L’uniforme à l’école, un cache misère

 

Professeur d’histoire depuis longtemps, j’avoue ne pas être sensible au charme de l’uniforme à l’école, pardon de la tenue unique comme il faut dire. Et déjà quelle hypocrisie, partisans de l’uniforme, osez le mot, puisqu’il est par ailleurs question du réarmement de la France. Osez le rétablissement de l’ordre, pour faire obéir les élèves. Mais à quoi obéir ? Que certains nostalgiques de la IIIe République de Jules Ferry regrettent la blouse, que cette blouse nourrisse l’imaginaire de ceux qui pensent, c’était mieux avant, de mon temps, de celui de mes ancêtres, je veux bien le comprendre. Mais il faut ouvrir les yeux : l’école d’aujourd’hui, la population scolaire, les professeurs n’ont rien à voir avec ceux d’autrefois. Et les classement Pisa sont là pour nous le rappeler et je crains que l’uniforme n’en soit que le cache-misère tartuffesque. Cachez donc cette réalité que je ne saurais voir.

 

Et je ne vois pas en quoi l’uniforme va aider les élèves à mieux apprendre à lire, à écrire et à compter, en quoi il va aider à permettre l’ascenseur social et républicain de mieux fonctionner, à éviter le séparatisme islamiste. Après avoir interdit l’abaya, s’agit-il d’imposer un uniforme laïc et républicain ? Est-ce ainsi qu’on fera aimer aux élèves concernés l’école, la France et la République. Croit-on aussi que l’uniforme abolira, comme par magie, les différences et les inégalités sociales ? L’habit ne fait pas le moine et il y a tant d’autres signes douloureux des différences sociales qu’un uniforme ne saurait dissimuler.

 

Enfin il y a le coût de ce gadget, 200 euros par élève, payés par moitié par l’État, pour l’autre moitié par les collectivités locales concernées. Marie-Cécile Gessant, maire de Sautron en Loire-Atlantique, 8600 habitants, 900 écoliers, devrait prévoir un budget de 90 000 euros et s’en agace, je cite : les communes ne sont pas des vaches à lait. Qu’elle se rassure ou s’inquiète : une évaluation scientifique sera faite par le ministère pour lmodique de 100 000 euros, afin de mesurer en 2025 les effets sur les écoles qui expérimenteront l’uniforme en 2024-2025, avant une possible généralisation de l’uniforme à la rentrée 2026, comme si le port de l’uniforme en un an allait produire de réels résultats. On reste dans l’incantation et la magie, des mots et des annonces.  Et pourquoi pas des prières publiques pour obtenir des miracles scolaires ?

L Uniforme à l'ecole un Cache Misère - Le Billet d'humeur
Est-ce ainsi qu’on fera aimer aux élèves concernés l’école