Le feu d’artifice

 

Les voila tous venus des hameaux alentours, convergent vers le village pour la fête qui s’annonce ; Ils sont habillés, pour l’occasion, de houppelandes colorées, bonnets et mitaines sérés, les joues rougies par la descente sur les chemins escarpés et pierreux. Ils font cortège comme une guirlande bariolée secouée au vent froid qui soulève leurs écharpes.

On entend de loin l’écho de leur voix dans la montagne sombre et puissante, ils se hèlent joyeux, et leurs rires tonitruants résonnent dans l’air sec et frais.

Ils ont échappé, pour un instant, dans la nuit qui s’étend, au labeur quotidien, à la fuite des jours ; La clarté lunaire, qui estompe les étoiles, les couvrent d’un léger voile de brume.

Ils arrivent, ils s’attroupent sur la place déjà bruissante ; serrés les uns aux autres, ils s’échangent les nouvelles, ceux qui sont partis, ceux qui ne viendront plus, les enfants qui naissent, les couples qui se forment ; Leur joie bruyante et d’indistinct jurons ponctuent leur attente de ce moment de fête.

Parfois le givre mordant, qui couvre leurs visages, fait autour de leurs lèvres un délicat éclat, on dirait vu d’en haut une mer en mouvement dont les vagues lècheraient le bord des bâtiments, qui enserrent l’esplanade.

Soudain, un boom retentissant et le silence se fait ;  Là devant ,dans l’azure noire et profonde , un éclat de couleur inonde le firmament , puis vient , à la suite,  mille lumières brillantes aux couleurs chatoyantes ; les bleus se disputent aux rouge , au vert et à l’or qui sur les toits se reflètent .

C’est un enchantement dans une pétarade géante que la montagne, au centuple, renvoie ; Les oh , les ah , émaillent le bruissement général , et les enfants juchés sur les épaules des parents restent bouche bée devant pareils effets ;

Les pétards en corolle, explosent et se transforment en gigantesque bouquets que les vents effeuillent et emportent vers les sommets.

Il pleut de délicates étoiles dans la nuit cristalline ; La joie creuse, dans la foule ébahie, un sourire géant sur les visages bleuis ;

Encore et encore, les vivats retentissent à chaque pétard qui claque, à chaque gerbe de feu, à chaque fleur de lys qui déchire la nuit

Puis, vient ce dernier moment, cet instant attendu, qu’on a tant espéré mais qu’on voudrait repousser, celui qui clos la fête d’un bouquet annoncé ; Toute la place est fébrile, les souffles sont retenus, plus aucune once de rosée ne sort des bouches ahuries ; …la voilà, elle est là, dans un fracas sonore , la belle gerbe bleue qui vient ouvrir l’aurore et clore par la même cette fête et ce folklore .

La foule conquise applaudit et crie fort sa joie et son bonheur au pied des contreforts, on s’embrasse on se sert, vivement que demain revienne avec une nouvelle fête, et de nouveaux éclats de joie.

Puis chacun reprend son chemin vers les hameaux plus hauts ; le jour se lève enfin sur la place déserte, couverte de confettis, de paillettes et de serpentins ; l’année démarre à peine dans le soleil du matin

 

Le Feu d'Artifice - Le Billet d'humeur
Moment de fête