Fleur de sel : Le bonheur partagé dans la sobriété

Fleur de sel Société
En matière de consommations, de produits ou d’énergie, de production de déchets, on pense souvent à des options alternatives pour moins dégrader l’environnement tout en maintenant notre mode de vie. Ou, parfois, en acceptant une légère modification de ces modes de vie, on tente d’améliorer notre efficacité. Or, la démarche qui permet réellement de réduire nos impacts environnementaux est celle de la sobriété, bien sûr voulue et non pas imposée. Et cette sobriété nous apportera paix, harmonie, fraternité….

Le bonheur partage dans la sobriete 140622 Fleur de sel

Pour réduire les dérives sur le climat et les dégradations de la biosphère le discours dominant met en
avant les alternatives technologiques puis l’efficience (ou l’efficacité)1
et enfin, mais peu, la sobriété.
Inversons donc la progression en privilégiant la sobriété qui rime avec la solidarité .
Nous tentons globalement d’améliorer notre façon d’être et espérons que la collectivité et le progrès
technologique feront le reste sans que cela ne soit trop pénalisant2
pour nous.
En matière de climat et de biodiversité sur Terre la situation est grave vous le savez sans doute. Le
pape François s’étend longuement sur cette état dans son encyclique Laudato’Si, sans oublier la
grave crise des inégalités entre les Hommes. Mais nous pouvons changer la trajectoire et éviter le
pire, avec bonheur.
François, dans son encyclique Laudato Si’ (222 à 225), transcende cette vision pragmatique pour
promouvoir la joie, la paix et l’amour de la création à travers le respect que nous lui devons. La sobriété
nourrit la spiritualité qui conduit au bonheur. Une sobriété voulue et non pas imposée par les
circonstances de la vie ou les inégalités entre les créatures.

Alternative technologique
Conscient du problème mais souhaitant maintenir tant mon niveau de vie que mon mode de vie,
j’adhère à certaines alternatives, principalement proposées voire subventionnées par les pouvoirs
publics (compensation carbone, recyclage de déchets, voiture électrique) et basées sur la croyance que
la technologie trouvera des solutions à l’impasse.
Energie : On pourrait remplacer la production de l’électricité par les sources fossiles (charbon, pétrole,
gaz) ou fissiles (nucléaire) par l’appel à des énergies renouvelables, hydraulique, éolien,
photovoltaïque, biomasse. Selon les prévisions on pourrait produire 40 % de l’énergie actuellement
consommée par des énergies renouvelables. Mais une telle option est limitée par l’encombrement :
par exemple, une tranche de centrale nucléaire ou thermique de 1300 MW devrait être remplacée par
exemple par 433 éoliennes terrestres de puissance 3 MW, et même plus en tenant compte de
l’intermittence du vent (trop ou pas assez de force)3
, même si on gagne en performance avec les
machines flottantes près des côtes. En hydraulique, tout est fait hors le potentiel des courants marins.

1
L’efficience mesure la consommation de ressources pour obtenir un résultat ; l’efficacité examine le résultat
obtenu en ligne avec l’objectif fixé ; la pertinence indique les moyens suffisants et adéquats pour atteindre cet
objectif.
2
Se remémorer les remous provoqués par l’augmentation de la taxe carbone.
3Voir les démonstrations sur l’énergie développées par J.M. Jancovici (Carbone4, The shift project).
« De tous les animaux l’homme a le plus de pente à se porter dedans
l’excès. Il faudrait faire le procès aux petits comme aux grands. Il n’est âme
vivante qui ne pêche en ceci. Rien de trop est un point dont on parle sans
cesse, et qu’on n’observe point » Jean De La Fontaine ( 1621 – 1695).
Déplacements : Pour préserver la qualité de l’air autour de moi et réduire la pollution sonore, je
remplace ma voiture thermique par une voiture électrique. Ce choix me permet de baisser mes
émissions de gaz à effet de serre de 15 % environ (voiture électrique, sur la base de la composition
moyenne des sources d’énergie électrique en Europe) ou de 10 % avec une voiture hybride4
.
Communication : La 5G consommerait moins en flux de débit mais on prévoit de multiplier par 10 le
nombre d’équipements. Or les équipements représentent 60 % de la consommation d’énergie des
télécommunications. Selon JM Jancovici5
il y a aujourd’hui un consensus pour dire qu’un équipement
5G consomme trois fois plus qu’un équipement 4G et qu’ajouter des équipements 5G aux sites
existants (2G, 3G, 4G) conduira à doubler la consommation du site (5G Telecom Power Target
Network Whitepaper, Huawei, septembre 2019). Par ailleurs, avec la 5G il faudra trois fois plus de
sites qu’avec la 4G pour assurer la même couverture conformément aux souhaits du gouvernement.
Au final, avec ce déploiement la consommation d’énergie des opérateurs mobiles serait multipliée
par 2,5 à 3 dans les cinq ans à venir.
Efficience
Je tente de réduire le gaspillage. Je maintiens en grande partie mon mode de vie mais j’améliore

l’efficacité de ma consommation de biens, d’espace, d’énergie. Je commence à me poser des questions
sur ma façon de vivre et, sans que cela ne soit trop pénalisant pour moi, j’engage déjà des actions
significativement bienfaisantes (éco gestes, isolation de l’habitat, covoiturage) et oriente différemment
mes diverses consommations. L’éthique est sauve, le climat un peu, mais attention à l’effet rebond.
Energie, électrique seulement (le sujet est inépuisable mais pas la source) : l’ensemble des appareils
électriques qui restent en veille inutilement nécessite la production annuelle d’une tranche de
centrale nucléaire 900 MW en France. Le chauffage représente près de 28% de la consommation
moyenne par foyer, la production de froid et le lavage du linge 19%, l’ensemble informatique et
multimédia près de 14%, l’eau chaude sanitaire 13%. Suivent 12% en divers, 8% en cuisson, 6% en
éclairage. Il importe donc de remédier aux postes les plus consommateurs. A défaut d’entretien et de
nettoyage, l’ensemble réfrigérateur et congélateur peut doubler sa consommation.
Déplacements : j’ai choisi une voiture qui consomme peu, je roule plus lentement, j’en réalise
l’entretien pour maintenir cette efficacité. Je peux ainsi gagner environ 1 l/km, soit de l’ordre de 20 %
sur ma consommation. Cependant une voiture même roulant peu coûte déjà beaucoup en matériaux
et en énergie dans l’ensemble de son cycle de vie.
Logement et consommation personnelle : en investissant moins de 50 euros, de petites astuces me
permettent de réduire ma consommation d’énergie et d’eau dans mon logement habituel6
.
J’entretiens bien les appareils électroménagers (production de froid, lavage, séchage, cuisson). En
investissant plus de ressources, j’améliore voire change le chauffage, j’isole fenêtres, plafonds, murs,
je renouvelle mes appareils électroménagers et j’améliore ainsi l’efficience de mon logement…
J’entretiens mes vêtements avec soin ; je les répare ou les fais réparer (couture, cordonnerie).
Communications : je peux réduire la consommation d’énergie en enregistrant les sites internet que
j’utilise le plus fréquemment. J’utilise le wifi de préférence à la 3G ou 4G.

4
En incluant l’énergie nécessaire à la construction de la voiture, énergie grise.
5
Le Monde, 9 janvier 2020.
6
Voir les séquences d’animation en éducation populaire de la CLCV et les dépliants édités par l’ADEME (CLCV :
consommation, logement et cadre de vie ; ADEME : agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).
Sobriété :
Je change ma manière d’être, réduis l’avoir pour développer l’être. Solidarité ? Certes, mais aussi et
surtout Sobriété. Une démarche globale, un engagement profond.

Energie : L’essentiel de l’énergie consommée par les particuliers l’est dans le logement et les
déplacements, voir ci-après. Portons un regard lucide sur les habitudes qui organisent notre quotidien
avec leur lot d’équipements que nous ne maîtrisons pas toujours, parfois facteurs de stress. La
consommation a doublé en 20 ans, alors même que les appareils sont plus efficients car de nouveaux
usages envahissent notre quotidien (faire le test de la coupure de courant pour en prendre
conscience).
Déplacements : Je réduis le nombre de km parcourus par an ou même j’abandonne l’usage de ma
voiture. J’utilise de préférence les transports en commun, le vélo, la marche, pas l’avion sauf exception.
Mais surtout je m’interroge sur les motifs de mes déplacements passés un par un au crible du
pourquoi7
. Je marche : l’homme est fait pour cela…
Logement et consommation personnelle : Je réduis la température de consigne à 19°c (et je suis ainsi
conforme à la loi). Baisser la consigne de chauffage de 1°C réduit de 7% la consommation d’énergie.
Porter un gros pull, passer le balai, entretenir le jardin sans outils motorisés… J’ai choisi un logement
de taille plus réduite. Et j’ai déjà réduit la fréquence des lessives, la quantité de vaisselle. J’achète peu
de vêtements, seuls ceux qui me sont utiles pour me protéger du froid, des rayons du soleil, de la pluie ;
je ne cède pas aux poncifs de la mode ni aux achats compulsifs.
Communication : Entre une famille peu équipée et une très équipée, on passe de 400 kWh/an à 700
kWh/an, près du double. Un téléviseur de 160 cm (diagonale de l’image) consomme autant que 4 de
80 cm. Les flux de vidéo représentent 80 % de l’augmentation de la consommation d’énergie des
télécommunications (3 % de la consommation totale d’énergie mondiale, en croissance constante). Je
m’abstiens de l’utilisation de youtube, Netflix et autres prestataires de films et vidéo en ligne.
Pour conclure :
A l’exception de la générosité de l’amour, visons la sobriété dans nos actes. Nous vivrons mieux, plus
sereinement. Les alternatives conduisant à des changements de mode de vie sont certainement
bienvenues.
La portée de nos gestes individuels semble dérisoire face à la responsabilité globale des dirigeants des
pays ou des groupes industriels et commerciaux. Mais c’est un débat biaisé car nos actes au quotidien
contribuent à la sauvegarde (la multitude des petits gestes) et nous avons le pouvoir de choisir et
d’infléchir les orientations collectives (les objets appellent des équipements). Ne renonçons pas !
Enfin, il importe de distinguer la sobriété voulue, celle que guide une discipline vertueuse, de la
sobriété imposée, dictée par la privation des ressources nécessaires à la vie (LS 48-52). L’accroissement
des inégalités au sein de la communauté humaine reste un problème crucial dont les illustrations
foisonnent tant dans les pays riches que dans les autres. Sobriété et frugalité ne doivent pas achopper
sur pauvreté et précarité.

7
Voir à ce sujet, dans la même série, la fiche sur les déplacements, rédigée par Arnaud du Crest.
Qu’est-ce qui est le plus efficace par rapport à l’objectif de la réduction des émissions de gaz à effet
de serre ? Un tableau pour introduire le débat.

A vous de jouer : trouver des pistes, en évaluant les gains mais aussi les coûts (en matière, énergie)
pour arbitrer les choix. Combiner les actes individuels et les démarches collectives. Du bon sens pour
une vie saine !

 

 

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