Une rezéenne officier de la Légion d’Honneur

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Le 19 mai 2022, Maryannick Pavageau recevait les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à la fédération nationale de l’Hospitalisation à Domicile. « Un grand honneur, reçu au nom de toutes les personnes en situation de handicap » me souffle la tétraplégique au large sourire. Fière oui, mais pour que cela serve ! « Ces insignes lui permettent d’être entendue et que les nombreux courriers qu’elle écrit ne partent pas à la poubelle », lance Joël son mari.
C’est chez eux à Rezé, qu’ils me racontent leur parcours et leur combat…

Victime du « Locked in syndrome »

Le 11 mars 1984 alors qu’elle est jeune maman, Maryannick Pavageau est victime d’un AVC qui la plonge dans le coma pendant deux mois et la paralyse pour toujours. Elle est alors victime d’un terrifiant syndrome, celui de l’emmuré vivant, appelé le Locked-in syndrome (LIS). Elle communique par clignements de paupières. Elle retrouve petit à petit l’usage de la parole grâce à la rééducation et dit-elle « bien entourée par les gens qui l’aiment ». Malgré sa paralysie, elle a conservé son ouïe, sa vue et toutes ses facultés intellectuelles.

« Force immobile »

Cette rezéenne de 68 ans, amie de Jacques Ricot, fait alors de la dignité humaine et la fin de vie son combat. Elle est auditionnée par le député Jean Leonetti en 2008, qui la qualifiera de « force immobile ».
Elle écrit des milliers de lettres qu’elle fait parvenir au monde médical, politique, décideurs de toute sorte, intellectuels, religieux pour alerter…
Toutes ses actions lui vaudront de 1998 à 2015, d’être nommée chevalier puis officier et commandeur de l’ordre national du Mérite.
En 2017, elle écrit, avec ses deux doigts valides, à chaque candidat à la présidentielle car elle craint des « dérives euthanasiques » après l’adoption de la loi Claeys-Leonetti en janvier 2016. Cette même année elle remet les insignes de la légion d’honneur à Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes.

Un combat sans relâche

Avec Joël, son mari, ils écrivent toujours pour me confient-ils « que la société ne s’arrête pas dans la réflexion sur l’accompagnement à la fin de vie » et « parce qu’il faut plus de soins palliatifs et de formations en soins palliatifs ». Ils se déplacent également pour des interventions, comme en ce début d’année à l’école d’infirmières de Cholet ou au collège de la Chataigneraie en Vendée.
« Oui, il faut rappeler, à temps et à contre temps que la Dignité est valeur intrinsèque, constituant de la nature humaine. Et sans ambiguïté réaffirmer que toute personne quel que soit son handicap, sa déchéance, ses découragements conserve toute sa place au sein de la société, qu’il n’y a pas de limite à la dignité humaine. »[1]
« Mais je respecte les idées contraires » me dit-elle. « Je sais dans notre assemblée que tous ne partagent pas mon point de vue mais, d’où je suis, je leur dit simplement de continuer à creuser la question, de se sentir impliqués » [2]

« Toute vie mérite d’être vécue »

« Je n’ai sans doute pas la vie dont j’aurais pu rêver mais c’est ma vie » clame-t-elle dans un entretien avec La Croix (La croix – avril 2017). Elle ajoute lors de notre rencontre « On ne se demande pas pourquoi en un mot, mais pour quoi ? ».

Maryannick conclut notre entretien avec un grand sourire, quand je lui parle de la force de son mariage : « on se marie pour le meilleur et pour le pire… pour le meilleur y a pas besoin ! ».

Rencontre du 22 juin à Rezé

[1] Extrait du discours de Maryannick Pavageau à la remise des insignes de la Légion d’honneur
[2] Idem

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