« La zone d’intérêt »

Est un film réalisé par Jonathan Glazer avec Christian Friedel, Sandra Hüller

Rudolf Höss et sa femme Hedwig s’efforcent de construire une vie de rêve pour leur famille dans une jolie propriété fleurie et confortable.
Le film s’ouvre sur un étrange écran sombre, soutenu par une musique discordant, puis c’est une scène de pique nique familial et joyeux au bord d’une rivière. Hedwig l’affirmera plus tard : « ici c’est le paradis ».
De l’autre côté du mur qui encercle la propriété, c’est le camp d’Auschwitz, que dirige Rudolf, en ingénieur consciencieux et appliqué.

Jonathan Glazer traite son sujet en utilisant de façon magistrale l’outil cinématographique. Son approche de la monstruosité, par sa mise scène et le remarquable travail sur la bande son, nous laisse, nous spectateur dans un malaise profond.
« Je voulais dit-il, capturer le contraste entre quelqu’un qui se verse une tasse de café dans sa cuisine et quelqu’un en train d’être assassiné de l’autre côté du mur, la coexistence de ces deux extrêmes ».
Nous ne verrons jamais l’horreur, mais le spectateur sait qu’elle est là. Et ce contraste qu’il met brillamment en scène nous angoisse.

Et il va loin dans cette exploration de notre humanité blessée : Jonathan Glazer nous montre les employées de ménage du camp aujourd’hui, , ils sont en train d’astiquer les vitres derrière lesquelles s’entassent des milliers de chaussures, ultimes traces de celles et ceux qui les ont porté.
Il nous confronte en quelque sorte à ce questionnement si douloureux : « qui a fait ça » ? Est ce vraiment l’un des nôtres ?

Ce film « La zone d’intérêt » tire toute sa force du constat terrible de la capacité d’un homme ou d’une femme ordinaire à commettre des crimes horribles. C’est cette banalité du mal, pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt, qui nous bouleverse.
Quant la valeur morale de nos actes est abolie, les bourreaux de tous bords sont à l’abri.

Un film pour adultes et adolescents