« La nouvelle femme »

Premier long métrage de Léa Todorov, avec LeÏla Bekhti et Jasmine Trinca. Et dans le rôle de Tina la jeune Rafaelle Sonneville-Caby.

1900. Lili d’Alengy, artiste et courtisane mondaine, fuit Paris pour cacher sa fille Tina, atteinte d’un handicap. A Rome, elle rencontre une femme médecin Maria Montessori, qui a développé une méthode pour les enfants déficients. Lili espère bien pouvoir se débarrasser de sa fille…. Ce ne sera pas si simple.

Premier point : le scénario entremêle la vie d’une personne réelle, Maria Montessori et celle d’un personnage fictif. C’est habile car ces deux femmes sont confrontées, pour des raisons différentes, à une maternité douloureuse, cachée, non reconnue par leur famille, leur milieu social. L’opposition apparente de leur choix de vie rythme le scénario, et donne du mouvement à la biographie de Maria Montessori, parfaitement respectée par ailleurs. C’est passionnant de la voir travailler et solliciter les capacités des enfants.

Deuxième point. L’exigence dans l’écriture et le scénario. Je suis restée scotchée par plusieurs scènes mettant en scène les enfants au cours des soins ou des séances d’éducation dans l’institut où travaille Maria. La réalisatrice connaît son sujet, elle a mené un vrai travail de recherche sur les travaux et l’approche de Maria Montessori. Ces séquences sont remarquables par ce qu’elles nous permettent à nous spectateurs, de comprendre de l’intérieur ce qui se joue pour ces enfants. La scène où les enfants rythment la musique de tout leur corps est magnifique.

Léa Todorov précise dans un bel entretien paru dans le dernier numéro de la revue « Ombres et lumière » paru le 13 mars dernier.
« Les situations de handicap et de neuroatypie existent déjà dans l’histoire du cinéma, mais sont souvent enfermées dans des rôles pré-écrits. Nous avons essayé de casser cette pensée qui préexiste au réel, pour la remplacer par de vraies rencontres avec les enfants. Nous ne les avons pas considérés comme un tout, mais autant d’individualités présentes sur le plateau. Nous avons préparé le film en travaillant la rencontre, pour essayer de connaître dans quelles activités – théâtre, danse, chant, jeu, l’enfant se révélerait. »

troisième point : la reconstitution de ce tout début du XXe siècle est vivante et soignée, quant aux décors et costumes. Les deux comédiennes incarnent bien leur rôle surtout Jasmine Trinca dont le jeu est subtil et très nuancé.

Enfin, le film pointe la lente et parfois douloureuse émancipation des femmes dans leur difficile autonomie. Nous sommes bien loin d’un pseudo féminisme de revendications plus ou moins belliqueuses. Les deux femmes au contraire vont faire leur unité profonde à travers la maternité. Son importance sociale est revendiquée par Maria Montessori. Elles gagneront en liberté avec leur maternité.

C’est donc, vous l’avez compris un beau film, que j’ai beaucoup aimé.
Laissons les derniers mots de cette chronique à Léa Todorov, elle même, Maman d’une fillette née avec une maladie génétique.

« J’espère que ce film contribuera à mettre au cœur de la société les enfants neuro-atypiques et porteurs de handicap, trop invisibilisés. »

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