévité d’une
mouche se mesure en jours, celle d’un arbre en dizaines ou centaines d’années, la
nôtre entre les deux. Il importe de tenir compte de ces écarts de durée de vie, mais
aussi des particularités de conditions de vie, de modes de vie, dans notre diplomatie
inter espèce 1
. Avec générosité et joie, agissons en diplomates du vivant !

1
Voir les ouvrages de Baptiste Morizot, « manières d’être vivant » ou « sur la piste animale » – Actes Sud
Là où je suis, maintenant, dans ma prospérité toute relative que serais sans elle, sans lui ?

A chacun de renseigner les colonnes de droite du tableau, de compléter les lignes vierges et d’en ajouter…

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