A la découverte des coquilles St jacques d’Erquy

Premier lundi d’ octobre, après cinq mois de pause, les marins d’Erquy de Loguivy et Saint- Quay-Portrieux peuvent de nouveau aller à la pêche à la coquille Saint-Jacques. Ils investiront d’abord deux secteurs, avant de couvrir toute la baie de Saint-Brieuc. La saison s’étend d’octobre à avril, pour assurer le renouvellement de l’espèce. Cette activité est très réglementée : seul un nombre limité de bateaux peut partir en quête de celle qu’on appelle « la reine de la baie ». Ceux-ci partent en mer deux fois par semaine et pendant 45 minutes seulement. Les coquilles qui mesurent moins de 10,2 cm sont rejetées. Près de 50 % de la production nationale est réalisée dans cette baie de Saint-Brieuc ou Deux cents bateaux et cinq cents familles vivent en partie de ce beau coquillage.

Tous les ans, la Coquille Saint-Jacques est fêtée en alternance dans les ports costarmoricains (Erquy, Saint-Quay Portrieux, Loguivy).

Ce coquillage magique appartient à la famille des « pectinidés » (ou peignes). En Europe, on l’appelle « pecten maximus », c’est-à-dire » très grand peigne », comme la parure des coiffures espagnoles et justement on la trouve en Espagne, au Maroc, en Afrique du sud en Australie et en Nouvelle Zélande mais surtout, pour nous bretons épris des saveurs marines, dans la baie de Saint Brieuc .

On dit que les plus vieux fossiles de «pecten» datent du Pliocène , soit il y a 5 millions d’années mais celle de la baie daterait de plus d’un million d’années.

Toujours en évolution, ses valves portent une marque à la sortie de chaque hiver. Bandes claires alternent avec bandes sombres et leurs nombres correspond à celui des années vécues au fond de la mer.

Elle fabrique une strie par jour lorsqu’elle grandit et témoigne ainsi du temps qui passe. Pourtant, elle peut cesser sa croissance en cas d’évènement indésirable : Surabondance de phytoplancton ou de nourriture. Elle surveille sa ligne et sa santé ! Ajoutons qu’elle fuit son principal ennemi l’étoile de mer qui ne rêve que de la déguster.

Durant la préhistoire, la coquille saint Jacques était considérée comme un élément de parure ou bien un talisman. On en a retrouvé dans les sépultures du mésolithique dans le Morbihan (5400 ans av JC) et du Néolithique (3000 av J.-C.). L’homo sapiens l’utilisait par exemple, comme un outil afin de contenir les pigments d’ocre rouge destinés aux peintures rupestres.

On raconte aussi qu’au Moyen Age, on a trouvé des coquilles dans ce qui servait de poubelles aux moines de Landévennec qui les auraient donc consommées !

C’est surtout le pèlerinage de saint Jacques de Compostelle qui a donné sa renommée à la coquille dès le Moyen Age.

Ce serait la découverte des reliques de l’apôtre saint Jacques de Zébédée au début du IXème siècle qui a fait de Saint Jacques de Compostelle l’un des plus grands pèlerinages de la chrétienté médiévale et cela à partir du XIème siècle. C’est après la chute de Grenade en 1492, que débute la « Reconquista », la reconquête de l’Espagne sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle la catholique. Le pape Alexandre VI déclare Saint Jacques de Compostelle l’un des trois grands pèlerinages de la chrétienté avec ceux de Rome et de Jérusalem.

D’après la tradition, l’apôtre Jacques prêchant la parole du Christ, aurait été décapité sur l’ordre d’Hérode Agrippa. Guidée par un ange, sa dépouille aurait franchi le détroit de Gibraltar avant de s’échouer sur les côtes de Galice. L’emplacement du tombeau aurait été perdu jusqu’au IXème siècle.

Le culte des reliques de Saint jacques est dû à l’ermite Pelagos, guidé dans son sommeil par une pluie d’étoiles et la découverte d’un tumulus. Le lieu fut donc nommé « campus stellarum » (champ des étoiles), autrement dit « Compostelle ». On y construisit l’église de Santiago (Sant Iago, ou Saint Jacques.)

Du fait de la victoire des chrétiens d’Espagne sur les musulmans, Saint Jacques est représenté dans la cathédrale de Saint jacques de Compostelle comme un « matamaure », celui qui tue les maures. Il chevauche un blanc destrier et brandit une épée et un étendard blanc, frappé d’une croix rouge.

Le culte de Saint Jacques s’est naturellement accompagné de légendes. On dit que les cendres du saint auraient été recueillies dans une coquille saint jacques. Plusieurs chevaliers revenant de Jérusalem seraient sortis de la mer où ils avaient été engloutis, le corps recouvert de coquilles ! Déjà au Moyen Age et dans les temps les plus reculés, ne croyait-on pas que la coquille était un talisman et qu’elle éloignait le mauvais œil ?

Depuis le Moyen Age, les pèlerins ont été nombreux sur les chemins de Saint Jacques. Vêtus d’une méchante pèlerine, portant leur besace et coiffés d’un large chapeau relevé sur l’avant, ils devaient déjouer tous les dangers, les brigands et les loups. Ils n’obtenaient leur coquille qu’au retour de la visite au lieu sacré, sur les plages de Galice, après le saint pèlerinage dans la grande cathédrale.

Une belle histoire autour de la saint jacques que l’on déguste maintenant crue, en carpaccio arrosé d’un jus d’agrumes ou cuite , en aller et retour dans un peu de beurre moussant ou au four dans sa coquille .

Une nouvelle recette à découvrir dans une prochaine émission.

L’ingrédient du Chef du 13 octobre 2022 5 recettes a la une
Sur nos marchés, les coquilles d’Erquy sont bien là !