par Pauline Leroux

Combien sommes-nous ?

Combien sommes-nous à détester le Nouvel an ?

A nous sentir obligé de faire la fête alors que le cœur n’y est pas ?

Combien sommes-nous à faire semblant ce soir-là ? et dans les jours qui suivent ?

Faire semblant d’aborder l’année qui arrive avec le sourire alors qu’on sait combien nos croix sont lourdes à porter.

Faire semblant de ne pas voir que les bonnes résolutions que nous prenons cette année sont les mêmes depuis 10 ans.

Faire semblant de souhaiter bonne année comme si de rien n’était à ce voisin malade, à cette cousine en deuil ou à ce couple qu’on sait en train de se séparer.

Longtemps, j’ai détesté le Nouvel an. Alors, je faisais comme tout le monde. Je faisais semblant. Le champagne, les déguisements, les cotillons et la soirée dansante. Pour ne pas penser à tout ce qui n’est pas bon dans notre année.

Ce matin, je vais vous surprendre. Nous avons raison de faire semblant.

Et c’est le philosophe Alain qui le dit.

De la même façon que tousser ne fait qu’empirer la toux, être triste, maintient dans la tristesse.

Si la politesse est précieuse aux yeux d’Alain, c’est parce qu’elle nous oblige à faire le mouvement inverse de celui que notre humeur nous pousse à faire. Au photocopieur, je maugrée car j’ai oublié de lancer mon impression en recto verso. Mais je croise ma collègue du 3ème étage. Je la salue courtoisement, et la contrariété au lieu d’augmenter, diminue. Impossible de continuer de maugréer contre le photocopieur après avoir courtoisement salué ma collègue. Sur la route, je râle contre les autres usagers, mais, si je reconnais un visage connu derrière le pare-brise de l’automobiliste, par politesse, je souris et laisse passer. La politesse m’oblige à ne pas me laisser aller à mon humeur. Ce faisant, elle la mate, et la renvoie d’où elle vient.

Alain explique que les pastilles contre la toux sont à la toux, ce que la politesse est à nos humeurs. Il soutient que la vertu apaisante de ces pastilles vient du fait qu’elles nous forcent à avaler notre salive alors que la toux nous pousserait plutôt à la cracher. En toussant, nous aggravons notre toux. En revanche, pendant que nous suçons ces pastilles, nous ne toussons pas. Ne toussant pas, l’irritation cesse, et nous finissons par ne plus tousser.

Ce matin, j’ai envie de vous dire que pour le Nouvel an, c’est pareil.

Vous redoutez une année pourrie ? Souhaitez la bonne à ceux que vous croisez. En vous conformant aux usages collectifs des vœux de début d’année, vous contrez un peu votre tendance à ne voir le verre qu’à moitié vide. Vous forcez votre humeur désespérée à voir un peu de lumière.

Et cela ne vous empêche pas de continuer à prendre sincèrement des nouvelles de votre voisin malade, de votre cousine en deuil et de vos amis en instance de divorce.

Bonne année à tous.

Bonne Année 2024 - Le billet d'humeur
Fêtez-vous le nouvel An ?